Actualisé 31.10.2014 à 15:49

BerneLe projet pilote des «cannabis club» démarre

Le Conseil municipal a adopté la création d'un groupe de travail chargé d'élaborer un projet de consommation régulée de cannabis dans la ville fédérale.

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dmz/nc

En ville de Berne, il pourrait bientôt être possible de fumer un joint en toute légalité, dans des lieux baptisés «cannabis clubs». Venu d'Espagne, ce concept séduit de nombreuses villes en Suisse. A l'image de la capitale, Zurich, Bâle, Genève ou encore Winterthour (ZH) souhaitent le tester. Jeudi, Berne a donc fait un pas dans cette direction, avec l'annonce de la création d'un groupe de travail, chargé d'élaborer un projet-pilote.

«Pour moi, le but n'est clairement pas d'inciter à la consommation. Mais les chiffres sont clairs. En Suisse, environ 400'000 personnes fument des joints», déclare la conseillère municipale Franziska Teuscher (Les Verts), directrice des affaires sociales de la ville, qui surveillera l'avancée des discussions.

Contrôler la qualité du produit

Pour la politicienne, une chose est sûre: «Il faudra faire de la prévention aussi à l'intérieur de ces clubs. Je suis certaine que ces lieux permettront une meilleure protection de la jeunesse et que la qualité des produits pourra être contrôlée.» Les mineurs en seront exclus et le groupe de travail étudiera la possibilité de mettre en place un service de conseil spécialisé.

Franziska Teuscher imagine une phase concrète du projet d'ici à fin 2015. Et Berne ne travaille pas seule: «Nous sommes en contact avec Bâle, Zurich et Genève. Il est important que nous fassions bloc face à la Confédération.

L'OFSP critique

Les villes se heurtent en effet à une farouche résistance de l'administration fédérale. Dans sa prise de position en août dernier, l'Office fédéral de la santé publique (OFSP) a clairement fait savoir que, selon lui, les cannabis clubs ne sont pas compatibles avec la Loi fédérale sur les stupéfiants. Le Conseil fédéral préfère, lui, attendre que la Commission fédérale pour les questions liées aux drogues rédige son rapport. Sur ce sujet, la Conseillère municipale reste évasive: «Il est vrai que la loi nous laisse peu de marge de manœuvre. Nous étudions comment nous pouvons faire pour ne pas être en porte-à-faux», affirme-t-elle.

«Extrêmement naïf»

«Je suis étonné que la ville passe outre l'avis de l'OFSP», s'insurge pour sa part le député cantonal et directeur de la division prévention de la Croix-Bleue Ruedi Löffel (PEV). «Elle parle de protection de la jeunesse, mais ne dit pas comment elle compte s'y prendre.» En outre, il estime que l'idée que les cannabis clubs vont faire reculer le marché noir est une illusion: «C'est naïf de croire cela», conclut-il.

L'UDC zurichoise monte au créneau

A Zurich, outre les cannabis clubs, l'idée d'une libéralisation de toutes les drogues refait surface. Elle est portée par Michael Herzig, responsable depuis cet été de la prévention de la consommation de stupéfiants pour la ville.

Le débat divise les parlementaires locaux, mais pour l'UDC, cela ne fait aucun pli. «Les dangers de la prise de drogue sont minimisés aujourd'hui et la répression est toujours moindre. Une libéralisation n'aurait d'effet que d'augmenter le nombre de consommateurs et c'est le grand public qui paiera la facture», s'insurge Mauro Tuena, chef du groupe parlementaire UDC de la ville de Zurich dans les colonnes de la «NZZ».

Il explique que son parti s'attaquera à tout projet d'assouplissement, y compris celui des cannabis clubs. «Nous utiliserons toutes les voies de droit et n'excluons pas de lancer une initiative populaire», précise-t-il.

Pour rappel, le 30 novembre 2008, la population suisse a refusé de légaliser le cannabis en votation populaire (63,3%). Le même jour, il a décidé d'ancrer dans la loi la politique des quatre piliers en matière de drogues (répression, prévention, traitement et réduction des risques) et de renforcer les sanctions pour la vente de stupéfiants aux enfants et adolescents, par 68% des voix.

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