Suisse: Le projet de défense sol-air abattu par des officiers?

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SuisseLe projet de défense sol-air abattu par des officiers?

Les «Aigles Gris» n'ont pas d'existence officielle mais leur influence est grande à Berne. Un peu trop, au goût de certains.

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smk/nxp
La Suisse dispose d'un système de défense sol-air, les Rapier, qui seront remplacés par la nouvelle génération. Les Rapier sont inefficaces pour des cibles au-delà de 3000 mètres d'altitude et de 7 kilomètres de distance.

La Suisse dispose d'un système de défense sol-air, les Rapier, qui seront remplacés par la nouvelle génération. Les Rapier sont inefficaces pour des cibles au-delà de 3000 mètres d'altitude et de 7 kilomètres de distance.

photo: Keystone

Ils se font appeler les «Aigles Gris» et beaucoup de monde à Berne les soupçonne d'être derrière la décision qu'a prise le Conseiller fédéral Guy Parmelin de suspendre le projet BODLUV.

Le groupe d'officiers supérieurs n'a pas d'existence officielle, contrairement à Giardino, qui combat la réforme de l'armée. Il s'est formé spontanément au début 2015, comme le raconte le Tages-Anzeiger dans son édition du 8 juin.

Comme les Mirage dans les années 60

Le groupe s'est constitué en réaction à la volonté du Département fédéral de la défense de la protection de la population et des sports (DDPS) de mettre au placard les vieux Tigers. Une erreur en l'absence d'un avion de remplacement, ont estimé les «Aigles Gris».

Mais c'est surtout le projet de défense sol-air (BODLUV), son prix nettement supérieur aux prévisions ou encore les défauts relevés lors des essais qui leur ont fait montrer les serres dans un memorandum en septembre 2015.

Les «Aigles Gris» ne veulent pas être nommés mais dans leur dernière publication d'avril 2016, ils comparaient le projet de défense sol-air au scandale des Mirages dans les années 60. L'auteur de la publication n'est autre que Roger Harr, un lieutenant-colonel de 60 ans à l'état-major général et ex-président de la société des officiers de l'armée de l'air (Avia).

Leur voix porte à Berne

Roger Harr explique son implication par le souci de voir «les forces aériennes suisses foncer dans un mur». Ses critiques ne concernent pas que BODLUV mais aussi par exemple les camions Duro, tout autant victimes de manques et de légèretés. Les critiques et analyses des «Aigles Gris» sont largement partagées dans les cercles militaires.

A tel point que la direction de l'armée prend le groupe très au sérieux. Roger Harr raconte comment Aldo Schellenberg, le patron des forces aériennes suisses, l'a appelé un dimanche soir pour essayer de démonter ses critiques durant plus d'une heure.

C'est surtout le financement qu'attaquent les «Aigles Gris». Le remplacement des Tigers et des F/A-18 coûtera 6 à 10 milliards pour au moins 55 appareils. L'addition pour BODLUV s'élèvera à 2,5 milliards, auxquels s'ajouteront entre 2 et 3 milliards pour les autres besoins de l'armée de l'air.

Pas assez d'argent

Pour financer tous ces programmes, la Suisse devrait consacrer presque toutes les dépenses en équipement des forces aériennes suisses durant les 15 prochaines années, ce qui est irréaliste aux yeux des «Aigles Gris». Pour Roger Harr, soit la Suisse réduit encore son armée avec son programme de réforme, soit il faut mettre plus d'argent à disposition.

Les «Aigles Gris» saluent donc la décision de Guy Parmelin de geler l'acquisition du système de défense sol-air et le soutiennent. «Il se révèle être un Conseiller fédéral pragmatique», ajoute Roger Harr.

Les adversaires des «Aigles Gris» leur reprochent de vouloir simplement plus d'argent pour le futur avion de combat de la Confédération et de n'être qu'une coterie de pilotes militaires. Roger Harr réfute ces critiques: un système de missiles est indispensable mais il doit être «réaliste» et trouver sa place avec le programme des avions de combat.

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