Suisse: Le progrès peut coûter très cher
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SuisseLe progrès peut coûter très cher

Lundi, la presse révélait qu'un nouveau projet informatique a été abandonné par la Confédération. Un expert livre son analyse.

par
David Maccabez
Développer un logiciel peut parfois être une sinécure.

Développer un logiciel peut parfois être une sinécure.

Insieme, ISS et maintenant les moteurs de recherche des sites de l'Administration fédérale («20 minutes» d'hier): le gouffre financier de l'informatique de la Confédération semble sans fond. Pour Stéphane Marchand-Maillet, professeur d'informatique à l'Université de Genève, la technologie avance parfois trop vite pour l'administration.

M. Marchand-Maillet, comment expliquez-vous ces fiascos?

Pour moi, le principal problème se trouve dans le temps qu'il faut pour développer les projets. L'exemple d'hier est frappant. Parfois il est intéressant à un moment donné, mais la technologie avance parfois très vite et il devient obsolète.

Mais pourquoi ne pas les moderniser?

C'est sans doute une question de budget. Revoir un concept de fond en combles a un coût. Il peut s'avérer que l'on soit forcé de jeter l'éponge plutôt que d'engager des frais supplémentaires.

La Confédération ne voit-elle pas parfois trop grand?

Il est vrai que beaucoup de ses projets sont assez ambitieux, ce qui peut être positif. Mais peut-être qu'on sous-estime la difficulté de la tâche.

Ou alors le résultat n'est pas à la hauteur des espérances?

Oui. Il est possible que des divergences de vue apparaissent entre les mandataires et l'entreprise engagée. Du coup le projet s'enlise.

Sans compter que les contrats ne sont pas toujours adjugés dans les règles de l'art.

Les critères scientifiques objectifs ne sont pas les seuls dont un mandataire va tenir compte pour attribuer les projets. Et il se peut que les critères qui priment ne soient pas ceux qui garantissent sa viabilité finale .

C'est à dire?

Ce n'est pas toujours la meilleure proposition qui est choisie. D'abord pour des questions de prix, mais aussi parce parfois, on préfère choisir une entreprises avec qui on a déjà travaillé.

Est-ce une spécificité suisse?

Non. Je citerais comme exemple le programme Quaero. La France et l'Allemagne voulaient lancer leur Google. Après des années de travail et des millions dépensés, le programme s'est arrêté en 2013.

Parfois, le jeu en vaut la chandelle

Parmi les projets qui ont fait couler de l'encre, on se souvient de Mistra. Cette application de l'Office fédéral des routes (OFROU), qui notamment mêle cartes géographiques et données en tous genres comme celle des accidents, a coûté bien que prévu. Son budget a été réévalué en 2013 par le Contrôle fédéral des finances à 95 millions, contre 45 au départ. Et son développement a mis plus de temps que prévu. A la base, il devait être opérationnel il y a deux ans, mais il n'a été finalisé qu'2014. «Cela a valu la peine d'investir et d'attendre», explique Guido Bielmann, porte-parole de l'OFROU. Car Mistra «fonctionne bien et continuera certainement a être amélioré dans le futur.»

Perseverare diabolicum?

Deux projets, morts ou presque, ont été ressortis des tiroirs. Gever, le logiciel de «gestion électronique des affaires» de la Confédération a failli être stoppé en 2013 à cause de licences qui arrivaient à échéance. Finalement, elles ont été prolongées. Son coût total pourrait se monter à 250 millions. Enfin, le Parlement a accepté en mars le développement d'un logiciel de surveillance des télécommunications. Un premier essai a été avorté en 2013, après avoir coûté 18 millions.

Des millions investis dans des chimères

Quelque 800'000 francs! C'est la somme qu'a investi la Confédération dans un moteur de recherche maison, finalement abandonné à cause d'un contrat mal adjugé, apprenait-on lundi. Mais il y a eu pire. En 2012, Insieme, censé remplacer un logiciel de l'Administration fédérales des finances (AFC) était abandonné. En cause, des retards multiples et les accusations de corruption passive contre l'ancien chef de l'AFC, finalement condamné à 16 mois de prison avec sursis. Facture: 119,5 millions. En juin dernier, c'est Novosipac, logiciel pour le paiement des indemnités chômage, qui était abandonné, Coût de la débâcle: 26 millions.

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