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SuisseLe procureur général n'est pas fan des appels d'offres

Le procureur de la Confédération Michael Lauber a confié des contrats à deux personnes, sans mise au concours. L'une d'elles est l'ex-patron du SRC. Le Contrôle fédéral enquête.

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smk/nxp
La pression ne faiblit pas sur le procureur de la Confédération, Michael Lauber.

La pression ne faiblit pas sur le procureur de la Confédération, Michael Lauber.

photo: Reuters

Le procureur de la Confédération Michael Lauber n'a pas souvent ouvert des appels d'offres pour des mandats depuis son entrée en fonction en 2012. Les contrats en communication et conseil n'ont été confiés qu'à deux personnes, comme le révèle le journal Nordwestschweizdans son édition du 6 octobre.

Il s'agit de Hans Wegmüller, l'ancien chef du Service de renseignement de la Confédération (SRC), et de Jana Riedmüller, experte en communication. Tous deux se sont partagés près de 400'000 francs depuis 2012.

Fin des mandats dès 2015

«Jana Riedmüller a été mandatée par le procureur de la Confédération pour des conseils stratégiques en matière de communication», a explique le porte-parole Anthony Brovarone. Quant à Hans Wegmüller, il devait «conseiller le procureur dans des questions administratives, politiques et stratégiques liées à la sécurité.»

Tous deux ont oeuvré «de janvier 2012 à février 2015». Le Ministère public de la Confédération n'a pas voulu en dire plus sur la nature de ces mandats. Ces derniers ont été arrêtés après l'entrée en fonction en mars 2015 d'un nouveau chef de la communication.

Un prédécesseur moins généreux

Toujours en 2015, le MPC a confié un dernier mandat de gré à gré, à l'entreprise YJOO Communications AG pour un montant de 30'902 francs. Il n'y en a pas eu d'autres depuis 2012.

A titre de comparaison, le prédécesseur de Michael Lauber, Erwin Beyeler, n'a confié qu'un seul mandat pour la communication durant son époque à la tête du MPC, pour un montant de 22'000 francs.

Le seuil des 150'000 francs

Les contrats confiés à Hans Wegmüller ne posent pas de problèmes puisque leur somme totale est inférieure à 150'000 francs, seuil qui nécessite une mise au concours. Un expert s'interroge en revanche sur ceux de Jana Riedmüller, qui ont été à son avis fractionnés pour éviter la limite fatidique.

L'expert y voit une vieille habitude de l'administration. On octroie deux contrats inférieurs à 150'000 francs puis un troisième, supérieur à ce seuil. «Et on prétend qu'en raison de l'interchangeabilité (ndlr: les prestations destinées à remplacer, à compléter ou à accroître des prestations déjà fournies doivent être achetées auprès du soumissionnaire initial étant donné que l'interchangeabilité avec du matériel ou des services existants ne peut être garantie que de cette façon) on doit les attribuer de gré à gré.» Le MPC affirme que tout a été effectué dans les règles. Son organe de surveillance va réexaminer la pratique des attributions.

Le Contrôle fédéral veut s'en mêler

Le Contrôle fédéral des finances (CDF) est également intéressé par les dépenses du MPC. «Dans le cadre de notre examen des biens saisis en automne, nous allons pouvoir étudier les achats de services et de conseil», a déclaré son directeur adjoint Eric-Serge Jeannet.

A la fin juillet, la Schweiz am Sonntag avait révéléque le MPC avait octroyé depuis 2012 divers mandats de conseil et IT, toujours de gré à gré pour une valeur de 2,3 millions de francs. Uniquement à PricewaterhouseCoopers (PwC) pour le conseil et à Swiss Infosec pour le secteur IT. Or Mario Curiger, le secrétaire général du MPC, est un ancien de PwC. Et le propriétaire de Swiss Infosec est un camarade d'étude et une connaissance de Michael Lauber.

Hans Wegmüller conseillait le procureur dans des «questions administratives, politiques et stratégiques liées à la sécurité».

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