Actualisé 22.12.2017 à 21:35

Monde - Elections en CatalogneLe Premier Ministre ne veut rencontrer qu'elle

Jamais les non-indépendantistes n'ont emporté la majorité aux élections catalanes. Ils ont failli y parvenir cette fois, dans la foulée d'Ines Arrimadas.

par
Robin Carrel
Barcelone
Ines Arrimadas est reconnue comme une excellente oratrice.

Ines Arrimadas est reconnue comme une excellente oratrice.

Keystone/Enric Fontcuberta

Si vous avez le tort de ne serait-ce que de prononcer son nom un peu trop fort dans un bar du nord de Barcelone, les regards se tournent immédiatement vers vous et certains vous lancent même des yeux noirs. La «Marion Maréchal-Le Pen de Catalogne», comme la surnomment certains journaux de l'autre côté des Pyrénées, ne laisse personne indifférent. Pour les indépendantistes, elle est à peu près ce qui peut se faire de pire, car le cousin de son père, Moises Arrimadas Esteban, avait été gouverneur de deux provinces sous la domination de Franco.

Echelons gravis en six ans

A 36 ans, la native de Jerez de la Fontera sait ce qu'elle veut. A l'image de la nouvelle vague de politiciens à travers l'Europe, Ines Arrimadas veut faire bouger les lignes et elle n'y va pas par quatre chemins. Celle qui a étudié le droit et le management entrepreneurial à l'Université de Séville (elle a deux licences, a aussi étudié à Nice et parle quatre langues) est mariée à un ancien député, favorable pour sa part à l'indépendance. La trentenaire est entrée au parti il y a six ans et a gravi les échelons un à un, de porte-parole du mouvement des jeunes en 2011, à candidate de son camp à la présidence de la Généralité de Catalogne en 2017.

C'est elle qui a créé une demi-surprise, jeudi, en arrivant en tête des élections catalanes, avec 37 sièges et plus d'un million de suffrages sur les plus de quatre millions exprimés. Signe de reconnaissance – et aussi jeu politique bien compréhensible –, c'est elle que Mariano Rajoy, le premier ministre espagnol, souhaite rencontrer après que le verdict des urnes a été exprimé. «La personne avec qui je devrais m'asseoir est celle qui a gagné les élections, Madame Arrimadas», a lâché le chef du gouvernement, en forme de pied de nez à Carles Puigdemont, leader indépendantiste en exil, qui lui avait pourtant tendu la main.

«Entre Catalans et Catalans»

Ines Arrimadas a fait grincer pas mal de dents dans le camp opposé durant cette campagne. Une de ses phrases a même créé la polémique: «Ce n'est pas une crise de la Catalogne face au reste de l'Espagne, c'est une crise entre Catalans et Catalans.» Elle est toutefois une figure rassurante pour les Espagnols du coin et pour le reste du pays. Cette grande fan du FC Barcelone se veut «progressiste, réformiste et avec les mains propres», tout en n'oubliant pas de fustiger les Partis Socialiste et Populaire, qualifiés de «rances». Elle a aussi dû lutter contre un milieu politique très machiste.

Elle ne se retrouvera donc pas au pouvoir. Pas cette fois. Mais Ines Arrimadas espère rassembler derrière son nom les battus du «21D» et peser sur la prochaine législature. Jamais les anti-indépendances n'ont réussi à prendre le pouvoir en Catalogne depuis la mort de Franco. Cette fois, le coup est passé tout près. Fort de 70 sièges obtenus jeudi soir, les trois partis indépendantistes devraient toutefois s'arranger au bout de longues négociations pour arriver à gouverner ensemble. Pendant ce temps-là, la leader de Ciudadanos aura tout le temps de faire passer ses idées. Et qui sait, dans quatre ans ou avant...

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