Kirghizstan: Le président déchu défie le nouveau pouvoir
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KirghizstanLe président déchu défie le nouveau pouvoir

Le président déchu du Kirghizstan, Kourmanbek Bakiev, a défié lundi le gouvernement provisoire en apparaissant devant des milliers de ses partisans.

Le nouveau pouvoir tente quant à lui d'éviter la faillite économique et politique du pays.

La situation restait stable lundi et les Etats-Unis ont même repris le transit de troupes vers l'Afghanistan via leur base de Manas, près de la capitale Bichkek, qui était interrompu depuis plusieurs jours, a indiqué l'ambassade américaine.

De son côté, Kourmanbek Bakiev, debout devant la foule dans son village de Teiit (sud), a une nouvelle fois refusé de démissionner, alors qu'il a perdu le pouvoir depuis sa fuite mercredi dernier de Bichkek après des affrontements sanglants entre manifestants et policiers.

«J'avais des raisons de me cacher. Comme vous le savez, le pouvoir a été pris de force. Ça a d'abord commencé à Talas (nord- ouest) et toute la faute a été rejetée sur moi», a-t-il lancé, dénonçant une «usurpation du pouvoir» par de «véritables gangsters» lors de cette première apparition publique.

«Je suis le président et personne n'a le droit ou le pouvoir de me faire quitter mon poste», a martelé M. Bakiev qui réclame le déploiement de casques bleus.

82 morts, 1600 blessés

Le président, accusé de népotisme et de dérive autoritaire, a fui après des tirs des forces de l'ordre sur une foule d'opposants qui tentait d'entrer en force dans le siège de la présidence. Ces violences ont fait 82 morts et plus de 1600 blessés, selon un dernier bilan officiel.

La chef du gouvernement provisoire, Rosa Otounbaïeva, a pour sa part jugé «exagérés» les propos lundi de ses adjoints qui annonçaient une «opération spéciale» pour arrêter M. Bakiev, et a précisé que la priorité était d'obtenir la démission de ce dernier.

«Nous cherchons les moyens de sortir de cette situation. Nous n'allons pas permettre qu'il y ait de nouvelles victimes, sinon elles seront sur notre conscience», a-t-elle dit.

«Nous réfléchissons à quoi lui donner en échange» de sa démission, a-t-elle ajouté, alors que les autorités craignent que M. Bakiev ne tente de reprendre le pouvoir en armant son bastion dans le sud de l'ex-république soviétique d'Asie centrale.

Crainte d'une guerre civile

Les relations entre le nord du Kirghizstan, au coeur de la révolte de la semaine dernière, et le sud du pays, d'où vient le président déchu, sont traditionnellement tendues. Cela laisse craindre de nouvelles violences, voire une guerre civile, selon des analystes.

La stabilité du Kirghizstan est un enjeu majeur pour l'Asie centrale, d'autant que les Etats-Unis y disposent d'une base aérienne clé pour déployer leurs troupes en Afghanistan, que la Russie voit d'un mauvais oeil, cette région du monde étant sa zone d'influence historique.

C'est d'ailleurs à Moscou que le numéro deux du gouvernement, Almazbek Atambaïev, est allé demander une aide économique d'urgence la semaine dernière, alors que le pays est au bord de la faillite. Selon le gouvernement provisoire, les caisses de l'Etat ont été vidées par l'entourage de M. Bakiev, ne laissant que 16 millions d'euros aux nouvelles autorités.

Il a aussi assuré que les autorités russes n'avaient pas conditionné une aide à la fermeture de la base américaine, alors même que Moscou entretenait des relations très tendues avec M. Bakiev depuis qu'il était revenu sur sa promesse de fermer ce centre de transit vers l'Afghanistan.

L'ambassade américaine à Bichkek a pour sa part indiqué qu'elle ne servirait pas d'abri au président déchu. Washington doit envoyer cette semaine un haut diplomate à Bichkek mais les analystes notent que les Etats-Unis, qui soutenaient Bakiev auparavant, ne se précipitent pas non plus pour gagner les faveurs des nouvelles autorités.

(ats/afp)

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