Le potager, lieu de rencontres interculturelles

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Le potager, lieu de rencontres interculturelles

En Allemagne, où la culture des jardins ouvriers est très répandue, fleurissent des «potagers interculturels» conçus pour favoriser le dialogue entre immigrés et Allemands de souche.

Le jardin interculturel de Dresde (est de l'Allemagne) s'est monté en 2005, à côté des jardins ouvriers traditionnels.

Sur 1.800 mètres carrés loués à la ville s'étalent des lopins de terre tenus par une soixantaine de personnes, dont la moitié d'étrangers du monde entier: Chinois, Chiliens, Ouzbeks, Syriens... mais aussi des réfugiés de zones de conflits.

«Le jardin est un moyen de nous faire accepter», souligne Djoudi ben Hacine, réfugié algérien d'origine kabyle.

Wajida a fui l'Irak en guerre. Isolée et sans papiers, la jeune femme réside en Allemagne depuis trois ans avec son fils Seyhan, cinq ans. Avec, pour seules ressources, environ 200 euros d'aide sociale et de petits emplois de cuisinière ou de femme de ménage.

«J'aime ce jardin. C'est l'un des rares endroits où je peux parler avec des Allemands», confie-t-elle.

Comme la soixantaine d'autres jardins interculturels d'Allemagne qui se sont créés en réseau depuis 1996, l'association du jardin de Dresde ne se contente pas de proposer des parcelles à cultiver pour un prix symbolique.

Les beaux jours, on y joue aussi au football avec les enfants, on y organise de petits spectacles ou de grands banquets avec les tomates de l'un, les courgettes de l'autre.

L'Allemagne compte près de sept millions de personnes détenant un passeport étranger, soit 8% de la population du pays.

Dresde compte près de 60 nationalités différentes, qui ne représentent que 2% de la population totale, selon Mattes Hoffmann, paysagiste et cofondateur du jardin de Dresde.

Au départ, le projet a été accueilli avec méfiance par les voisins dans leurs jardins ouvriers, très organisés et aux normes très strictes, se rappelle Christa Howainski, qui cultive sa parcelle aux côtés des immigrés. «Les conservatismes ont mis du temps à évoluer», dit cette enseignante allemande retraitée.

Si l'initiative du jardin a d'abord été allemande, les organisateurs veulent davantage impliquer les étrangers dans le fonctionnement de l'association et les nouveaux projets. «Donner des responsabilités aux migrants fait partie du processus d'intégration», explique Mattes Hoffmann. Ainsi, l'été dernier, des femmes ouzbèkes ont tenu un atelier cuisine.

Mais en dehors de l'oasis du potager, les difficultés quotidiennes des immigrés reprennent le dessus.

Malgré la bonne volonté des Allemands de l'association, qui les accompagnent parfois dans leurs démarches administratives ou leur recommandent un avocat, l'intégration demeure pour beaucoup un rêve inaccessible.

Djoudi l'Algérien est particulièrement éprouvé par les difficultés administratives et par l'indifférence à son égard. «Je suis moins bien traité qu'un SDF dans ce pays», répète-t-il, amer.

«Pour beaucoup de gens, l'interculturalité c'est une fête une fois par an, où les Arabes chantent quelque chose pendant que les Mexicains font la popote», ironise Victor Labra, immigré chilien.

Pendant que Sayhan gambade joyeusement entre les plates-bandes, Wajida est soucieuse. Elle hésite à reprendre le jardin cette année. «J'habite à l'autre bout de la ville, et les transports publics coûtent cher», explique-elle.

Mattes Hoffmann lui a rapporté une vieille bicyclette. Le visage de Wajida s'illumine de reconnaissance. Mais elle avoue timidement: «Je ne sais pas faire du vélo».

Etienne Balmer, AFP

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