Actualisé 01.10.2012 à 19:06

Toulouse (F)Le poignardeur a une «personnalité fragile»

Dans le procès du collégien qui avait poignardé sa professeure de mathématiques en mai 2009 dans un collège de Fenouillet, l'ancien élève a été décrit comme ayant «une personnalité fragile et mal structurée».

Jugé depuis lundi après-midi devant le tribunal des enfants statuant en matière criminelle, l'adolescent, qui avait 13 ans à l'époque des faits et était en classe de 5e au collège François-Mitterrand de Fenouillet, est poursuivi pour «tentative d'homicide» et risque quinze ans d'emprisonnement.

L'expert-psychiatre, Daniel Ajzenberg a jugé le passage à l'acte de l'adolescent «étonnant» dans la mesure où, à l'époque des faits, «sa famille était apparemment positive, qu'il n'avait pas eu de troubles et qu'il n'avait aucun antécédent de ce type».

Selon le médecin, l'explication de ce passage à l'acte se situe «dans ce qu'il a pu vivre de plus profond au niveau de son histoire familiale» et «dans un narcissisme fragile qui fait qu'il n'a pas supporté la punition».

«Il s'agit d'un sujet qui n'a pas les mots et qui va traduire ses angoisses et ses inquiétudes profondes par le corps. Quand il éprouve une tension, il agit», a retenu le médecin du geste du collégien.

Fragile et mal structuré

Revenant sur son entretien avec le collégien au lendemain des faits, l'expert-psychiatre a pointé «une personnalité très fragile et certainement mal structurée» qui devait être «prise en charge au niveau éducatif et psychologique pour voir comment sa personnalité allait finir de se construire».

Le 15 mai 2009, durant un intercours, l'élève s'était rendu dans la salle de classe de sa professeure de mathématiques qui l'avait puni la veille pour un devoir non fait. Après lui avoir demandé si elle maintenait la sanction, il l'avait poignardée au niveau du thorax avec un couteau de cuisine provenant du domicile familial. Le jour même, le ministre de l'Education de l'époque, Xavier Darcos, s'était rendu sur place et avait envisagé l'installation de portiques de sécurité et de systèmes de fouilles dans certains établissements scolaires.

Opérée en urgence pour une hémorragie interne, l'enseignante a été hospitalisée durant deux semaines à la suite de son agression. Elle enseigne aujourd'hui à des élèves handicapés et bénéficie d'un service allégé, a précisé son avocat, Me Denis Benayoun.

A l'ouverture du procès, l'avocat a précisé qu'il souhaitait éviter tout «amalgame» avec les phénomènes de violences à l'école mais qu'il voulait que «les faits du 15 mai 2009 reçoivent la sanction appropriée» car, selon lui, «la violence dans les établissements scolaires est injustifiée».

Peur de la punition

Au lendemain de l'agression, le collégien -qui était selon ses deux avocats «très effacé» et «en authentique souffrance scolaire», mais n'était pas connu dans son établissement pour des actes de violence- avait justifié son geste par la crainte qu'à cause de cette punition, ses parents ne découvrent les mauvaises notes qu'il leur cachait depuis plusieurs mois.

Placé en détention durant près de trois semaines dans l'établissement pénitentiaire pour mineurs de Lavaur (Tarn), il avait ensuite intégré un centre éducatif fermé. L'adolescent, aujourd'hui âgé de 16 ans est hébergé la semaine dans un foyer éducatif selon ses avocats et prépare un CAP d'action commerciale.

«Dans sa solitude, il a échafaudé une stratégie totalement inadaptée et posé une mauvaise solution, qu'on pourrait trouver dans un jeu vidéo, à un véritable problème de souffrance scolaire», a déclaré à Sipa son avocat, Me Laurent Boguet.

Conscient de ses actes

«L'enfant d'hier est aujourd'hui un adolescent qui a pris la parfaite mesure de ce qu'on lui reprochait. Trois ans et demi d'encadrement judiciaire, psychologique, psychiatrique et éducatif lui ont fait prendre conscience de la gravité de son geste», a déclaré son second avocat, Me Emmanuel Tricoire pour qui «ce procès n'est pas celui d'un délinquant ou d'une jeunesse révoltée mais témoigne d'une problématique personnelle».

Témoin au procès, un ancien élève du collège a décrit l'adolescent qu'il connaissait «de vue» comme quelqu'un de «très calme et de très posé (...) avec qui tout allait bien». (ap)

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