Afrique du Sud: Le président Mbeki a remis sa lettre de démission
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Afrique du SudLe président Mbeki a remis sa lettre de démission

Le chef de l'Etat sud-africain Thabo Mbeki a annoncé dimanche soir avoir remis sa lettre de démission à la présidente du Parlement, lors d'une allocution radiotélévisée.

Thabo Mbeki, qui a remis dimanche sa démission de la présidence de l'Afrique du Sud après avoir été poussé à le faire par son parti, paie le prix de l'usure du pouvoir. Mais il est aussi victime de son approche de la politique, un mélange d'autoritarisme et de basses manoeuvres.

C'est le profil bas que M. Mbeki va quitter la présidence qu'il occupait depuis 1999, accusé par sa formation du Congrès national africain (ANC) d'avoir instrumentalisé la justice pour écarter son rival, le populaire Jacob Zuma.

Critique

Dimanche, lors d'une allocation télévisée, il a toutefois nié s'être ingéré dans les affaires de justice, assurant avoir «toujours protégé l'intégrité de la justice».

Il a aussi reconnu des manquements dans la lutte contre la criminalité et la pauvreté, ce que lui reprochaient de nombreux partisans de l'ANC.

Son attitude distante et son déni des fléaux qui ravagent le pays, comme le sida, lui ont d'ailleurs déjà valu une cuisante défaite en décembre dernier quand le charmeur et populiste Zuma lui avait ravi la présidence de l'ANC.

Depuis, le raz-de-marée pro-Zuma a emporté nombre de ses fidèles, mais M. Mbeki est resté enfermé dans sa tour d'ivoire, semblant insensible aux difficultés de ses concitoyens.

Blocage au Zimbabwe

Il a mis une semaine en mai avant de réagir aux violences xénophobes qui ont fait des dizaines de tués dans les townships. Attaques qu'il a fini par attribuer à des «éléments criminels», comme pour nier toute raison sociale au mécontentement dans les quartiers pauvres.

Selon son biographe, Mark Gevisser, les déboires du chef de l'Etat démissionnaire s'expliquent en partie par son «approche d'exilé et de conspirationniste de la politique», liée à ses années de lutte contre le régime raciste d'apartheid.

Personnalité énigmatique, habitué des discours sibyllins, M. Mbeki, 66 ans, a centralisé le pouvoir en Afrique du Sud, créant un Etat fort et une économie stable, et promu les solutions africaines pour répondre aux problèmes de l'Afrique.

Même sur ce plan, il va quitter le pouvoir sur une note amère. S'il est parvenu au tour de force de faire accepter au vieux président zimbabwéen Robert Mugabe un partage du pouvoir sur le papier, la résolution de la crise à Harare reste bloquée par la formation du gouvernement d'union.

Séjour en Union soviétique

Thabo Mvuyelwa Mbeki est né en 1942. Son père Govan Mbeki est un compagnon de lutte de Nelson Mandela, le premier président noir d'Afrique du Sud.

A 14 ans, Thabo Mbeki rejoint la Ligue de la jeunesse de l'ANC, est expulsé du lycée trois ans plus tard pour activisme politique et termine le programme scolaire chez lui.

En 1962, il part en Tanzanie, puis en Grande-Bretagne où il décroche un Master en économie, et en Union soviétique pour un entraînement militaire. Il passera au total près de trente ans en exil, également en Zambie, au Botswana, au Swaziland et au Nigeria.

Elu en 1999

De retour au pays, il est au centre des négociations avec le régime d'apartheid qui mènent à un gouvernement d'union nationale en 1994, dont il devient le vice-président.

Jusqu'à son accession à la présidence en 1999, il gère les affaires pendant que Nelson Mandela négocie avec les investisseurs et la minorité blanche, afin de remettre à flot un pays divisé par des décennies de racisme institutionnalisé.

Les Sud-Africains se sont toujours interrogés sur les capacités d'unification de Thabo Mbeki.

Croissance économique en hausse

M. Mbeki se plaît lui à souligner la croissance économique sans précédent enregistrée depuis 2003 et la réduction du taux de chômage officiel, de 31,2 % en 2003 à 25,5 % en 2007.

Personne ne lui refuse la paternité de ces succès. Mais les alliés de gauche de l'ANC lui reprochent eux de ne pas être assez social.

Il l'a reconnu à demi-mot, admettant que des progrès restaient à faire dans la lutte contre l'extrême pauvreté dans laquelle vivent encore 43 % des Sud-Africains. Dimanche, il a regretté la persistance d'une «pauvreté abjecte» dans son pays.

(ats)

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