Haïti - Le président Jovenel Moïse assassiné par un commando
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Assassinat du présidentHaïti: le Premier ministre décrète «l’état de siège»

Le président Jovenel Moïse a été tué mercredi par un commando. Le Premier ministre a renforcé les pouvoirs de l’exécutif alors que l’UE craint une «spirale de violence».

Le président haïtien Jovenel Moise (ici en janvier 2020) s’est fait assassiner ce mercredi.

AFP

Le Premier ministre haïtien Claude Joseph a déclaré mercredi l’«état de siège» octroyant des pouvoirs renforcés à l’exécutif quelques heures après l’assassinat du président Jovenel Moïse. «Dans la stricte application de l’article 149 de la Constitution, je viens de présider un conseil des ministres extraordinaire et nous avons décidé de déclarer l’état de siège sur tout le pays», a-t-il déclaré.

L’épouse du président a été blessée dans l’attaque qui a eu lieu vers 1h locale (7h suisses) et hospitalisée, a précisé M. Joseph. Ce dernier a appelé la population au calme et indiqué que la police et l’armée allaient assurer le maintien de l’ordre.

Le Conseil de sécurité de l’ONU est «profondément choqué» par l’assassinat mercredi du chef d’Etat haïtien Jovenel Moïse, a déclaré son président en exercice, l’ambassadeur français Nicolas de Rivière, à l’ouverture des travaux de cette instance. «Les membres du Conseil se disent profondément choqués par l’assassinat du président Moïse survenu plus tôt dans la journée à Port-au-Prince et préoccupés par le sort de la Première dame, Martine Moïse, qui a également été blessée par balles dans l’attentat», a-t-il dit, en évoquant aussi la «tristesse» du Conseil de sécurité.

Le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell s’est dit «choqué» par l’assassinat du président haïtien Jovenel Moïse mercredi et préoccupé par le risque d’une «spirale de violence» dans le pays. «Ce crime entraîne un risque d’instabilité et une spirale de violence», a-t-il déclaré dans un message sur son compte Twitter.

La Maison-Blanche a qualifié mercredi de «terrible» et de «tragique» l’assassinat du président haïtien Jovenel Moïse, Washington se déclarant prêt à apporter de l’aide au pays en crise. Il s’agit «d’une attaque terrible, une attaque tragique, ayant ciblé le président d’Haïti et sa femme au cours de la nuit», a déclaré Jen Psaki, la porte-parole de l’exécutif. «Nous sommes prêts à assister sous n’importe quelle forme la population d’Haïti, le gouvernement d’Haïti, s’il y a une enquête», a-t-elle ajouté.

Le Premier ministre Boris Johnson s’est dit «choqué» par un «acte odieux» sur Twitter. La République dominicaine a ordonné mercredi la «fermeture immédiate» de sa frontière avec Haïti, après l’assassinat du président Jovenel Moïse. «Nous avons donné l’ordre de fermer immédiatement» la frontière qui sépare Haïti de la République dominicaine, sur l’île d’Hispaniola, a annoncé la porte-parole du ministère de la Défense, Ceinett Sanchez. Les rues de la capitale Port-au-Prince étaient calmes mercredi matin, sans présence renforcée de la police ou des forces de sécurité, selon des témoins.

Nouveau Premier ministre

Venu du monde des affaires, Jovenel Moïse, 53 ans, avait été élu président en 2016 sur une promesse de développement de l’économie du pays et avait pris ses fonctions le 7 février 2017. Actif dans plusieurs domaines économiques, dont l’exploitation de bananeraies, il n’avait alors quasiment aucune expérience en politique au moment de son élection et était très peu connu de ses compatriotes.

Haïti est gangrené par l’insécurité et notamment les enlèvements contre rançon menés par des gangs jouissant d’une quasi-impunité. Une situation qui valait à Jovenel Moïse, accusé d’inaction face à la crise, d’être confronté à une vive défiance d’une bonne partie de la société civile. Dans ce contexte faisant redouter un basculement vers l’anarchie généralisée, le Conseil de sécurité de l’ONU, les Etats-Unis et l’Europe appelaient à la tenue d’élections législatives et présidentielle libres et transparentes, d’ici la fin 2021.

Jovenel Moïse avait annoncé lundi la nomination d’un nouveau Premier ministre, Ariel Henry, avec justement pour mission la tenue d’élections. Gouvernant par décret depuis janvier 2020, sans Parlement, et alors que la durée de son mandat faisait l’objet de contestations, Jovenel Moïse avait également mis en chantier une réforme institutionnelle. Un référendum constitutionnel initialement prévu en avril, reporté une première fois au 27 juin puis à nouveau en raison de l’épidémie de Covid-19, devait se tenir le 26 septembre. La réforme avait pour but de renforcer les prérogatives de l’exécutif.

Violence des gangs

Mais c’est dans les rues de Port-au-Prince que la détérioration de la situation du pays était la plus évidente. Depuis début juin, des affrontements entre bandes rivales dans l’ouest de Port-au-Prince paralysent toute circulation entre la moitié sud du pays et la capitale haïtienne. Des milliers d’habitants du quartier très pauvre de Martissant, disputé par les gangs, ont été contraints de fuir leur logement et ont dû être accueillis par des proches ou dans des gymnases.

Le 30 juin, 15 personnes avaient été tuées dans une fusillade en plein Port-au-Prince, dont un journaliste, Diego Charles, et une militante politique d’opposition, Antoinette Duclair. Sur le terrain politique, Jovenel Moïse aura nommé pas moins de sept Premiers ministres au cours de son mandat. Le dernier en date, Ariel Henry, n’aura pas pu entrer en fonction. «Ma mission est simple. Le président m’a chargé de créer un environnement propice à l’organisation d’élections inclusives, avec une forte participation», avait-il déclaré mardi.

(AFP)

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