Tour du monde: «Le premier coup de pédale est le plus difficile»

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Tour du monde«Le premier coup de pédale est le plus difficile»

Un Veveysan a parcouru pendant neuf ans 40'000 km à vélo autour du monde. Il est de retour en Suisse pour transmettre sa passion.

par
Julien Culet

«La Suisse a beaucoup changé depuis que je suis parti. Tout est plus moderne.» Hervé Neukomm est toujours quelque peu dépaysé en revenant dans son pays. Il faut dire que ce natif de Vevey (VD) a passé onze ans loin de chez lui dont neuf sur les routes du monde entier. Parti en 2004 pour le Tibet à vélo, il n'est plus rentré depuis, préférant parcourir la planète. Après 40'000 km en petite reine puis 7500 km à descendre l'Amazone en «pédalo», il est de retour ces jours pour un cycle de conférences. A Lausanne vendredi et Genève samedi, il veut transmettre son expérience et surtout faire passer le message que chacun doit trouver son rêve. «La vie est trop courte pour avoir des regrets, estime le baroudeur. Tout le monde peut trouver son compte.»

Promis à une carrière de banquier, Hervé a lui trouvé sa voie en démissionnant à 26 ans pour devenir aventurier. Des petits boulots tout au long de son périple lui ont permis de traverser l'Europe de l'est, le Moyen-Orient, l'Afrique puis l'Amérique du Sud. «J'ai été guide de safaris en Namibie, j'ai souvent travaillé dans des bars, j'ai aussi ouvert un hôtel à la frontière brésilienne», détaille-t-il. Hervé n'a ainsi jamais eu besoin de revenir en Suisse pour financer son voyage.

Les dangers de l'Amazone

C'est après avoir souffert de la chaleur dans les déserts du Sahara et de Namibie que le Vaudois a eu l'idée de construire un bateau. Et puisque le vélo est pour lui la meilleure manière de voyager, il a décidé de faire un mélange des deux pour créer une sorte de pédalo géant. «Descendre le plus long fleuve du monde, l'Amazone, m'a semblé être un défi évident», rapporte-t-il. Un défi qu'il ne conseille pas à tout le monde. Il lui a fallu affronter l'hostilité de la nature et des hommes. «Je me suis notamment retrouvé à l'eau avec un caïman et j'ai été attaqué trois fois par des pirates. Et, sur la fin, le fleuve fait 18km de large, il peut y avoir de grandes vagues. Le Léman paraît être un étang à côté», plaisante l'aventurier.

Ce dernier a eu de la chance, durant ces neuf années. Il a réussi à se tirer sans mal de toutes les situations : rencontre avec des narcotrafiquants, des guérilleros, massacre évité de justesse au Kenya,… «Je crois que j'ai une sacrée bonne étoile», songe celui qui n'a jamais eu besoin d'aller à l'hôpital. Maladies et accidents l'ont en effet plutôt épargné. «Il faut y aller doucement, préconise Hervé. Le corps s'adapte à tout, même, par exemple, lorsqu'il s'agit de pédaler à plus de 5000m dans la Cordillère des Andes. C'est la plus belle machine qui existe.»

Faire le premier pas

A ceux qui seraient tentés de partir, comme lui, autour du monde, le trentenaire conseille avant tout de se lancer: «C'est le premier pas ou plutôt le premier coup de pédale qui est le plus dur. Une fois que l'on est dedans, il n'y a pas de soucis.» Même s'il confie avoir eu parfois envie de tout arrêter. «Mais j'étais au milieu de nulle part. Une bonne nuit de sommeil, une bière et c'est reparti», plaisante-t-il. Pour le parcours à emprunter, «il faut écouter son cœur. Mais, actuellement, l'Amérique du Sud ou l'Asie sont des destinations sûres. L'ex-URSS également. Des zones s'ouvrent et d'autres se ferment».

Paradis en pleine jungle

Parmi celles qui se ferment, le voyageur regrette que bien des pays qu'il a traversés soient aujourd'hui fortement déconseillés aux occidentaux. «J'ai rencontré les gens les plus gentils dans les pays arabes, musulmans. C'est au Soudan et en Syrie que je les ai trouvés les plus hospitaliers.» Des contrées qui sont aujourd'hui ravagées par la guerre civile. «C'était le dernier moment pour y aller. Je suis triste pour ces populations. Ce sont les premières victimes de ces horreurs.»

Depuis 2013 et la fin de sa descente de l'Amazone, le Veveysan s'est sédentarisé dans la ville colombienne de Leticia. Elle est située en pleine jungle, à la frontière avec le Pérou et le Brésil. «C'est l'endroit que j'ai préféré. Je suis comme sur une île, un peu isolé du monde», explique-t-il. A la fois guide, à la tête d'une réserve naturelle et d'une fondation, il a trouvé «son coin de paradis». Mais l'appel de la route pourrait bien être le plus fort. «Je pourrais tout à fait repartir un jour avec ma copine, reconnaît Hervé. Il reste notamment l'Asie. J'aimerais bien aller au Tibet, que je n'ai finalement jamais vu.»

Vaincre l'éloignement grâce à internet

C'est la solitude qui avait le plus pesé à Claude Marthaler. Ce Genevois était parti en 1994 du bout du lac pour rallier le Japon à vélo. Il avait continué et avait bouclé son tour du monde en 2001, après 122000 km. A son retour, il expliquait la difficulté d'être coupé des siens. Un souci en partie réglé de nos jours. «Avec internet et Skype, on est bien aidé, estime Hervé Neukomm, qui ne souffre pas de la distance. Je trouve même que j'ai un meilleur contact avec mes amis et ma famille, maintenant. On a toujours plein de choses à se raconter.»

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