Affaire Stern: Le procès que tout le monde veut absolument suivre
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Affaire SternLe procès que tout le monde veut absolument suivre

Pour assister au procès du meurtre du banquier Edouard Stern, il faut jouer des coudes et ne pas avoir peur de patienter durant des heures pour pouvoir entrer dans la salle d'audience A3 du Palais de justice de Genève.

par
Didier Bender

8h, mercredi matin devant la salle A3 du Palais de justice de Genève, une cinquantaine de curieux fait la file. En silence. Dans une heure débute un procès qui défraye la chronique depuis plus de quatre ans. Accusée du meurtre de son amant, le banquier Edouard Stern, Cécile B. devra répondre des chefs d'accusation qui pèsent contre elle. La défense emmenée par Mes Pascal Maurer et Alec Reymond plaidera le meurtre passionnel (peine maximale: 10 ans). Me Marc Bonnant plaidera le meurtre (peine maximale: 20 ans).

8h15: Yasmine, 20 ans, est venue avec trois amies. «J'ai envie de devenir avocate», raconte cette étudiante de 2e année de droit à l'Université de Genève. «Cela m'intéresse de voir un cas comme celui-là». Son amie Manuela acquiesce. «Je viens assister à mon premier procès. Pour l'instant, notre approche du droit est très théorique». A côté de ce groupe de filles, deux femmes distinguées patientent en attendant l'ouverture de la porte de la salle A3. «Je veux aller voir les plaidoiries de Me Bonnant. Aujourd'hui, c'est un peu comme si on allait assister à une pièce de théâtre», souligne l'une d'elles, habituée du Palais de justice. Au hasard des discussions, on remarque que la grande majorité du public a un intérêt pour la chose juridique.

8h30: dans un coin de la cour du Palais de Justice, une cinquantaine de journalistes reçoit les dernières recommandations concernant le procès. Au total, plus de 70 confrères se sont accrédités. La presse française suit avec particulièrement d'attention le procès du meurtre d'Edouard Stern. Et pour cause. 38e fortune de l'Hexagone, ce Français établi à Genève a ses entrées dans les plus hautes sphères de l'Etat français et connaît personnellement les plus hauts PDG du pays. Les journalistes ont leurs places réservées, sur les côtés de la salle A3. «Il fallait s'accréditer. C'est bien la première fois», questionne un journaliste qui fréquente le Palais de justice depuis plus de 30 ans. Des procès, il en a vu. «Il y a eu plus de monde à certains procès, mais vous ne deviez pas être né», me glisse-t-il.

9h: les journalistes et les futurs jurés entrent dans la salle A3. Dans la file d'attente, la tension monte d'un cran. Bousculade. Le policier de service plombe l'ambiance: «La salle est complète. Il faudra patienter». Mécontentement général. Il faudra attendre plus de 30 minutes et la sortie des personnes non tirées au sort pour faire partie du jury pour pouvoir entrer dans la salle A3. Ouf.

9h40: début de la lecture de l'acte d'accusation par le greffier de la Cour d'assises. Les enfants d'Edouard Stern quittent la salle pour ne revenir qu'après le descriptif des faits commis le soir du 28 février 2005 dans l'appartement genevois de l'homme d'affaires.

9h47: fin de l'acte d'accusation.

9h50: le huis-clos pour l'audition de Mathilde, 24 ans et Louis, 22 ans, la fille et l'un des fils d'Edouard Stern est accepté. Le public et les journalistes sont priés de quitter la salle. Dehors, devant la porte, c'est la cohue. Tout le monde s'agglutine devant la porte, pour ne pas perdre la place chèrement gagnée à l'intérieur de la salle où se déroulera le procès. «Ce qui m'intéresse, c'est de voir comment les avocats des deux parties vont développer leurs arguments», raconte un étudiant en droit de l'Université de Fribourg. Il a prévu de suivre le procès dans son intégralité. D'autant plus que selon lui, «avec la fin prochaine du jury populaire (abolition prévue en 2011), ce ne sera plus pareil». Durant l'attente de plus d'une heure, il en profitera pour expliquer à deux étudiants américains qui effectuent un semestre de droit à Genève, toutes les subtilités du droit suisse.

10h50: Retour dans la salle pour l'audience de Mme Stern, l'ex-épouse du banquier. C'est le premier témoignage auquel le public peut assister. L'émotion est bien présente. Cette fois-ci, le procès a bel et bien débuté. Pour y assister, les curieux, étudiants en droit et juristes pour la plupart, devront encore faire preuve de patience. Le procès devrait durer encore jusqu'au 19 juin.

Alain Jourdan, journaliste à la Tribune de Genève et co-auteur, avec Valérie Duby, d'un livre sur cette affaire (itw: 20 minutes online):$$VIDEO$$

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