France - Nordahl Lelandais: «Je n’ai jamais voulu lui donner la mort»
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FranceNordahl Lelandais: «Je n’ai jamais voulu lui donner la mort»

Devant la Cour d’assises de Chambéry, l’accusé a reconnu lundi avoir battu Arthur Noyer, un chasseur alpin de 23 ans, sans intention de le tuer.

Nordahl Lelandais (à g.) arrive au Palais de justice de Chambéry pour le premier jour de son procès pour le meurtre du caporal de l’armée française Arthur Noyer en 2017.

Nordahl Lelandais (à g.) arrive au Palais de justice de Chambéry pour le premier jour de son procès pour le meurtre du caporal de l’armée française Arthur Noyer en 2017.

AFP

Au premier jour de son procès aux assises de Chambéry, Nordahl Lelandais a confirmé qu’il avait battu à mort le caporal Arthur Noyer en 2017 mais sans intention de tuer, demeurant sur la ligne de défense qu’il avait adoptée durant l’instruction.

«Oui j’ai donné la mort à Arthur Noyer, mais je n’ai jamais voulu lui donner la mort», a-t-il brièvement affirmé, répondant au président du tribunal qui résumait l’enquête sur la mort du militaire de 23 ans, pour laquelle Nordahl Lelandais est renvoyé pour meurtre.

Quatre ans après les faits, le procès s’est ouvert lundi, une première comparution très attendue pour l’homme déjà impliqué dans la mort de la petite Maëlys.

Cheveux poivre et sel et fine barbe sous son masque, l’accusé est apparu tendu dans le box, athlétique sous sa chemise bleu ciel, énonçant son identité d’une petite voix avant que le jury ne soit constitué.

Ce premier procès, qui doit durer jusqu’autour du 12 mai, polarise l’attention des médias et du grand public, que la dérive meurtrière d’un homme a priori sans histoires déroute et intrigue.

«Nonobstant le dispositif un petit peu exceptionnel de ce procès, vous serez jugé comme tous les accusés, avec les mêmes droits», a précisé, à l’intention de Nordahl Lelandais, le président François-Xavier Manteaux, au début de l’audience.

Que «justice soit faite» pour leur fils

Aux parties civiles, le magistrat a demandé d’être «dignes» et de ne pas troubler l’audience, ajoutant qu’elles n’auront peut-être pas toutes les réponses à leurs questions. La famille Noyer est venue avec un large portrait encadré d’Arthur et le tient à ses pieds dans la salle d’audience. Avant le procès, ils avaient dit souhaiter que «justice soit faite» pour leur fils.

L’enquête sur la disparition de leur fils, mort en avril 2017, avait patiné pendant plusieurs mois avant que les enquêteurs ne fassent le lien avec l’affaire de la disparition de Maëlys De Araujo, à l’automne 2017. Les deux affaires ont été instruites séparément, et le procès pour la mort de la fillette de huit ans pourrait avoir lieu en 2022.

Lors de sa mise en examen dans l’affaire Noyer, une question avait été soulevée: Nordahl Lelandais est-il impliqué dans d’autres affaires? À ce stade, aucun élément matériel connu ne vient accréditer cette thèse.

Pour accueillir journalistes et public, la salle des assises ne suffisant pas, la salle du Sénat de Savoie, à côté, retransmet l’audience. Ces murs anciens n’ont jamais abrité un procès aussi médiatique. Quelque 120 journalistes ont été accrédités au total.

Serviable et mythomane?

Après un résumé de l’enquête, lundi matin, l’audience de l’après-midi doit débuter avec l’examen du parcours de vie de l’accusé. Né le 18 février 1983 à Boulogne-Billancourt, près de Paris, Nordahl Lelandais arrive à sept ans en Savoie, où il coule une scolarité sans accroc notable jusqu’à un CAP (ndlr: l’équivalent d’un apprentissage) mécanique qu’il ne terminera pas.

À 18 ans, il s’engage dans l’armée pour rejoindre le 132e bataillon cynophile de Suippes, dans la Marne. Il quittera l’armée comme caporal en 2005 pour infirmité sans avoir convaincu ses supérieurs. Il revient alors chez ses parents, à Domessin, et enchaîne les petits boulots.

Décrit par sa famille comme serviable, les quelques femmes avec qui il a eu des relations un peu durables pointent un homme tantôt très tendre, tantôt menteur, manipulateur, ont résumé les juges d’instruction.

Une expertise psychologique versée à l’instruction relève des «carences affectives» et une «surenchère des excitations» par l’alcool, les drogues ou le sexe. Une seconde expertise citée dans le dossier Noyer exclut une altération de son discernement au moment des faits, mais souligne «une tendance à la mythomanie», une «très faible tolérance à la frustration» et une «incapacité à éprouver de la culpabilité».

Coups «très violents»

Dans la nuit du 11 au 12 avril 2017, Arthur Noyer, qui vient de passer la soirée en discothèque, est pris en stop par Nordahl Lelandais, à Chambéry. Ce dernier, qui vient de se faire éconduire par une partenaire sexuelle occasionnelle, a multiplié dans les heures précédentes les allers et retours dans le centre-ville. Pour les juges d’instruction, il était probablement en recherche d’une aventure charnelle.

Lors d’une halte sur un parking de la banlieue de Chambéry, les deux hommes en viennent aux mains pour un motif qui demeure flou. Nordahl Lelandais a reconnu en mars 2018 avoir donné des coups «très violents» à Arthur Noyer, à la suite d’un premier coup donné par le militaire.

À l’issue de la bagarre, a-t-il raconté aux enquêteurs, le caporal Noyer est inanimé, Nordahl Lelandais glisse son corps dans le coffre de son Audi grise, roule une vingtaine de kilomètres puis le dépose sur le bas-côté d’une petite route de montagne.

Comme dans l’affaire Maëlys, l’accusé récuse toute intention de tuer, une version que n’ont pas retenue les juges d’instruction, qui l’ont renvoyé pour homicide volontaire – excluant, faute de preuve, une préméditation retenue préalablement lors de sa mise en examen pour assassinat. Le verdict est attendu autour du 12 mai. L’accusé encourt trente ans de réclusion criminelle.

La défense obtient la nullité d’une expertise psychiatrique

La défense de Nordahl Lelandais a obtenu la nullité d’une expertise psychiatrique de l’accusé en raison d’un «doute légitime» sur l’impartialité de l’un des experts. L’avocat de la défense, Alain Jakubowicz, a soutenu que l’expertise qui avait été versée au dossier fin 2020, à sa demande, devait être écartée car Paul Bensussan, l’un de ses deux auteurs, s’était exprimé sur l’affaire le 30 mars 2018 sur France 5. De même l’avocat a relevé l’absence de motivation de la désignation de l’expert et d’une prestation de serment de ce dernier dans le dossier.

«Tout homme a droit à un procès équitable. J’ose dire que plus un crime est grave, plus la peine encourue est importante, plus on doit être intransigeant», a plaidé Me Jakubowicz. Les trois magistrats professionnels ont arrêté la nullité de cette expertise, actant un «doute légitime sur l’impartialité du Dr Bensussan». Ses deux auteurs ne seront ainsi pas entendus lors du procès, qui doit s’achever autour du 12 mai.

Alain Jakubowicz avait réclamé cette expertise psychiatrique car il estimait que celles déjà versées au dossier, effectuées en 2018, étaient datées, «l’état d’esprit (de Nordahl Lelandais ayant) évidemment énormément évolué au cours de ces années» en détention, selon lui. L’avocat des parties civiles, Me Bernard Boulloud, a dit être «indifférent» à la nullité de cette expertise, ajoutant que la personnalité de l’accusé, «c’est lui qui nous la dévoilera tout seul, sans besoin d’expertise.» AFP

(AFP)

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