République tchèque: Le pro-russe Milos Zeman est réélu président
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République tchèqueLe pro-russe Milos Zeman est réélu président

Le pro-russe a battu l'académicien pro-européen Jiri Drahos à l'élection présidentielle tchèque.

Milos Zema rempile pour une deuxième quinquennat.

Milos Zema rempile pour une deuxième quinquennat.

AFP

Milos Zeman, 73 ans, a été réélu samedi pour un deuxième quinquennat. Il a battu de trois points l'académicien pro-européen Jiri Drahos, qui a reconnu sa défaite.

Après le dépouillement de 99% des bulletins de vote, M. Zeman, 73 ans, était crédité de 51,5% des suffrages contre 48,5% pour M. Drahos, 68 ans, selon la télévision publique.

Dans la République tchèque, le chef de l'Etat a le pouvoir de nommer les juges, les banquiers centraux et de désigner le Premier ministre.

M. Drahos, 68 ans, a immédiatement reconnu le résultat, tout en soulignant qu'il était «très serré». «Je félicite le vainqueur de l'élection Milos Zeman, je lui souhaite beaucoup de forces et de santé», a-t-il dit.

«Vague d'énergie»

«Nous n'avons pas gagné, mais nous n'avons pas perdu non plus», a poursuivi l'ex-patron de l'Académie des sciences. «Je suis très content de cette vague d'énergie apparue lors de cette élection présidentielle et qui ne saurait disparaître.»

«Je promets que je continuerai à mener cette énergie et cet espoir, je ne quitte pas la vie publique», a conclu cet amateur de chant, avant d'entonner l'hymne national.

Milos Zeman était arrivé en tête du premier tour avec 38,6% des voix, contre 26,6% à Jiri Drahos. Ce dernier avait obtenu le ralliement de la plupart des autres candidats, mais n'a pas su mobiliser suffisamment dans les grandes villes pour donner raison aux derniers sondages, qui lui prédisaient une courte victoire.

Polarisation

Mettant en lice deux candidats radicalement différents, le scrutin avait polarisé la société tchèque, notamment autour de la question de l'immigration et de l'orientation de la politique étrangère du pays, membre de l'Otan et de l'Union européenne.

Le résultat du vote reflète bien une société coupée en deux, a déclaré à l'AFP l'analyste Jiri Pehe. «Il y a vraiment une profonde polarisation, non seulement entre Prague et d'autres grandes villes d'un côté et le reste du pays de l'autre, mais aussi une polarisation portant sur le choix de civilisation», a-t-il dit.

«On voit qu'une moitié de la société a peur du monde extérieur, de la mondialisation et de ses défis. Zeman a eu recours à cette problématique, malgré une certaine perte de crédit auprès des hommes politiques occidentaux», a-t-il poursuivi.

Immigration au coeur du scrutin

Selon l'analyste, l'orientation pro-russe et pro-chinoise affichée par le président sortant n'est pas partagée par la majorité des Tchèques. «C'est plutôt la migration qui a été le sujet principal. Zeman (hostile aux migrants) est aux yeux de ses électeurs le défenseur des intérêts nationaux tchèques», a-t-il expliqué.

Le chef de l'Etat sortant partage avec d'autres gouvernements d'Europe centrale le refus d'accueillir des migrants en provenance de pays musulmans, même si la République tchèque n'a reçu que 116 demandes d'asile entre janvier et novembre l'an dernier.

Jiri Drahos est, lui aussi, opposé aux quotas de répartition de migrants que l'Union européenne cherche en vain à imposer aux pays membres, mais plaidait pour de meilleures relations avec les partenaires européens de Prague.

La fin de l'alliance?

Le scrutin s'est déroulé sur fond de problèmes du gouvernement minoritaire d'Andrej Babis, allié de M. Zeman. Inculpé pour fraude aux subventions européennes, le milliardaire populiste n'a pas obtenu la confiance du Parlement et a présenté au président la démission formelle de son cabinet la semaine dernière.

M. Zeman s'était déjà dit prêt à le désigner pour la deuxième fois afin de tenter de former un gouvernement, avant même la fin de son mandat actuel le 8 mars. M. Drahos était, lui, hostile à l'idée d'avoir un Premier ministre poursuivi en justice.

En principe, la victoire de M. Zeman devrait profiter à M. Babis. Mais, selon M. Pehe, elle risque aussi de modifier leur relation. «Je pense que cette alliance entre Zeman et Babis touche petit à petit à sa fin, Zeman a atteint son objectif et il n'aura plus besoin maintenant de Babis», prédit l'analyste. (nxp/ats)

(NewsXpress)

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