Pakistan: Le Premier ministre pakistanais démissionne
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PakistanLe Premier ministre pakistanais démissionne

La justice pakistanaise a prononcé la «disqualification» de Nawaz Sharif dans le cadre d'une affaire de corruption révélée par les «Panama Papers». Celui-ci a annoncé sa démission.

Nawaz Sharif avait déjà été Premier ministre deux fois avant de devoir quitter son poste: en 1993, pour des accusations de corruption et en 1999, à la suite d'un coup d'Etat.

Nawaz Sharif avait déjà été Premier ministre deux fois avant de devoir quitter son poste: en 1993, pour des accusations de corruption et en 1999, à la suite d'un coup d'Etat.

Keystone

Le Premier ministre pakistanais Nawaz Sharif a démissionné vendredi après l'arrêt de la Cour suprême ordonnant sa destitution pour corruption, ont confirmé les services du Premier ministre. Il a toutefois déclaré de «fortes réserves» à cette décision judiciaire et utilisera «toutes les possibilités que lui offrent la Constitution et la loi» pour réagir.

Le chef du gouvernement a démissionné en dépit de «sérieuses réserves» sur la procédure judiciaire, ont indiqué ses services dans un communiqué. Nawaz Sharif, 67 ans, est accusé d'avoir caché des biens détenus par ses enfants. Le chef du gouvernement a démenti toute malversation, dénoncé un complot et estimé que son éviction pourrait déstabiliser le pays.

«Disqualification»

La Cour suprême du Pakistan a rendu dans la matinée un arrêt prononçant la «disqualification» du Premier ministre et sa destitution de fait suite à cette affaire de corruption. M. Sharif «est disqualifié en tant que député au parlement et a donc cessé d'occuper le poste de Premier ministre», a déclaré le juge Ejaz Afzal Khan devant une foule compacte réunie au siège de la Cour pour entendre le jugement. L'arrêt ordonne aussi à l'autorité anti-corruption de lancer une nouvelle enquête sur les soupçons pesant sur M. Sharif.

Cette décision ouvre une période d'incertitude pour le pays. Les prochaines élections législatives sont théoriquement prévues en 2018. C'est la seconde fois dans l'histoire du Pakistan qu'un Premier ministre en poste est démis par une intervention de la Cour suprême. La première fois remonte à 2012, lorsqu'elle avait condamné le Premier ministre de l'époque, Raza Gilani pour outrage à la justice car ce dernier avait refusé de rouvrir une enquête pour corruption contre le président d'alors, Asif Zardari.

Aucun mandat à terme

M. Sharif n'aura ainsi mené à terme aucun de ses trois mandats comme chef du gouvernement. Il avait déjà été contraint à la démission en raison d'accusations de corruption en 1993. Son deuxième mandat, démarré en 1997, avait lui aussi tourné court deux ans plus tard suite à un coup d'Etat militaire et M. Sharif avait été contraint à plusieurs années d'exil en Arabie saoudite.

L'arrêt a été rendu en fin de matinée à Islamabad, où la sécurité avait été renforcée. Quelque 3000 policiers et paramilitaires étaient déployés autour du siège de la Cour suprême, a indiqué un porte-parole de la police.

Le rapport de la commission d'enquête composée de civils et de militaires qui a servi de base au jugement de vendredi avait constaté une «importante disparité» entre les revenus de la famille Sharif et son train de vie. Le Premier ministre est soupçonné d'avoir caché la vérité sur les sociétés et biens immobiliers détenus via des holdings off-shore par ses enfants.

Trois de ses quatre enfants sont mis en cause, ses fils Hasan et Hussein et sa fille Maryam Nawaz, pressentie comme son héritière en politique. Au coeur de cette affaire se pose la question du financement d'appartements londoniens de luxe, détenus par la famille Sharif via des sociétés gérées par le cabinet panaméen Mossack Fonseca.

«Nouvelle page historique»

Le scandale avait éclaté l'an dernier. Le Consortium international des journalistes d'investigation (ICIJ) avait publié quelque 11,5 millions de documents secrets émanant du cabinet Mossack Fonseca, les «Panama Papers».

La corruption est très répandue au Pakistan, un pays qui figure dans le bas du classement de l'ONG Transparency International, au 116e rang sur 176 pays. (nxp/ats/afp)

(NewsXpress)

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