Drame de Lampedusa: «Le pire, c'était de choisir qui on allait sauver»
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Drame de Lampedusa«Le pire, c'était de choisir qui on allait sauver»

Des accusations de personnes qui ont sauvé des naufragés, selon lesquelles les secours ont mis longtemps à arriver, suscitent des questions après la mort d'au moins 300 migrants au large de Lampedusa.

Marcello Nizza faisait partie d'un groupe de huit personnes qui se trouvaient en mer pour une partie de pêche nocturne lorsqu'elles ont entendu dans l'obscurité, avant l'aube, des appels de détresse.

«Soudain, ça a été l'enfer»

«Soudain, ça a été l'enfer», a-t-il déclaré samedi. «Le pire, c'était de choisir qui on allait sauver, en sachant que les autres allaient se noyer». M. Nizza a raconté que lui et ses camarades avaient commencé à 06h30 heure locale (04h30 GMT) à hisser sur leur bateau des survivants du naufrage, nus et rendus glissants par le gazole qui s'était échappé de leur navire, et qu'ils avaient appelé la garde côtière à 06h45.

45 minutes avant les premiers secours

Ce touriste, qui semble hanté par le drame auquel il a assisté, a déclaré qu'il avait ensuite fallu environ 45 minutes aux garde-côtes pour arriver sur place, alors que le naufrage avait eu lieu à environ 500 mètres de la côte de Lampedusa.

La garde côtière rejette cette accusation. Elle dit n'avoir reçu le premier appel qu'à 07h00 et être arrivée sur les lieux 20 minutes plus tard.

Empêché de repartir

Par ailleurs, M. Nizza affirme que lorsque son bateau de pêche, le Gamar, est rentré au port de Lampedusa avec 47 clandestins survivants, il a été empêché de repartir en mer parce que les garde-côtes lui ont dit qu'ils devaient auparavant obtenir une autorisation officielle pour lui permettre de le faire.

«J'aurais pu sauver plus de naufragés si les secours étaient arrivés à temps et s'ils nous avaient permis de ressortir plutôt que d'attendre la permission de Rome», a-t-il dit.

Coordination pour éviter le chaos

Filippo Marini, porte-parole des garde-côtes, a déclaré qu'une «autorisation» n'était pas requise, mais que la garde côtière devait coordonner les opérations de secours lorsqu'elles impliquent à la fois des navires officiels et des navires privés. «Sinon ce serait le chaos», a-t-il dit.

Un autre aspect de la polémique est la mise en cause par le gouverneur de Sicile, Rosario Crocetta, de l'agence Frontex, chargée de coordonner la surveillance des frontières extérieures de l'UE.

«Où était Frontex?»

«Où était Frontex jeudi matin? N'ont-ils pas de radar? Est-il plausible que personne n'ait vu ce bateau?», a demandé le gouverneur. «Quel genre de contrôle avons-nous si nous ne trouvons les gens que lorsqu'ils sont en train de mourir, si nous n'avons pas assez de radars?», a-t-il ajouté.

De plus, le maire de Lampedusa, Giusi Nicolini, a estimé qu'une loi italienne très controversée pourrait avoir dissuadé certains citoyens de se porter au secours des naufragés.

«Des normes inhumaines»

Cette loi réprime les personnes considérées comme ayant facilité une immigration illégale.

Evoquant semble-t-il des bateaux de pêche qui, selon certaines informations, auraient quitté les lieux sans intervenir, Mme Nicolini a déclaré à des journalistes: «Les bateaux de pêche sont partis parce que notre pays a traduit en justice des pêcheurs et des propriétaires de bateaux qui avaient sauvé des vies et qui ont été accusés d'avoir favorisé une immigration illégale». «Le gouvernement doit changer ces normes inhumaines», a-t-elle déclaré.

Parti des côtes libyennes, le bateau clandestin chargé de 450 à 500 migrants, des Erythréens et des Somaliens, a coulé en vue de Lampedusa après un incendie accidentel.

Le bilan estimé est d'environ 300 morts. Seuls 111 corps avaient pu être repêchés samedi, et 155 personnes ont été sauvées. (afp)

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