Actualisé 04.07.2015 à 21:18

Tunisie

Le président décrète l'état d'urgence

Le président tunisien Béji Caïd Essebsi a décrété samedi l'état d'urgence en raison des «dangers menaçant le pays», huit jours après un attentat sanglant qui a tué 38 touristes.

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05.08  Scotland Yard a affirmé mercredi l'existence d'un «lien» entre l'attaque jihadiste contre le musée du Bardo à Tunis le 18 mars (à gauche) et celle contre un hôtel de Port El Kantaoui, près de Sousse.

05.08 Scotland Yard a affirmé mercredi l'existence d'un «lien» entre l'attaque jihadiste contre le musée du Bardo à Tunis le 18 mars (à gauche) et celle contre un hôtel de Port El Kantaoui, près de Sousse.

31.07 Le président tunisien Beji Caid Essebsi a décidé de prolonger l'état d'urgence de deux mois à partir du 3 août, a annoncé un communiqué diffusé vendredi.

31.07 Le président tunisien Beji Caid Essebsi a décidé de prolonger l'état d'urgence de deux mois à partir du 3 août, a annoncé un communiqué diffusé vendredi.

Fethi Belaid
22.07 Le Parlement tunisien a entamé mercredi trois jours de débats pour adopter une nouvelle loi «antiterroriste». Critiqué par des ONG, le texte est attendu depuis des mois après des attaques sanglantes revendiquées par le groupe État islamique.

22.07 Le Parlement tunisien a entamé mercredi trois jours de débats pour adopter une nouvelle loi «antiterroriste». Critiqué par des ONG, le texte est attendu depuis des mois après des attaques sanglantes revendiquées par le groupe État islamique.

Keystone

Les autorités, qui ont pour la première fois reconnu des défaillances sécuritaires vendredi, ont aussi annoncé le limogeage de plusieurs responsables, dont le gouverneur de Sousse, région où a été perpétrée cette attaque.

«Au vu des dangers qui menacent le pays, de la situation régionale et de ce que nous voyons de propagation du terrorisme dans des pays frères (...), nous avons décidé (...) de proclamer l'état d'urgence sur tout le territoire tunisien pour 30 jours», a déclaré le chef de l'Etat dans un discours télévisé à la nation, précisant que cette mesure entrait en vigueur dès ce samedi.

«Le pays est en guerre d'un genre spécial», a-t-il ajouté en avertissant: «Si les événements de Sousse se répètent, l'Etat va s'effondrer».

Progression de la mouvance jihadiste

Le 26 juin, un Tunisien de 23 ans, identifié par les autorités comme un étudiant en master nommé Seifeddine Rezgui, a ouvert le feu sur des touristes sur une plage et au bord des piscines d'un hôtel de Port El Kantaoui, près de Sousse (centre-est).

Pas moins de 38 personnes, dont 30 Britanniques, ont été tuées dans cette attaque revendiquée, comme celle qui a tué 21 touristes et un policier tunisien le 18 mars au musée du Bardo à Tunis, par le groupe Etat islamique (EI).

Depuis sa révolution il y a quatre ans, la Tunisie fait face à une progression de la mouvance jihadiste, déjà responsable de la mort de dizaines de policiers et de militaires.

Les Tunisiens ont récemment vécu plus de trois ans d'état d'urgence: instauré en janvier 2011, juste avant la fuite du président Zine El Abidine Ben Ali dans la foulée du soulèvement qui avait lancé «le Printemps arabe», il avait été sans cesse renouvelé avant d'être levé en mars 2014.

L'état d'urgence accorde des pouvoirs d'exception aux forces de l'ordre, et autorise les autorités à «prendre toutes mesures pour assurer le contrôle de la presse et des publications de toute nature». Les autorités peuvent aussi interdire les grèves et les réunions «de nature à provoquer ou entretenir le désordre».

Le président a d'ailleurs évoqué les «revendications insistantes» et les grèves qui se multiplient. «On ne peut pas continuer comme ça, c'est de la désobéissance civile», a-t-il dit.

Etat d'urgence

L'annonce de l'état d'urgence plus d'une semaine après l'attentat a suscité des interrogations. «Pourquoi huit jours après?», s'est demandé l'analyste tunisien indépendant Selim Kharrat, mettant en garde contre l'«excellent outil de répression» qu'il pourrait représenter.

Le président a assuré qu'il n'y aurait pas de recul sur la liberté d'expression chèrement acquise avec la révolution.

«Mais en des circonstances exceptionnelles comme celles-ci, il faut que quiconque pratiquant la liberté d'expression ou de presse prenne en considération la situation par laquelle passe le pays, pour ne pas créer de situation qui pourrait aider ces fléaux que nous combattons», a-t-il ajouté.

Après l'attentat de Port El Kantaoui, la Tunisie a annoncé la mise en place d'un «plan exceptionnel» pour sécuriser plages et sites touristiques. Mais mercredi soir, jour de son entrée en vigueur, le ministre de l'Intérieur avait lui-même constaté des carences à Hammamet, grande station balnéaire au sud de Tunis.

Défaillances

Le Premier ministre Habib Essid a lui reconnu vendredi que la police avait été trop lente lors de l'attentat, premier aveu officiel de défaillances sécuritaires pointées par plusieurs témoignages.

Samedi, les autorités ont annoncé le limogeage du gouverneur de Sousse ainsi que celui de plusieurs responsables de la police, à Kairouan (centre) où étudiait le tueur, à Sousse et à Gaafour (nord-ouest), sa ville d'origine.

Tout «comme il y a eu des défaillances sécuritaires, il y a eu des défaillances politiques», a déclaré à l'AFP Dhafer Néji, conseiller en communication auprès du chef du gouvernement.

Huit personnes, dont une femme, ont été arrêtées dans l'enquête sur l'attentat.

Les autorités tunisiennes ont affirmé que Seifeddine Rezgui, comme les deux auteurs de l'attentat du Bardo, s'était formé au maniement des armes en Libye.

Par ailleurs, le gouvernement a annoncé samedi avoir révoqué le président d'une instance consultative islamique qui avait accusé un penseur tunisien de dévoyer le sens du Coran comme, selon lui, l'écrivain Salman Rushdie, visé en 1989 par une fatwa pour «blasphème». (afp)

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