Actualisé 18.03.2011 à 17:47

Révolte au Yémen

Le président proclame l'état d'urgence

Ali Abdullah Saleh, président yéménite, dont les manifestants demandent le départ, a proclamé l'état d'urgence après des heurts sanglants qui ont fait 41 morts.

Les violences les plus meurtrières au Yémen depuis le début de la contestation du régime ont fait au moins 41 morts vendredi à Sanaa. Washington, qui voit dans le président Ali Abdallah Saleh un allié, a condamné ces incidents. L'opposition a elle estimé qu'il n'y avait désormais plus de possibilité d'entente avec le régime.

Le président Saleh, 68 ans, a regretté les morts, mais annoncé l'instauration de l'état d'urgence dans le pays et demandé que les manifestants évacuent la place de l'Université, au centre de Sanaa, symbole de leur mobilisation.

Peu après, le président américain Barack Obama l'a exhorté à autoriser le déroulement des manifestations. «Je condamne fermement les violences qui se sont produites aujourd'hui au Yémen», a déclaré M. Obama dans un communiqué. Il a appelé «le président Saleh à tenir sa promesse d'autoriser les manifestations à se dérouler pacifiquement».

Au moins 200 blessés

L'opposition, qui exige le départ de M. Saleh, au pouvoir depuis 32 ans, a qualifié les incidents de «massacre». Selon des sources médicales, outre les tués, au moins 200 personnes ont été blessées lorsque des milliers de manifestants anti-régime ont été pris sous le feu de partisans du président Saleh.

Les tirs sont venus des toits d'habitations proches de la place de l'Université, où se tient depuis le 21 février un sit-in contre le régime, selon le correspondant de l'AFP. Celui-ci a vu un adolescent de 14 ans, touché d'une balle à la tête, s'effondrer mort devant lui.

Les tirs ont commencé lorsque les manifestants ont voulu démanteler une barricade érigée par les partisans du régime pour bloquer l'une des rues menant à la Place de l'Université. La fusillade a duré plus d'une heure et demie.

Selon le correspondant de l'AFP, la police a lancé des grenades lacrymogènes sur les manifestants et a également tiré à balles réelles. Des manifestants sont montés sur le toit d'un des immeubles où était embusqué un tireur, et l'ont précipité dans le vide, selon le correspondant.

Manque de matériel médical

Dans l'hôpital de fortune monté sur la place de l'Université, le docteur Wassim al-Qerchi, les mains maculées de sang, a expliqué: «Nous n'arrivons pas à traiter les blessés tellement leur nombre est élevé».

«Nous manquons de médicaments et de matériel médical», a-t-il ajouté. «Nous évacuons les blessés sur les hôpitaux privés, car nous n'avons pas confiance en les hôpitaux du gouvernement».

Allié des Etats-Unis

Les victimes de cette tuerie, sans précédent depuis les violences civiles de 1994 dans ce pays pauvre de 24 millions d'habitants, portent à plus de 80 le bilan des morts depuis le début du mouvement appelant au départ du président Saleh.

Ce dernier paraît déterminé à contrer la révolte de la rue, en dépit de son isolement politique croissant. Les Etats-Unis le considèrent toujours comme un allié dans leur lutte contre les émules d'Oussama ben Laden dans la péninsule arabique, qui menacent la sécurité du grand voisin du Yémen, l'Arabie saoudite.

L'opposition yéménite a de son côté estimé qu'après une telle effusion de sang il n'était pas possible de négocier avec le gouvernement Saleh. «Il n'y a plus aucune possibilité d'entente avec ce régime et il (Saleh) n'a d'autre choix que de rendre le pouvoir au peuple», a déclaré Yassine Norman, qui assure la présidence tournante d'un groupement d'opposition yéménite. (afp)

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