Genève: Le pervers de 24 ans est-il impossible à soigner?
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GenèveLe pervers de 24 ans est-il impossible à soigner?

Un jeune sadique, condamné à être interné pour avoir infligé de graves sévices sexuels à son ex, était jugé jeudi en appel. La peine, sans limite de temps, était au cœur des débats.

par
Julien Culet

Faut-il interner pour une durée indéterminée un jeune homme de 24 ans? C'est la délicate question qui était posée à la cour d'appel de Genève, ce jeudi. L'accusé s'opposait au jugement prononcé en février 2015, qui le condamnait à 7 ans de prison, assorti d'un internement simple. Il est accusé d'avoir faire subir d'horribles sévices physiques et sexuels à son ex-copine, en 2010 et 2011 (encadré). «Cela reviendrait à fermer la porte et à jeter la clé», a plaidé l'avocat de la défense Me Nicola Meier.

Internements jamais levés

Ce dernier réclamait que l'expert psychiatre réexamine le cas de son client, dont l'état aurait évolué en une année. L'accusé, sadique et pervers, avait été jugé imperméable à tout traitement. Jeudi, il se montrait plus bavard qu'en première instance, indiquant tout faire pour se remémorer ses actes, lui qui dit ne se souvenir de rien. «Quand j'entrevois une lueur d'espoir, j'ai envie de la suivre plutôt que de l'éteindre, a estimé l'avocat. En l'internant, on sous-entend que tout a été essayé et qu'on ne peut plus rien faire.»

Il craint en effet que son jeune client ne puisse jamais sortir de l'internement, s'il venait à être confirmé. «En théorie, la situation du condamné est réévaluée toutes les années. Dans la pratique, ce n'est pas le cas», poursuit-il. La loi prévoit que l'interné puisse obtenir sa libération conditionnelle ou son basculement vers une autre mesure. Il faut pour cela qu'une expertise psychiatrique donne son feu vert puis que la commission de dangerosité l'approuve. C'est un juge qui a ensuite le dernier mot. «Je n'ai pas connaissance de la levée d'une seule mesure d'internement ces dernières années en Suisse», rapporte Me Nicola Meier.

Très peu de condamnés

Professeur de droit à l'université de Genève, Me Yvan Jeanneret se montre plus optimiste. «Sortir d'un internement est difficile mais pas impossible, explique-t-il. Il est évident que cela est rare puisque les personnes concernées sont des cas très lourds.» Mais la tendance n'est pas à l'allègement des mesures. «Les affaires récentes comme celles d'Adeline ou de Marie ont eu tendance à rendre les autorités plus frileuses que par le passé», poursuit le spécialiste. En Suisse, il y a chaque année moins de dix criminels qui sont condamnés à être internés. L'internement à vie, qui ne prévoit aucune porte de sortie, n'est lui quasiment jamais appliqué.

Les avocats préfèrent que leurs clients écopent d'un traitement institutionnel en milieu fermé. «Il a pour but de traiter une maladie mentale grave qu'on pense pouvoir soigner, explique Me Yvan Jeanneret. A l'opposé, l'objectif de l'internement est de protéger la société d'un condamné qu'on estime ne pas pouvoir guérir.» Prononcé pour une durée maximale de cinq ans mais renouvelable indéfiniment, le traitement institutionnel est réévalué à son terme par un expert psychiatre. Un juge décide alors s'il est opportun de mettre en liberté conditionnelle ou de traiter en milieu ouvert la personne concernée.

Procès suspendu

Me Nicola Meier estime lui que son client, très jeune, «a déjà fait un pas sur un chemin thérapeutique qui s'annonce très long». Il a donc plaidé jeudi pour un traitement institutionnel. Les juges, «compte tenu de l'enjeu de la procédure», ont suspendu le procès pour que l'accusé soit de nouveau expertisé par un psychiatre. Les débats se poursuivront après Pâques.

Victime traumatisée

Le jeune homme est notamment accusé de viol, de contraintes sexuelles aggravées et de tentatives de meurtre. Des actes commis envers son ex-copine, alors âgée de 16 ans. Elle en reste aujourd'hui traumatisée. «Je n'arrive plus à sortir seule. Je reste toute la journée chez moi», explique la jeune femme. Elle dit également faire des cauchemars: «Je rêve qu'il sort de prison et vient me chercher.» Le prévenu a débuté son parcours de délinquant sexuel il y a déjà plus de dix ans, alors qu'il n'était qu'ado. Il dit ne pas se souvenir des sévices pratiqués. «J'aimerai m'en rappeler pour guérir. Mais je ne suis pas assez suivi en prison. Je n'ai qu'une séance de psychothérapie par mois», indique celui qui est incarcéré à Champ-Dollon depuis 2011.

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