Genève: Le président du Conseil d'Etat prié de s'en aller
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GenèveLe président du Conseil d'Etat prié de s'en aller

Les partis sont sous le choc, après la demande du Ministère public de poursuivre Pierre Maudet suite à son voyage à Abu Dhabi.

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dra/mpo
Le président du Conseil d'Etat Pierre Maudet.

Le président du Conseil d'Etat Pierre Maudet.

Keystone/Salvatore di Nolfi

«C'est une crise politique majeure», estime Bertrand Buchs, président du PDC. «C'est une bombe!» renchérit son homologue socialiste Carole-Anne Kast. Ce jeudi, le Ministère public a indiqué vouloir poursuivre le président du Conseil d'Etat, Pierre Maudet, et veut l'entendre en qualité de prévenu d'acceptation d'un avantage. Le magistrat PLR est soupçonné d'avoir menti sur les conditions financières et les circonstances de son voyage en famille, à Abu Dhabi en novembre 2015.

Rupture de confiance

Pour la présidente socialiste, il n'y a plus d'alternative possible pour Pierre Maudet: «Sa position est intenable, il doit démissionner du Conseil d'Etat, et le faire maintenant!» clame Carole-Anne Kast. Elle se dit choquée par l'attitude du magistrat PLR. Depuis des mois, «il a communiqué en cachant sciemment la vérité aux élus et aux médias. La rupture de confiance est consommée, il est indigne de sa fonction et doit partir.»

Même son de cloche à l'extrême gauche. «Que le Ministère public fasse une demande de mise en prévention au Grand Conseil montre que le dossier à charge est solide», analyse Jean Batou, de Solidarités. Le député s'inquiète des liens potentiels entre Pierre Maudet et le régime émirati, ainsi qu'avec les milieux immobiliers. «On peut se poser la question d'éventuels retours d'ascenseur.» Jean Batou espère par ailleurs que cette affaire n'en cache pas d'autres.

A l'UDC, certains appellent également au départ du conseiller d'Etat. «Je ne veux pas d'un président englué dans une telle affaire. A ce stade, c'est une affaire d'Etat!», s'exclame Eric Bertinat, secrétaire général de la section genevoise. A la tête de cette dernière, Céline Amaudruz se montre plus mesurée. Elle ne se prononce pas en l'état sur la démission de Pierre Maudet, mais estime que la question se pose par rapport à la présidence du gouvernement. Céline Amaudruz regrette la lenteur du Ministère public dans ce dossier. «J'ai le sentiment que c'est grâce à la pression qui a été mise sur cette affaire qu'il a enfin commencé à faire son travail».

«Maudet doit prendre ses responsabilités»

Pas d'appel à la démission du côté du MCG. Mais sa présidente exige tout de même des mesures. Si Ana Roch rappelle que l'homme bénéficie toujours de la présomption d'innocence, «Pierre Maudet doit être suspendu le temps de l'enquête. S'il a quelque chose à se reprocher, il doit y faire face; et s'il a fauté, il devra payer.»

De son côté, le PDC reste prudent. Son président Bertrand Buchs n'exige rien, n'appelle à aucune sanction contre le magistrat. Il note cependant que «les accusations sont graves. A Pierre Maudet de prendre ses responsabilités». Le patron des Verts genevois ne dit pas autre chose. Saluant «l'indépendance de la justice dans cette affaire», Nicolas Walder estime cependant que certains dossiers, «dont celui de l'Aéroport (ndlr; où l'attribution d'une concession d'assistance au sol à une société émiratie crée la suspicion) devrait être retiré au magistrat PLR».

Pour l'heure, le président du parti libéral-radical, Alexandre de Senarclens, n'a pas retourné nos appels.

Le Grand Conseil saisi

Dans son communiqué, le Ministère public rappelle qu'un "conseiller d'Etat ne peut être poursuivi pour des infractions commises dans l'exercice de ses fonctions qu'avec l'autorisation du parlement". Le Grand Conseil sera saisi jeudi soir de la demande de la justice, a indiqué dans l'après-midi Jean Romain, le président du législatif. La "demande d'autorisation de poursuivre Pierre Maudet du chef d'acceptation d'un avantage" sera transmise à la commission législative. Le rapport de cette dernière sera communiqué oralement aux députés lors de la prochaine séance plénière du parlement. Ceci se fera à huis-clos le 20 septembre. Les élus ont la possibilité de convoquer une séance extraordinaire, si un tiers des députés en fait la demande. "Mais il n'est pas sûr que l'on gagne beaucoup de temps par ce biais", analyse Jean Romain.

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