Actualisé 21.05.2012 à 23:02

MaliLe président Traoré blessé par des manifestants

Le président intérimaire malien Dioncounda Traoré a été frappé et blessé lundi à son bureau de Koulouba, près de Bamako, par des manifestants en colère contre sa désignation comme chef de la transition, et hospitalisé.

Le président Traoré a été blessé, mais ses jours ne sont pas en danger.

Le président Traoré a été blessé, mais ses jours ne sont pas en danger.

«Il a été emmené d'urgence à l'hôpital (...) ils l'ont roué de coups et ont déchiré ses vêtements», a déclaré Bakary Mariko, porte- parole du Comité national pour le redressement et le rétablissement de l'Etat (CNRDRE, nom officiel de la junte).

«Il s'agit d'une foule spontanée. On a relevé trois morts et plusieurs blessés parmi les manifestants. La sécurité de Dioncounda a tiré sur les gens», a-t-il dit en indiquant par téléphone que la foule quittait actuellement le palais.

Auparavant, des centaines de personnes avaient fait irruption dans le palais présidentiel en affirmant qu'ils n'en partiraient pas avant la démission du président Traoré, selon un correspondant de Reuters sur place.

Manifestants pro-junte

Des manifestants ont déchiré des portraits du chef de l'Etat, dont ils réclament le remplacement par le capitaine Amadou Sanago, chef de la junte militaire qui a pris le pouvoir le 22 mars. Les militaires postés autour du palais de Koulouba n'ont rien fait pour les empêcher d'entrer.

Le capitaine Sanogo avait accepté ce week-end que le président Traoré reste au pouvoir pour un an afin de superviser la transition vers un pouvoir civil. Il s'était vu accorder en échange le statut et les privilèges réservés aux anciens chefs d'Etat.

«Il n'est pas question que Dioncounda reste à la tête du Mali», avait déclaré un manifestant escaladant la colline sur laquelle se trouve perché le palais présidentiel.

D'après un journaliste de Reuters, l'un des ponts de Bamako qui enjambe le fleuve Niger est bloqué par des pneus enflammés.

Des slogans hostiles à la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao), qui a menacé de prendre des sanctions contre Sanogo s'il ne permet pas à Traoré de rester aux commandes, ont également été entendus. «La Cédéao ne devrait pas se mêler aux affaires du Mali», a affirmé un protestataire.

L'organisation sous-régionale s'est engagée à dépêcher au Mali une force de 3000 hommes pour l'aider à rétablir son autorité dans la moitié nord du pays, tombée le 22 mars aux mains des rebelles touaregs de l'Azawad et d'islamistes d'Al Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi).

Appel au calme

Le Premier ministre malien Cheick Modibo Diarra a appelé lundi soir au calme, déplorant l'agression du président Dioncounda Traoré par des manifestants hostiles à son pouvoir qui l'ont blessé sans mettre sa vie en danger.

«Ce qui s'est passé aujourd'hui se passe dans un pays sans loi, ce n'est pas digne du nôtre», a affirmé M. Diarra dans des déclarations en langue bambara à l'antenne de la télévision publique ORTM, dans une allusion aux manifestations marquées par des violences, dont l'agression de Dioncounda Traoré à Koulouba, près de Bamako, où le président intérimaire a ses bureaux.

«Le Mali ne mérite pas cela, nous les Maliens, nous ne méritons pas cela. (...) J'appelle les populations, notamment les jeunes, à mettre fin aux marches», a-t-il lancé, évoquant des saccages pendant les manifestations, ainsi que d'autres actes qu'il affirme s'interdire d'évoquer par pudeur.

(ats)

Le président sort de l'hôpital, pas de «lésion grave»

Le président malien par intérim Dioncounda Traoré, agressé et blessé lundi par des manifestants hostiles à son maintien au pouvoir, a pu sortir de l'hôpital après avoir subi des examens qui n'ont révélé aucune «lésion grave», a appris l'AFP de source médicale.

«Il a passé un scanner qui a révélé qu'il n'y a pas de lésion grave», a déclaré le médecin qui s'est occupé de l'examen. M. Traoré a ensuite quitté l'hôpital à bord d'une voiture vers un lieu «sécurisé», a-t-il précisé.

la sortie de crise «en danger» après l'attaque contre le président

La sortie de crise au Mali a été mise «considérablement en danger» par l'attaque contre le président intérimaire Dioncounda Traoré, a estimé lundi à Abidjan une délégation du Conseil de sécurité de l'ONU, appelant à envisager désormais d'«autres chemins».

«Il nous a semblé que les efforts diplomatiques» faits par l'Afrique de l'Ouest, «je ne vais pas dire qu'ils avaient échoué, mais en tout cas qu'ils avaient été mis considérablement en danger par ces derniers développements», a déclaré l'ambassadeur de France à l'ONU Gérard Araud au cours d'une conférence de presse, ajoutant qu'«il faudrait peut-être considérer maintenant d'autres voies».

La Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao) a fait des «efforts diplomatiques» avec «beaucoup de courage, avec beaucoup de persévérance et de détermination» et ils avaient abouti à «une solution diplomatique fondée sur le départ de la junte», a-t-il souligné. M. Araud s'exprimait à l'issue d'une réunion de la délégation onusienne - en visite en Côte d'Ivoire jusqu'à mercredi - avec des ministres de la Cédéao à Abidjan.

«La Cédéao ne peut pas supporter une telle attitude», a déclaré de son côté le ministre ivoirien des Affaires étrangères Daniel Kablan Duncan, dont le pays préside actuellement l'organisation, en réaction à l'attaque contre M. Traoré. «On ne peut pas continuer comme ça», a-t-il insisté, promettant que des «mesures» seraient annoncées «dans les plus brefs délais».

Selon une source diplomatique occidentale, la Cédéao envisage le déploiement d'une force militaire régionale pour sécuriser la transition à Bamako. «Il appartient à la Cédéao de régler» la crise malienne, «mais elle ne peut pas le faire toute seule et elle doit donc être assurée du soutien de la communauté internationale et en particulier du Conseil de sécurité des Nations unies», a estimé M. Araud.

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