Actualisé 21.12.2018 à 08:31

Chine

Le pionnier du vélopartage risque la sortie de route

Cimetières à vélos, trottoirs envahis, utilisateurs furieux: la folie du vélopartage commence à ressembler à une catastrophe économique dans l'Empire du Milieu.

Les vélos en partage ont inondé les trottoirs des grandes villes chinoises depuis deux ans.

Les vélos en partage ont inondé les trottoirs des grandes villes chinoises depuis deux ans.

AFP

Une concurrence toujours plus acharnée risque désormais de pousser dans le fossé Ofo, le pionnier du secteur. Oranges, jaunes ou bleus, les vélos en partage ont inondé les trottoirs des grandes villes chinoises depuis deux ans. Les deux grands rivaux du marché, Ofo et Mobike, ont déposé des millions de deux-roues connectés devant les immeubles de bureaux et les sorties de métro, avec pour objectif de noyer le rival sous un océan de bicyclettes concurrentes. La stratégie s'est révélée payante pour Mobike. En revanche, Ofo, qui a lancé ses premiers vélos dès 2014 et revendique 200 millions d'utilisateurs, semble proche du dérapage fatal. Près de 11 millions de clients lui réclament le remboursement de leur caution.

Un jeune couple qui sort des locaux du groupe à Pékin est «très en colère»: depuis le 13 novembre, M. Wang cherche à récupérer ses 199 yuans (environ 28,50 francs). Il «a une voiture et une moto» et n'emprunte plus les vélos jaune citron sans borne d'attache, que l'on débloque en scannant un code-barre grâce à une application sur téléphone portable, avant de les déposer n'importe où.

Plus de policiers que de protestataires

Un mois après sa requête en ligne, une réponse tombe: «la demande a échoué», sans explication. Alors, M. Wang (qui ne souhaite pas communiquer son prénom) fait le siège d'Ofo. Comme des centaines d'autres personnes en début de semaine. Un rassemblement très malvenu dans un pays qui n'autorise pas les manifestations spontanées. Jeudi, les policiers étaient quasiment plus nombreux que les clients en mal de remboursement... Dans un communiqué, Ofo a assuré lundi que les demandes de remboursement seraient traitées dans l'ordre chronologique. «Hier, j'étais classé 10,76 millionième, aujourd'hui 10,75 millionième. Ça veut dire que 10'000 personnes sont sorties des listes. A ce rythme, il faudra trois ans pour récupérer mes 200 yuans!», ricane M. Wang. Pour avoir accès aux bicyclettes, les premiers utilisateurs ont dû déposer une caution de 99 yuans, montant passé depuis à 199 yuans. Pas moins de 990 millions de yuans (126 millions d'euros) sont donc désormais exigés par des utilisateurs.

Liquidité providentielle

Sur les réseaux sociaux, les clients d'Ofo se plaignent du mauvais état du matériel, de surfacturations dans leur porte-monnaie électronique pour un usage normalement très bon marché. Ils y expriment aussi leur crainte de voir la société faire faillite. «Les dépôts de la clientèle ont donné accès à une liquidité gratuite à Ofo et ses concurrents», explique Michael Pettis, professeur de finance à Pékin, qui évalue entre 100 et 1000 yuans en moyenne les fonds déposés par les clients sur leur compte pour financer une location à long terme. «La plupart des analystes estiment que ces sociétés ont pu survivre et se concurrencer de manière agressive (...) non pas parce que leur activité était rentable, mais plutôt grâce aux dépôts des clients», souligne-t-il. Sans ces gisements, «difficile de savoir combien pourront survivre», selon lui. «Cela peut être une bonne chose si cela permet finalement de consolider un marché chaotique, mais à court terme, cela pourrait s'avérer très douloureux».

Cimetières de vélos

Énorme gâchis de ressources: le pays compte désormais d'immenses cimetières de bicyclettes mises au rebut plutôt que réparées. Un paysage bien éloigné de l'image «écolo» associée à ce mode de transport urbain. Et Ofo ne cache plus être aux abois: dans une lettre écrite cette semaine à ses employés, le patron d'Ofo, Dai Wei, confesse avoir caressé l'idée «de se déclarer en faillite». Début décembre, un tribunal a ordonné une «réduction des dépenses» de l'entreprise et de ses dirigeants. Plus question pour M. Dai de prendre l'avion, ni de descendre dans des hôtels étoilés: il serait sur la liste noire du nouveau «crédit social» mis en place par Pékin.

Pour son expansion à l'international, la start-up avait levé en mars plus de 850 millions de dollars auprès d'investisseurs, dont le géant de l'e-commerce Alibaba, après 700 millions de dollars en juillet 2017. Mais Ofo a dû renoncer à plusieurs marchés étrangers... tandis que Mobike, lancé en 2016, poursuit de son côté son expansion mondiale avec le soutien d'un autre géant chinois de l'internet, Tencent. (nxp/ats)

(NewsXpress)

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