Genève: Le plein de clients et la peur du vide chez les coiffeurs
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GenèveLe plein de clients et la peur du vide chez les coiffeurs

Juste avant de reconfiner, les salons de coiffure et de beauté ont été pris d’assaut. Leurs propriétaires craignent de ne jamais pouvoir rouvrir.

par
David Ramseyer
Dernier jour de travail avant (au moins) un mois de chômage technique dans les salons genevois de coiffure. Tous espèrent des aides de l’Etat. 

Dernier jour de travail avant (au moins) un mois de chômage technique dans les salons genevois de coiffure. Tous espèrent des aides de l’Etat.

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«Je t’apporterai un sandwich», a gentiment proposé la cliente de Nancy. Sourire de l’employée de l’institut BibaBeauty, qui ne pouvait pas compter sur une pause, ce lundi. Il fallait en effet faire du chiffre et servir la clientèle, avant que les affaires ne soient réduites à néant. Depuis 19 heures ce lundi et pour un mois au moins, Genève a fermé ses commerces non-essentiels, en raison du rebond massif du Covid.

D’habitude clos le premier jour de la semaine, l’endroit a exceptionnellement ouvert, comme bien d’autres. «Dès dimanche après-midi, les réservations ont afflué à la suite de l’annonce de l’Etat de Genève de reconfiner», explique Biba Duparc, la patronne des lieux, dans le quartier de Plainpalais. Idem chez un barbier voisin, Zuco, où les places disponibles pour la journée ont filé en 45 minutes. «Pour l’occasion, j’ai même commencé à 7h au lieu de 9h. Avant même la fin de matinée, on avait déjà dû refuser 22 clients, rembobine le patron, Suhel Malla. Certains voulaient un rendez-vous en urgence parce qu’ils avaient cette semaine un entretien d’embauche, d’autres un mariage civil ou un anniversaire.»

Partout, salons et instituts ont affiché complet. A la tête de Mady Coiffure, au Petit-Lancy (GE), Virginie Arbache a appris les nouvelles restrictions parce que son téléphone chauffait. «Je ne savais pas, pour l’annonce du Conseil d’Etat. Mais je m’y attendais; puis quand j’ai reçu tous ces appels, dimanche, j’ai compris…» Elle a donc mobilisé son personnel et notamment trouvé des créneaux à ses bonnes clientes. «J’aurais fait sans, glisse Melissa. Mais je suis tout même très heureuse d’avoir eu un rendez-vous.» Pour certaines, l’urgence était de mise: «Il me fallait une teinture. Avec mes cheveux blancs, pas question sinon de sortir de chez moi», rigole Marivi. «J’ai pris mes précautions esthétiques», résume de son côté un client d’Ital Coiffure, au centre-ville.

Insomnie et amertume

Tout en tourbillonnant, ciseaux à la main, le maître d’oeuvre des lieux, Joseph Isgro, affichait ses craintes: «J’ai quelques sous de côté, mais si le reconfinement se prolonge en décembre, j’ai peur que ça m’achève». La perspective fait trembler un grand nombre de professionnels, sérieusement plombés par les fermetures du printemps. «Je n’ai pas dormi de la nuit, avoue Biba Duparc. Je ne ne peux pas m’endetter encore plus. L’Etat ne doit pas nous faire des prêts, mais nous fournir des aides à fonds perdus, sinon…» Sinon? «Tout le monde devra rendre ses clés», prédit Suhel Malla. Tous demandent aussi que bailleurs et propriétaires d’immeubles fassent des efforts.

Mais au-delà de l’inquiétude, l’incompréhension le dispute aussi à l’amertume. Selon les professionnels de la coiffure et des soins esthétiques, la branche n’a quasi pas enregistré de cas Covid. «Je fais très attention, je change de tenue pour chaque client», précise Roxane Vogel, une esthéticienne qui a son propre institut, Roxanne Esthetics. «On porte des masques depuis la réouverture, on a réduit le nombre de clients présents, on désinfecte, énumère de son côté Virginie Arbache. Et on doit fermer? C’est rude!»

Pris de vitesse, les pros sont fâchés

Si les commerçants comprennent l’urgence et la gravité de la situation sanitaire, ils sont unanimes à dénoncer le délai imposé par le Conseil d’Etat pour reconfiner le canton. «Annoncer les fermetures dimanche pour le lendemain, c’est beaucoup trop court, s’énerve Biba Duparc. Pourquoi les autorités n’ont-elles pas prévenu avant le weekend?» Joseph Isgro acquiesce: «Ça nous aurait laissé un peu de temps pour nous organiser...» Ainsi, il restait hier quelques plages horaires libres dans l’institut de Roxane Vogel: «Je travaille seule, illustre la jeune femme. Je n’ai pas eu le temps de déplacer à aujourd’hui (ndlr: lundi) des rendez-vous agendés dans la semaine.»

Egalement visés par la fermeture annoncée dimanche par le Conseil d’Etat, les restaurateurs et patrons de bars et de cafés font aussi grise mine. Tout comme leurs clients:

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