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Rachid Hamdani«Le quart d'heure a duré 583 jours»

L'ex-otage suisse raconte pour la première fois son retour à la maison après dix-neuf mois de captivité.

par
atk

C'est dans la maison de son fils Karim, dans la Broye Fribourgeoise, que Rachid Hamdani a reçu nos confrères de l'«Illustré».

«Je ne l'avais vue qu'en chantier», explique l'ancien otage, de retour après dix-neuf mois en captivité en Libye. L'ingénieur avoue ne s'être senti libre que lorsque l'avion a touché le sol de l'aéroport de Zurich le 23 février dernier. Une voiture de la Confédération l'attendait pour le raccompagner chez son fils. «J'ai dû donner au chauffeur le téléphone de mon fils pour qu'il puisse lui expliquer le chemin. Je ne savais pas comment m'y rendre», explique l'ex-otage.

A la demeure de son fils, Rachid Hamdani a fait la connaissance d'un nouveau membre de sa famille. Agé aujourd'hui de 14 mois, son petit-fils Joachim est en effet né pendant sa captivité. Il n'avait pu le voir jusque-là.

Sim, le cadet de la famille Hamdani qui possède le passeport tunisien et vit en France, est le seul membre de la famille à avoir rendu visite à son père en captivité. «J'ai fait le voyage Tunis-Tripoli comme de nombreux Tunisiens. Je n'ai jamais été inquiété, même si les services secrets nous surveillaient sûrement», avoue-t-il.

«Des conditions d'hygiène effroyables»

Lors de son entretien avec l'hebdomadaire, l'ancien otage est également revenu sur le jour de son arrestation. «C'était un samedi. Je n'étais pas au bureau. La secrétaire m'appelle le matin pour me dire que la police était là, se souvient-t-il. 'Vous êtes le directeur. Vous avez un passeport ?', m'ont alors demandé les policiers. Quand je leur ai donné mon passeport tunisien, ils avaient l'air embêtés. 'Mais d'où venez-vous?' Je leur dit: de Genève. 'Alors vous-êtes Suisse?'. Je leur répond. Oui, je suis aussi Suisse. Ils étaient tout contents. 'On a besoin de vous un quart d'heure', me répondent-ils. Un quart d'heure qui durera 583 jours».

Après avoir fait la connaissance de Max Göldi au poste de police, Rachid Hamdani a passé «dix jours d'enfer en prison. Dans des conditions d'hygiène effroyables, puis des mois d'attente à l'ambassade suisse», raconte-t-il.

Beaucoup d'espoir avec la venue de Merz

L'arrivée, le 20 août 2009, du président de la Confédération Hans-Rudolf Merz, «nous a donné beaucoup d'espoir». Mais la négociation échoue. Rachid Hamdani et Max Göldi sont ensuite mis au secret pendant 53 jours. «Mais les conditions d'hygiène étaient bonnes. Et on nous a bien traité».

L'ancien otage, qui tient à remercier tout ceux qui les ont soutenus lui et Max Göldi, n'a aujourd'hui plus de nouvelles de son compagnon d'infortune. Il a juste pu faire passer un message par le biais du chargé d'affaires. «Max aurait dû me suivre trois ou quatre jours après ma libération».

Le Vaudois revient également sur son départ du 22 février dernier. Après avoir passé sept heures au Ministère des affaires étrangères libyen, Rachid choisit de se rendre en Tunisie avec une voiture diplomatique de l'ambassade allemande. «J'aurais pu prendre un avion depuis l'aéroport de Tripoli. Mais j'évaluais à 90% les chances de m'y faire arrêter de nouveau». La suite nous la connaissons.

En prison depuis deux mois

Malgré les espoirs provoqués il y a un mois par l’Union européenne en vue d’un dénouement de la crise entre la Libye et la Suisse, le sort de Max G­öldi n’a pas changé. Le Bernois a purgé aujourd’hui deux mois de prison, la moitié de sa peine. Il se trouve toujours dans une cellule sans fenêtre et est autorisé à sortir une heure par jour dans la cour de la prison. Il est à craindre que l’employé d’ABB purge l’entier de sa peine et ne puisse sortir de prison qu’en juin, a relevé Amnesty International. Il n’est par ailleurs pas certain qu’il pourra rentrer en Suisse aussitôt après sa libération.

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