Actualisé 13.03.2015 à 14:50

Suisse

Le prix du livre baisse, les libraires font grise mine

Le secteur de l'édition en Suisse s'en est sorti tant bien que mal en 2014. Mais en raison du franc fort, l'année à venir s'annonce difficile.

L'exercice s'est révélé meilleur pour les librairies romandes qui ont confirmé la reprise constatée un an plus tôt, alors que les ventes reculaient de 4,9% en Suisse alémanique. La branche traverse des mois difficiles en raison du franc fort: les prix vont inévitablement baisser.

«L'année écoulée a été assez bonne, les gens semblaient revenir en magasin», témoigne Chantal Nicolet Schori, responsable de La Méridienne à La Chaux-de-Fonds. A la librairie La Fontaine à Vevey (VD), Véronique Overney confirme que les chiffres de l'an passé reflètent la reprise de 2013. «Mais cela reste très fragile», glisse-t-elle.

Après deux ans de crise, marquée par la force du franc et une baisse des prix, le marché du livre avait renoué avec la croissance en 2013. «Les ventes en 2014 égalent à peu près celles de l'année précédente», observe Françoise Berclaz, présidente de l'Association suisse des diffuseurs, éditeurs et libraires (ASDEL) pour la partie romande, qui ne dispose pas encore de chiffres précis.

Le leader de la branche en Suisse romande, Payot, a terminé l'exercice 2014 sur une note très positive. «Quatre points de vente ont réalisé leur record du nombre de clients en décembre», précise Pascal Vandenberghe, directeur général. L'enseigne semble avoir «gagné des clients», avec une hausse de 2,5% au deuxième semestre.

800'000 livres en moins

En Suisse alémanique, les résultats de l«an dernier sont moins réjouissants. Le secteur a subi une baisse des ventes de 4,9%, soit 800'000 livres de moins. Marianne Sax, à la tête de l'association des libraires et éditeurs alémaniques, explique que le marché outre-Sarine a souffert d'un manque de publications à grand succès comme «Fifty Shades of Grey».

Toutes les librairies n«ont cependant pas été si fortement touchées, à l'instar de LibRomania à Berne. «Le chiffre d'affaires de l'an passé montre une timide amélioration. Le cours stable du franc a rendu la situation très calme», avance Thomas Liechti, propriétaire de l«enseigne.

Orell Füssli Thalia, numéro un du livre en Suisse alémanique, a également connu une évolution plus favorable que l'ensemble du marché, selon Alfredo Schilirò, porte-parole du groupe.

«On ne pourra pas y échapper»

Face à l'envolée du franc, la première librairie alémanique a décidé de faire profiter les consommateurs du bas niveau de l'euro. Les livres achetés après le 15 janvier auprès des fournisseurs allemands voient leur prix diminuer de «15% actuellement», affirme le représentant.

Thomas Liechti a déjà adapté le prix des livres qu'il importe lui-même. Bien que les distributeurs n'aient pas encore officiellement changé les tarifs, le patron de LibRomania sait que cela va se faire. «On n'a pas le choix: si les tarifs baissent, notre chiffre d'affaires se réduit et sans diminution des prix, nous perdons de la clientèle», résume-t-il.

Pour Marianne Sax également, une minoration des prix paraît inévitable. Les livres en Suisse coûtant trop cher par rapport au cours actuel de l'euro, «il est normal que les clients s'attendent à une baisse».

Prix officiellement plus bas

Après le bon résultat de l'an passé, Pascal Vandenberghe s'attend à «autre chose» suite au 15 janvier et la fin du cours plancher de l'euro. Il juge légitime de réduire les prix. Payot propose des montants «entre 5 à 10%» inférieurs sur les articles commandés dès le 1er mars, date de la baisse officielle des prix suite à l'entente entre éditeurs français et partenaires suisses.

Pour les petites enseignes, cette réduction semble d'un côté inévitable pour éviter que les gens n'achètent sur Amazon ou à l'étranger. De l'autre, elle va forcément engendrer une diminution du chiffre d'affaires, car «nous n'allons pas vendre plus», lance Véronique Overney, désabusée.

A La Méridienne, les prix vont aussi baisser selon les tarifs indiqués. Consciente que le chiffre d'affaires ne va pas s'améliorer, Chantal Nicolet Schori ne veut toutefois pas prendre de mesures hâtives telles que baisser le salaire de ses employés ou réduire leur nombre d'heures. L'évolution du cours de l'euro étant difficilement prévisible, le secteur doit composer avec ces incertitudes et prendre son mal en patience. (ats)

Accord franco-suisse sur la baisse des prix

En réponse au franc fort, le secteur du livre a souhaité donner «un signe au consommateur», selon Françoise Berclaz, présidente de l'Association suisse des diffuseurs, éditeurs et libraires (ASDEL), en diminuant les prix. La baisse est officielle en Suisse romande depuis le 1er mars grâce à un accord entre les différents acteurs de la branche. Les éditeurs français ont accepté de revoir leur taux de change en faveur des distributeurs suisses, ce qui correspond à une remise plus élevée pour les libraires. Ceux-ci peuvent ainsi proposer des articles moins chers sans être trop mis en péril. La réduction du coût ne concerne que les articles commandés à partir du 1er mars. Françoise Berclaz rappelle que «les prix ont déjà baissé entre 15 à 20% ces trois dernières années». «Les librairies ont puisé dans leurs réserves suite à cela, rétrécissant de plus en plus leurs marges», ajoute-t-elle. «Il était donc difficile d'envisager une seconde diminution des prix sans soutien de la part des éditeurs français».

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