Actualisé 10.01.2012 à 19:41

Rwanda Le président a été abattu par son propre camp

Un rapport d'expertise français conclut que l'avion du président rwandais Habyarimana a été abattu en 1994 par des missiles tirés depuis le camp militaire de Kanombe tenu par les loyalistes.

Une expertise technique sur l'attentat à l'origine du génocide de 1994 au Rwanda affaiblit la thèse qui met en cause l'entourage de l'actuel président tutsi Paul Kagame, ont déclaré mardi plusieurs avocats. Près de 800'000 personnes avaient perdu la vie dans ce génocide.

Le rapport conclut que l'avion du président rwandais Juvénal Habyarimana a été abattu par des missiles tirés depuis le camp militaire de Kanombe tenu par les loyalistes, ce qui exonère les proches de l'actuel président Paul Kagame inculpés, a affirmé mardi leur avocat Bernard Mainguin, qui défend les sept inculpés.

«Cette affaire va prendre fin et nous allons continuer notre combat», a ajouté Me Maingain, saluant une journée «historique». Il a d'ores et déjà annoncé qu'il réclamerait un non-lieu pour ses clients, qui ont été «injustement accusés et poursuivis durant des années», selon lui.

«Justice rendue»

Dans une première réaction, Kigali a pour sa part estimé que le rapport «rend justice» à la position du gouvernement rwandais. «Il est clair pour tous désormais que l'attentat contre l'avion était un coup d'Etat mené par des extrémistes hutu et leurs conseillers», a commenté la ministre des Affaires étrangères, Louise Mushikiwabo.

Le soir du 6 avril 1994, un Falcon 50 transportant le président hutu rwandais Juvenal Habyarimana et son homologue burundais Cyprien Ntaryamira est abattu en phase d'atterrissage à Kigali par des missiles sol-air. Cet attentat est considéré comme le signal déclencheur du génocide, qui a fait au moins 800'000 morts, essentiellement parmi de la minorité tutsi.

Tensions diplomatiques

La présence d'un équipage français à bord a conduit à l'ouverture d'une enquête en France. L'enquête du juge antiterroriste Jean-Louis Bruguière a abouti au lancement en 2006 de neuf mandats d'arrêts contre des proches de M. Kagame qui dirigeait, en 1994, la rébellion tutsi du Front patriotique rwandais (FPR).

La thèse était qu'il avait voulu ainsi forcer l'accès au pouvoir. Ces inculpations avaient entraîné la rupture des relations diplomatiques entre Kigali et Paris.

A l'inverse de la thèse Bruguière, un rapport d'enquête rwandais affirme que les tirs sont partis depuis le camp militaire de Kanombe, importante base des FAR (armée gouvernementale hutu à l'époque), jouxtant l'aéroport et la résidence présidentielle au sud- est, où il est «impossible d'imaginer», selon ce rapport, que le FPR ait pu s'infiltrer.

Enquête au Rwanda

En avril 2010, alors que les relations entre Paris et Kigali se sont détendues, les juges Marc Trévidic et Nathalie Poux, qui ont succédé à M. Bruguière, désignent une équipe d'experts pour déterminer les lieux possibles des tirs ayant abattu l'avion présidentiel.

Vingt mois plus tard et après un déplacement au Rwanda en septembre 2010 pour essayer de reconstituer les conditions de l'attentat, c'est ce rapport d'expertise qui semble fragiliser un peu plus la thèse Bruguière, alors que plusieurs témoins à charge s'étaient déjà rétractés.

Pas de preuve

Les adversaires hutus de M. Kagama contestent de leur côté que la preuve ait été apportée de leur propre culpabilité et soulignent qu'il n'y rien de catégorique.

«L'expertise ne peut désigner le camp hutu. Ce que dit l'expertise, c'est que, en l'état de leurs constatations, les tirs ne peuvent provenir du camp de (Paul Kagame). Ça ne désigne pas pour autant le camp d'en face», a déclaré Jean-Yves Dupeux, l'avocat des enfants de M. Habyarimana.

Aucune source indépendante n'a pu dans l'immédiat commenter la présentation complète du document. Une conférence de presse doit se tenir à Paris mercredi.

(ats)

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