Centrafrique: Le président et le Premier ministre démissionnent
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CentrafriqueLe président et le Premier ministre démissionnent

Le président centrafricain Michel Djotodia et son Premier ministre Nicolas Tiengaye ont démissionné sous la pression des dirigeants d'Afrique centrale.

Michel Djotodia (à gauche) et Nicolas Tiengaye le 30 mars 2013.

Michel Djotodia (à gauche) et Nicolas Tiengaye le 30 mars 2013.

Accusé de passivité face aux tueries interreligieuses, le président centrafricain Michel Djotodia a démissionné vendredi, tout comme son Premier ministre. Des habitants de Bangui ont aussitôt laissé éclater leur joie. Des élections sont prévues à fin 2014.

Michel Djotodia a cédé. L'ancien chef de la coalition rebelle Séléka a été mis sous pression par les dirigeants d'Afrique centrale qui l'avaient convoqué jeudi pour un sommet extraordinaire à N'Djamena, au Tchad.

Son Premier ministre, Nicolas Tiangaye, a aussi quitté ses fonctions. Tous deux entretenaient des relations notoirement mauvaises, contribuant à paralyser toute action publique face aux tueries à grande échelle en Centrafrique.

Michel Djotodia était président par intérim depuis avril dernier. Il était notamment accusé par les habitants chrétiens de Bangui d'avoir laissé les ex-rebelles, majoritairement musulmans, se livrer à des pillages et à des exactions après leur conquête du pays l'an dernier.

Les violences ont fait plusieurs centaines de morts et provoqué le déplacement de plus de 900'000 personnes. Elles ont incité la France à intervenir avec l'envoi de la force Sangaris à partir du 5 décembre.

«C'est fini!»

La démission des deux politiciens a été annoncée par la Communauté économique des Etats d'Afrique centrale (CEEA) à l'issue du sommet de N'Djamena. Des discussions pour mettre en place une nouvelle direction auront lieu à Bangui à une date ultérieure, ajoute son communiqué.

L'annonce de la démission du président a suscité la liesse à Bangui. Des milliers d'habitants sont descendus dans les rues pour laisser éclater leur joie, scandant ou chantant: «C'est fini, c'est fini !».

Réaction française

Quelques tirs sporadiques d'origine inconnue ont également été entendus. Les forces françaises et les détachements de la force africaine (Misca) étaient également très visibles en ville dans l'après-midi.

La France a très vite réagi. Le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian a demandé que le Conseil national de transition (CNT) établisse l'alternative provisoire afin d'organiser des élections avant la fin de l'année.

Au camp de déplacés de l'aéroport de Mpoko, où sont rassemblées 100'000 personnes, majoritairement chrétiennes, certains retrouvaient espoir. D'autres demeuraient méfiants. «Il n'y a pas encore la paix. On n'est pas rassuré. Il faut que les Séléka soient tous désarmés», demandait l'un d'eux.

Tractations marathon

A N'Djamena, les dirigeants d'Afrique centrale ont mené des tractations marathon entre jeudi soir et vendredi vers 04h00. En ouvrant le sommet, le président tchadien Idriss Déby a dressé un réquisitoire contre la direction centrafricaine.

Il a rejeté en bloc la responsabilité de la crise sur les politiques centrafricains. «S'il y a eu échec, c'est celui de la classe politique dans son ensemble», a-t-il lancé aux membres du CNT.

Au terme des négociations, les dirigeants d'Afrique centrale ont demandé au CNT de préparer un accord aboutissant à une mise à l'écart de MM. Djotodia et Tiangaye, selon des sources proches des négociations.

Amélioration à Bangui

A Bangui, les tueries à grande échelle de ces dernières semaines ont progressivement cessé et la ville a retrouvé une activité quasi normale pendant la journée. «La situation s'améliore, lentement, mais elle s'améliore», a estimé jeudi le chef de l'opération française Sangaris, le général Francisco Soriano.

Depuis le renversement en mars 2013 du président François Bozizé par la Séléka, une coalition hétéroclite à dominante musulmane, la Centrafrique a été emportée dans une spirale de violences communautaires et interreligieuses. Cela sous le regard impuissant des institutions de transition.

Les opérations militaires française et africaine en Centrafrique (RCA) se concentrent sur Bangui. Hors de la capitale, les conditions de vie se sont détériorées avec une famine et l'arrivée de nombreux déplacés dans des régions aux mains des Séléka, selon les employés d'une ONG suisse sur place. (afp)

La France «prend acte»

La France «prend acte» des démissions des dirigeants centrafricains et refuse toute immixtion dans ce processus, a déclaré vendredi le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, Romain Nadal. «Nous en prenons acte», s'est borné à dire au cours de son point-presse quotidien le porte-parole, après l'annonce de la démission du président de transition centrafricain Michel Djotodia et du Premier ministre Nicolas Tiangaye.

Interrogé sur ceux qui pourraient les remplacer, il a répondu: «C'est un processus qui relève du Conseil national de transition (CNT, Parlement provisoire). C'est de la compétence du CNT et la France ne s'immisce en aucun cas dans ce processus», a-t-il assuré.

Manifestations à Bangui

Plusieurs milliers d'habitants de Bangui manifestaient vendredi matin contre le retour en Centrafrique du président Michel Djotodia, actuellement à N'Djamena où son avenir doit être décidé lors d'un sommet de dirigeants d'Afrique centrale, ont constaté des journalistes de l'AFP. Aux cris de «Djotodia démission», les manifestants étaient massés aux abords du quartier de Boy-Rabe, non loin de l'aéroport, sous la surveillance de soldats français et de la force africaine (Misca). «Nous voulons la démission de Djotodia. Il nous faut une nouvelle personne pour diriger le pays», réclamait un manifestant. «Ce petit maladroit nous a tués, massacrés. Qu'il reste à N'Djamena», disait un autre, prénommé Thibault.

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