Conflit ukrainien: Le président du Centre veut envoyer des munitions suisses à Kiev

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Conflit ukrainienLe président du Centre veut envoyer des munitions suisses à Kiev

Gerhard Pfister brise un tabou: il estime que le Conseil fédéral doit envoyer des munitions suisses pour équiper des blindés allemands qui œuvrent en Ukraine.


Le président du Centre, Gerhard Pfister a lancé un pavé dans la mare.


Le président du Centre, Gerhard Pfister a lancé un pavé dans la mare.

20min/Matthias Spicher

Le président du Centre serait prêt à écorner la neutralité helvétique dans le conflit ukrainien. Alors que le Conseil fédéral a déjà repris nombre de sanctions économiques européennes à l’encontre de la Russie, Gerhard Pfister veut aller plus loin encore. Il souhaite que le gouvernement envoie du matériel de guerre suisse à Kiev.

En cause: la demande de Berlin pour que Berne envoie des munitions pour équiper les blindés Marder allemands en Ukraine. Une demande révélée dimanche par la SonntagsZeitung et rejetée par le Département fédéral de l’économie, de la formation et de la recherche (DEFR), qui a invoqué la neutralité helvétique ainsi que la stricte loi sur le matériel de guerre.

Pour Gerhard Pfister, cette décision est incompréhensible et il l’a fait savoir sur Twitter. Dans un tweet, il a estimé que le Conseil fédéral aurait dû autoriser la livraison des munitions. Il écrit ainsi que le gouvernement a la compétence d’autoriser une telle livraison si c’est dans l’intérêt du pays. Ce qui est le cas, selon lui, puisque la Suisse aiderait ainsi une démocratie européenne à se défendre. Et de critiquer encore: «le Conseil fédéral est responsable de «non-assistance» à l’Ukraine.

Le président du Centre bénéficie en outre de l’appui de son parti. En effet, la conseillère nationale bâloise Elisabeth Schneider-Schneiter a estimé dans 20 Minuten que «finalement, la sécurité de la Suisse est également en danger». Et d’ajouter que Berne doit «rediscuter» de l’exportation de matériel de guerre.

Une discussion au Parlement

Pour rappel, le Parlement a adopté en octobre dernier le contre-projet à l’initiative populaire «Contre les exportations d’armes dans des pays en proie à la guerre civile (initiative correctrice)». Il entrera d’ailleurs en vigueur ce 1er mai. Jusqu’ici, les exportations d’armes vers des pays en guerre étaient déjà interdites mais via une ordonnance et le Conseil fédéral pouvait y déroger en cas de circonstances exceptionnelles. Elles sont désormais interdites dans la loi et Berne n’a plus de marge de manœuvre. Ce durcissement n’aurait pas eu lieu si le Centre ne l’avait pas approuvé, tout comme la gauche. Gerhard Pfister lui-même avait voté pour. L’UDC et le PLR avaient en revanche rejeté ce renforcement.

Du coup, la prise de position de Gerhard Pfister étonne la conseillère nationale Maja Riniker, également coprésidente de l’Association suisse des industries d’armement. Elle rappelle au Tages-Anzeiger que le président du Centre avait lui aussi voté en faveur du durcissement. «On voit enfin que les armes suisses peuvent être utilisées à bon escient», ironise-t-elle.

Rediscussion en vue?

Le conseiller national Vert’libéraux Beat Flach estime, lui, que le pavé dans la mare lancé par Gerhard Pfister pourrait conduire à rediscuter tout cela. Le politicien réclame en effet depuis longtemps que la Suisse ne livre des armes qu’à des démocraties ayant des valeurs similaires, que celles-ci soient en guerre ou non. Ainsi, des exportations d’armes vers l’Ukraine seraient désormais possibles. En revanche, les exportations d’armes vers des dictatures comme l'Arabie saoudite ne le seraient pas, même en temps de paix.

(cht)

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