Actualisé 26.11.2014 à 09:37

Etats-Unis - Ferguson

Le policier affirme avoir «bonne conscience»

L'agent de police qui a tué un jeune Noir à Ferguson, aux Etats-Unis, s'est expliqué sur son acte devant les médias pour la première fois.

Darren Wilson, le policier blanc qui a tué début août un jeune Noir à Ferguson (Missouri), a expliqué mardi sur la chaîne ABC qu'il avait «bonne conscience». Il aurait agi de la même manière avec un jeune Blanc, a-t-il assuré.

S'exprimant pour la première fois publiquement depuis le drame, survenu le 9 août, Darren Wilson a expliqué qu'il avait alors eu peur d'être tué, avant d'utiliser pour la première fois son arme et de tirer 12 balles en direction de Michael Brown, âgé de 18 ans.

«La raison pour laquelle j'ai bonne conscience, c'est parce que je sais que j'ai bien fait mon travail, a déclaré le policier. Je ne crois pas que ça va me hanter. Ça va rester comme quelque chose qui m'est arrivé», a-t-il ajouté. Interrogé pour savoir s'il aurait agi de la même manière avec un Blanc, le policier a répondu: «Oui (...), sans aucun doute.»

Il décrit Michael Brown, adolescent de 1m93 et 130 kg, comme un «homme puissant», le comparant au lutteur professionnel Hulk Hogan. «Il a foncé sur moi, il allait me tuer», a-t-il raconté.

Le policier a dit avoir craint que Michael Brown ne lui dérobe son arme. Il a assuré avoir agi en légitime défense. «Je me suis encore interrogé moi-même: est-ce que je peux tirer sur ce type? Est-ce que je peux le faire légalement? Et ma réponse a été: «Je dois le faire.»

Darren Wilson a ajouté que sa femme et lui espéraient retrouver désormais une vie normale. «On veut juste avoir une vie normale. C'est tout», a-t-il dit.

Arme bloquée

Il précise aussi que son pistolet s'est bloqué avant qu'il ne tire les balles fatales. «Le pistolet était en fait bloqué» par la main de Michael Brown sur le dessus. «Alors j'ai essayé une nouvelle fois, et là encore un autre clic. J'ai essayé une troisième fois, et c'est finalement parti», explique le policier.

Un jury populaire a annoncé lundi soir qu'il n'engagerait pas de poursuites contre Darren Wilson, estimant que le policier avait agi en état de légitime défense en tirant 12 fois en direction de Michael Brown. Ce dernier l'avait d'abord frappé au visage avant de prendre la fuite.

L'annonce de cette décision a provoqué une nuit de violences et d'émeutes dans Ferguson, quadrillée mardi soir par trois fois plus de militaires que la veille, soit quelque 2200 soldats.

Deuxième nuit agitée

La petite ville américaine de Ferguson a connu mardi soir une deuxième nuit agitée en réaction à l'exonération du policier ayant abattu un jeune Noir, tandis que des manifestations spontanées de protestation ont éclaté à travers les Etats-Unis.

«Je suis ici dehors pour soutenir Michael Brown et sa famille et pour voir la justice être rendue!» a lancé Michael Jackson, 48 ans, un habitant des environs de Ferguson où le jeune Noir de 18 ans, désarmé, a été abattu par un policier blanc, Darren Wilson, le 9 août dans cette petite ville du Missouri (centre).

Letisha Brooks, 17 ans, dont le lycée était fermé mardi en raison des émeutes de la veille, a quant à elle souligné être dans la rue «pour voir Darren Wilson pourrir en prison».

Moins nombreux que la veille, une centaine de manifestants bruyants s'étaient rassemblés en début de soirée près du commissariat de police de Ferguson, a constaté une journaliste de l'AFP.

Ils faisaient face à environ 50 policiers antiémeutes, renforcés à l'intérieur du périmètre de sécurité du poste de police par des gardes nationaux équipés de matraques et de boucliers.

Aucune violence n'était apparemment à déplorer en dépit de la présence de quelques agitateurs masqués en marge de la foule. Les magasins qui avaient été pillés et incendiés lundi étaient mardi soir clairement barricadés et les rues nettoyées des débris.

Obama réagit

Le président américain Barack Obama a condamné les violences à Ferguson, qui était quadrillée mardi soir par trois fois plus de militaires que la veille.

«Brûler des bâtiments, mettre le feu à des voitures, détruire des biens, mettre des gens en danger: il n'y a aucune excuse pour cela, ce sont des actes criminels», a déclaré Barack Obama lors d'un discours à Chicago (Illinois, nord).

«Il existe des moyens constructifs d'exprimer ses frustrations», a poursuivi le président, reconnaissant qu'il existait, au sein de nombreuses communautés, le sentiment tenace que «les lois ne sont pas toujours appliquées de la même manière et de façon équitable».

Villes mobilisées

A Cleveland (Ohio, nord), des manifestants ont défilé mardi soir pour protester contre la mort d'un garçon noir de 12 ans, tué le week-end dernier par un policier alors qu'il manipulait une arme factice.

A New York, plusieurs manifestants réclamant justice pour Michael Brown ont été interpellés mardi soir, a indiqué la police à l'AFP sans donner de chiffre exact. Deux personnes avaient déjà été arrêtées lundi soir.

Un groupe de manifestants s'était donné notamment rendez-vous à Union Square avant de commencer à marcher dans les rues en changeant sans cesse de direction pour échapper au contrôle de la police. «La prison pour les policiers meurtriers!», «Nous demandons justice pour Ferguson», pouvait-on lire sur leurs pancartes.

Des centaines de manifestants sont également descendus dans les rues de Los Angeles, Boston et Philadephien ainsi qu'à Nashville dans le sud du pays.

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