Podcast - Une vaudoise s'attaque au tabou du post-partum
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Podcast«Le post-partum, ça peut être traumatisant, mais on n’en parle pas»

Une Romande recueille et diffuse des témoignages de femmes qui ont vécu des défis après la naissance d’un enfant. L’«après-accouchement» reste en effet un tabou.

par
Pauline Rumpf

Anaelle Burnand veut porter la voix des mères pour briser le tabou. Écoutez son témoignage.

mediaprofil/rmf

«Je me suis sentie abandonnée, submergée», «je ne ressentais pas le coup de foudre pour mon bébé dont tout le monde parlait», «j’ai cru mourir, et ça m’a poursuivi pendant des mois»… Des témoignages comme ça, Anaelle Burnand en reçoit à la pelle depuis qu’elle a lancé son podcast sur le post-partum. Cette Romande en a déjà enregistré plusieurs pour les diffuser dans PépiteMama.

«Après ma propre expérience, douloureuse, je me suis rendu compte à quel point on manquait d’informations spécifiques sur ce stade-là de la parentalité, alors qu’on est pas mal préparées pour la grossesse et l’accouchement. Si j’avais su, j’aurais fait plein de choses différemment. Je me serais congelé des plats pour mon retour de la maternité, j’aurais davantage discuté avec ma sage-femme, avec mon mari, demandé de l’aide pour le ménage… Il faut que les futurs parents soient prévenus et puissent mieux se préparer.»

Des questions taboues

«La logistique, j’avais beaucoup anticipé, raconte Lucie*, maman depuis quelques mois. Mais ce qui m’a manqué, c’est de la préparation mentale à ce que ça change pour une personne de devenir parent. J’aurais aimé qu’on me dise: n’aie pas trop d’attentes, lâche un peu tes principes, et dors dès que tu peux…»

Pour Lucie, le podcast et les réseaux sociaux remplissent clairement un vide d’information et de partage nécessaire aux jeunes parents. «Quand je dois allaiter en public, par exemple, je me demande toujours comment font les autres mamans, car j’en vois peu. Les comptes Instagram et les podcasts me font me sentir moins seule. Du coup je partage à mon tour une partie de ma maternité pour transmettre plus loin ce que j’ai vu et appris, et en montrer une image plus réaliste.»

Parfois traumatisant

Outre le bouleversement organisationnel, des questions de santé restent également taboues, l’accouchement étant un événement potentiellement traumatisant. Il peut même en résulter un syndrome de stress post-traumatique. Anaelle Burnand s’y attaque dans la version «pro» de son podcast avec des intervenants médicaux notamment. «Ils sont tous d’accord: il faut davantage d’informations mais aussi de temps pour accompagner les jeunes mères.»

Interrogé, le chef du service d’obstétrique du CHUV confirme, étude à l’appui: lorsque les parents ont suivi des formations à ce sujet, tout se passe mieux. Mais, par manque de places entre autres, moins d’un tiers des futures mères s’y inscrivent. Pour David Baud, cependant, les ressources proposées par l’hôpital sont déjà conséquentes, avec notamment des vidéos explicatives par sujet bientôt traduites en 8 langues, ou un réseau de sages-femmes déployées à domicile dès le jour du retour à la maison. Celles-ci travaillent sur la santé physique de la mère et du nourrisson, mais aussi sur l’aspect émotionnel des mamans.

Un tissu social appauvri

«Nous avons également mis en place une consultation de débriefing de l’accouchement, où les mères peuvent discuter avec le personnel qui les a traitées ou avec d’autres spécialistes. Dans ce cadre, on oriente également certaines personnes chez un pédopsychiatre si nécessaire. Je pense que dans le Canton de Vaud, par rapport à d’autres pays, il y a quand même beaucoup de ficelles qu’on peut tirer si on en a besoin.»

Pour comprendre le manque de soutien vécu par toutes ces mères, David Baud évoque plutôt un appauvrissement du tissu social et familial. «Quand nos parents habitent loin, qu’on ne voit nos amis qui ont des enfants que de temps en temps, le partage se fait moins qu’avant. On perd un soutien de confiance avec des gens qu’on connaît depuis longtemps, qui ne sera jamais remplacé par des soignants qu’on a rencontrés quelques heures au plus», analyse cet obstétricien.

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