Procès Maudet - Le procureur requiert à nouveau de la prison avec sursis
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Procès MaudetLe procureur requiert à nouveau de la prison avec sursis

Lors de son réquisitoire, mardi, Stéphane Grodecki a demandé des peines identiques à celles qu’il avait plaidées en première instance contre l’ancien conseiller d’Etat genevois.

par
Maria Pineiro
Pierre Maudet, à son arrivée au Palais de justice, au deuxième jour de son procès en appel.

Pierre Maudet, à son arrivée au Palais de justice, au deuxième jour de son procès en appel.

mpo

Tous coupables. Voilà la conclusion, mardi, du procureur Stéphane Grodecki à l’issue du procès en appel de Pierre Maudet et de ses trois co-accusés pour le voyage a Abu Dhabi tous frais payés, le financement d’un sondage, l’octroi abusif d’une autorisation d’exploiter pour l’Escobar et la demande de renseignements sur une procédure de naturalisation. Des faits qui se sont produits alors que Pierre Maudet siégeait au Conseil d’Etat de Genève. Le représentant du Ministère public a requis 14 mois de prison avec sursis et une créance compensatoire de 84’000 fr. contre Pierre Maudet, pour acceptation d’un avantage. Une peine identique a été demandée contre Patrick Baud-Lavigne, lui aussi pour acceptation d’un avantage, pour instigation à l’abus de confiance et pour violation du secret de fonction. Douze mois de prison avec sursis ont été requis contre Magid Khoury et huit contre Antoine Daher. Les deux hommes d’affaires sont prévenus de leur côté d’octroi d’un avantage.

Un «climat» particulier

Le premier procureur a contesté l’acquittement, intervenu en première instance, concernant le financement d’un sondage parce qu’il s’agirait de fonctionnement de la vie politique. Il s’est opposé aux conclusions du Tribunal de police qui avait séparé ce volet de celui du voyage. Pour Stéphane Grodecki, le week-end à Abu Dhabi et l’affaire du sondage ne peuvent être jugés séparément, ils font partie d’un même «climat» et doivent être envisagés comme des éléments d’une même série. Le représentant du Ministère public a expliqué que les liens entre les quatre hommes, le conseiller d’Etat et son chef de cabinet d’un côté, et les deux hommes d’affaires de l’autre, avaient commencé à se tisser avant le voyage à Abu Dhabi et s’étaient peu à peu resserrés. Il a mis en parallèle ce déplacement, dont il a estimé le prix à plusieurs dizaines de milliers de francs, puis le sondage, avec des sollicitations fréquentes dont certaines ont concerné des projets d’académie de police, de constructions à la caserne des Vernets ou au Pré-du-Stand.

Le représentant du Ministère public a relevé que tant Magid Khoury que Antoine Daher ont reconnu, durant la procédure, l’intérêt de connaître des gens, voire un conseiller d’Etat, pour la marche de leurs affaires. «C’est l’ensemble qui pose problème, à la fois les cadeaux et les sollicitations», a dénoncé le procureur. Quand bien même ils n’ont pas offert le cadeau, le procureur a estimé que ce déplacement n’aurait pas été possible sans l’intervention de Magid Khoury et Antoine Daher. C’est pourquoi, il a demandé qu’ils soient condamnés pour octroi d’un avantage.

Risque d’être redevable

Pour Stéphane Grodecki, il ne s’agit pas forcément de mettre en exergue des retours d’ascenseur concrets à la suite de cadeaux: «Ce qui est jugé, c’est le risque d’être redevable, pas le fait de l’être.» Selon lui, il ne faut pas interpréter les liens de manière trop restrictive, «la contrepartie peut venir beaucoup plus tard». Le voyage à Abu Dhabi a été offert par la couronne émiratie, qui visait vraisemblablement à «créer des relations privilégiées» et a invité le conseiller d’Etat et son chef de cabinet parce qu’ils occupaient ces fonctions. Les deux invités ont, a souligné le procureur, identifié très tôt un problème potentiel dans cette invitation, tant en termes d’image que de redevabilité. Mais, ils ont persisté, a-t-il insisté, soulignant que «l’envie du voyage a été la plus forte». Stéphane Grodecki a estimé que les deux représentants de l’Etat se sont mis en position d’être redevables, quand bien même ils se sont pensés au-dessus de la mêlée, plus forts, «reconnaissants mais pas redevables. Les prévenus nous montrent qu’ils n’ont toujours pas compris le problème.»

Imbroglio et pataquès de témoins

Scène surréaliste, au tribunal mardi après-midi. A l’heure d’entendre les témoins, apparaît une dame un peu perdue de se retrouver à la barre. Et pour cause, elle n’a aucun lien avec l’affaire Maudet! La raison de cet imbroglio? Le document qui a servi de base à la convocation n’avait a priori rien à faire dans le dossier de l’instruction. Après qu’elle a confirmé la méprise et demandé à être indemnisée, elle a pu repartir.

Comme dans toute bonne comédie, à l’acte I a succédé l’acte II. Le premier témoin convoqué ne s’étant pas présenté, la juge a demandé s’il fallait lui envoyer la police. Et un avocat de lancer: «Peut-être qu’Antoine Daher (ndlr: prévenu à qui il est reproché sa trop grande propension à connaître toute la République et à réseauter) a son numéro?» Bingo! L’accusé appelle, puis sur demande, passe le téléphone à la présidente du Tribunal qui exige que son interlocuteur se présente. On devine, à la suite de la conversation, que l’idée lui déplaît: «Vous voulez que je vous envoie la police? Non. Alors dans combien de temps pouvez-vous être ici?» L’incident aura duré une bonne demi-heure. Le restaurateur a été entendu et a confirmé que la première témoin appelée à la barre n’était pas sa compagne, comme supposé.

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