Soudan: Le président défie la communauté internationale
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SoudanLe président défie la communauté internationale

Le président soudanais fait fi du mandat d'arrêt lancé contre lui par la Cour pénale internationale.

Omar el-Béchir, accusé de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité au Darfour, a été reçu mercredi au Caire avec tous les honneurs par son homologue égyptien Hosni Moubarak.

Dans un pied de nez à la communauté internationale, le président el-Béchir a programmé trois voyages à l'étranger dans la même semaine comme pour signifier à ses accusateurs que le mandat d'arrêt de la CPI n'avait aucune incidence sur ses activités.

Après l'Erythrée lundi et avant le Qatar vendredi, le chef de l'Etat soudanais a donc effectué mercredi une visite officielle chez le voisin égyptien où il a été accueilli dès l'aéroport par le président Moubarak et plusieurs ministres de haut rang, avant d'être reçu au palais présidentiel dans la capitale.

Lors de leur entretien, les deux dirigeants ont évoqué la recherche d'un règlement du conflit au Darfour, qui a fait 2,7 millions de déplacés et 300.000 morts depuis six ans, selon l'ONU. La CPI accuse el-Béchir d'être le commanditaire des exactions -viols, meurtres et autres atrocités- commises contre les civils de cette province de l'ouest du Soudan par la milice arabe des Janjaweed sous prétexte de mater une rébellion locale menée par une ethnie africaine.

Dans son bras de fer avec la CPI, el-Béchir a reçu le soutien de la Ligue arabe qui a décidé de ne pas appliquer le mandat d'arrêt international délivré le 4 mars par la CPI de La Haye (Pays-Bas). Et ce, alors même que trois de ses 22 membres (Jordanie, Djibouti, Comores) sont signataires de la charte fondatrice de la CPI et ont donc l'obligation d'arrêter toute personne inculpée par ce tribunal à son entrée sur leur territoire.

Mais ni l'Egypte, ni le Qatar, ni l'Erythrée ne sont signataires de cette charte. Le président Moubarak, pourtant un des alliés les plus sûrs des Etats-Unis au Proche-Orient, et un des poids lourds du monde arabe, estime que le mandat d'arrêt de la CPI ne peut que déstabiliser encore davantage son voisin et plus grand pays d'Afrique par la superficie.

«Il existe une position égyptienne, arabe et africaine qui rejette la manière dont la Cour a traité le statut du président du Soudan», a expliqué le ministre égyptien des Affaires étrangères, Ahmed Aboul Gheit, lors d'une conférence de presse.

Après l'Erythrée et l'Egypte, Omar el-Béchir prévoit de se rendre vendredi au Qatar pour assister à un sommet de la Ligue arabe. Le Premier ministre qatari, cheikh Hamad Bin Jassem Al Thani, qui s'est rendu au Soudan mardi pour inviter personnellement el-Béchir au sommet, a affirmé que son pays avait subi des «pressions» pour ne pas le recevoir, selon l'agence de presse officielle du Qatar.

«Il y a des pressions, mais vous connaissez bien le Qatar: nous avons transmis l'invitation», a déclaré le ministre. «Nous respectons le droit international et nous respectons la participation du président Béchir (au sommet) et nous l'accueillons.»

Le président soudanais n'en est pas à sa première provocation. Peu après la délivrance du mandat d'arrêt international, el-Béchir avait pris la décision d'expulser 13 organisations humanitaires internationales du Darfour, par mesure de rétorsion contre la CPI. (ap)

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