Guinée-Bissau: Le président Vieira tué par des militaires
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Guinée-BissauLe président Vieira tué par des militaires

Le président de Guinée-Bissau Joao Bernardo Vieira a été tué lundi par des militaires à Bissau, quelques heures après l'assassinat du chef d'état-major de l'armée.

Ces décès ont plongé dans la confusion ce petit pays pauvre d'Afrique de l'Ouest, déjà fragilisé par le narcotrafic.

Face aux condamnations des ces violences par la communauté internationale, l'armée bissau-guinéenne a affirmé qu'il ne s'agissait pas d'un coup d'Etat et qu'elle «respecterait l'ordre constitutionnel et la démocratie».

Le Portugal, ancienne puissance coloniale, a annoncé qu'il était «disponible pour aider les autorités» de Guinée-Bissau «à maintenir l'ordre et la tranquillité».

Des tirs d'armes automatiques et des fortes explosions avaient retenti avant l'aube à Bissau, notamment dans le quartier de la présidence. Ils se sont calmés au lever du jour. Les rues étaient quasiment désertes, les habitants restant chez eux, a indiqué à l'ATS Pierre Kistler, responsable des programmes en Guinée-Bissau de l'ONG Swissaid.

Deux versions des incidents

Le principal porte-parole de l'armée bissau-guinéenne a offert diverses versions des incidents. «Le président Vieira a été tué par l'armée au moment où il tentait de fuir sa maison attaquée par un groupe de militaires proches du chef d'état-major Tagmé Na Waié», a d'abord déclaré le porte-parole, le capitaine de frégate José Zamora Induta.

Dimanche soir, le chef d'état-major des forces armées, le général Tagmé Na Waié, a été tué dans un attentat à l'explosif au quartier général de l'armée. Le capitaine Zamora Induta a accusé Vieira d'avoir été «l'un des principaux responsables de la mort de Tagmé», avant de revenir sur ses déclarations devant la presse quelques heures plus tard.

La mort du chef d'état-major de nos forces armées n'a aucun lien avec celle du président Vieira", a alors assuré l'officier. Alors que le calme régnait à Bissau, le gouvernement a décrété un deuil national de sept jours et demandé au parquet de «former une commission d'enquête» sur ces

Deuil national

L'épouse du président bissau-guinéen est elle «saine et sauve», a annoncé plus tard le président sénégalais Abdoulaye Wade. Elle se trouvait à l'ambassade d'Angola à Bissau.

Joao Bernardo Vieira (dit «Nino»), 69 ans, a passé quasiment 23 ans à la tête de la Guinée-Bissau, ex-colonie portugaise entre le Sénégal et la Guinée. Il avait été réélu à la présidence en 2005, six ans après la fin de la guerre civile de onze mois (1998-99) qui l'avait chassé du pouvoir.

Le gouvernement a lui décrété un deuil national de sept jours et a demandé au parquet de «former une commission d'enquête», selon un communiqué du conseil des ministres.

Histoire agitée

Selon la Constitution, le président de l'Assemblée nationale Raimundo Perreira est chargé d'assurer l'intérim et d'organiser une élection présidentielle dans les 60 jours.

Ces derniers mois, le chef des armées et le président nourrissaient une profonde défiance réciproque. Début janvier, le général Tagmé Na Waié avait affirmé avoir échappé à une tentative d'assassinat et avait accusé le clan présidentiel d'avoir voulu le «liquider».

Le 23 novembre, un groupe de militaires avait mené une attaque de nuit contre la résidence du président Vieira, faisant deux tués au sein de sa garde. Le président avait alors reproché au général Tagmé Na Waié de ne pas être intervenu.

Coups d'Etat, tentatives de coups de force et mutineries ont ponctué l'histoire de la Guinée-Bissau depuis son indépendance en 1974. En novembre, l'ONU avait salué comme une «victoire pour la démocratie» le déroulement paisible des élections législatives.

La communauté internationale entendait favoriser l'établissement d'un gouvernement stable, dans un pays considéré comme un «point clef d'entrée» de la cocaïne sud-américaine vers l'Europe. (ats)

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