Actualisé

SuisseLe rappeur Ensy «exécute» des politiciens UDC

Dans une mise en scène diffusée sur YouTube, le chanteur suisse simule l'élimination des élus Lukas Reimann et Oskar Freysinger, ainsi que du comédien Andreas Thiel.

par
D. Pomper/ofu

Youtube

Trois hommes vêtus de t-shirts orange sont agenouillés devant le rappeur helvétique Ensy. Leurs mains sont attachées dans le dos. L'artiste semble s'être fortement inspiré des images d'exécution du groupe terroriste Etat islamique pour tourner sa récente vidéo, publiée le 12 février sur YouTube. Les trois faux otages portent des masques en carton représentant les deux conseillers nationaux Lukas Reimann (SG/UDC) et Oskar Freysinger (VS/UDC), ainsi que le comédien Andreas Thiel.

«Voilà, mes trois héros du peuple, dit-il avec ironie. Nous vous condamnons pour votre critique de l'islam. Vous vous trouvez désormais sur la liste noire des terroristes et des radicaux. Vous encouragez la terreur mentale à l'encontre de l'islam», affirme Ensy au début de l'enregistrement. A la fin, une petite bombe de cotillons explose derrière les «otages».

Confronté à la vidéo, Lukas Reimann se dit choqué: «C'est vraiment incroyable!» Il envisage de saisir la justice. Le conseiller national saint-gallois rappelle qu'il a déjà porté plainte une fois contre le rappeur. Celui-ci l'avait alors traité de «trou du cul» et de nazi. L'affaire s'était plus ou moins réglée à l'amiable: Ensy avait dû s'excuser auprès du politicien agrarien et promettre de ne plus l'offenser. Ce qui inquiète particulièrement Lukas Reimann, c'est le fait que l'artiste a de nombreux fans: «A chaque fois qu'il me critique dans une vidéo, je reçois des dizaines de mails de menace de la part de jeunes musulmans âgés entre 14 et 15 ans.»

Une vidéo «primitive»

Oskar Freysinger, lui, prend la chose de manière un peu plus détendue. «Tant que le rappeur se contente de faire de l'humour, je n'ai aucun problème avec ça. Je souhaite la bienvenue à tous les musulmans dans le monde de l'humour.» L'élu valaisan rappelle que le rire est un pilier très important dans notre société libérale.

De son côté, Saida Keller-Messahli, du Forum pour un islam progressiste, trouve cette vidéo «primitive»: «Il met en scène l'exécution de politiciens suisses élus démocratiquement. Ça n'a plus rien à voir avec de la satire. Ce qu'il fait là, c'est banaliser la violence. Imaginons que les rôles aient été inversés et qu'un chrétien se soit «amusé» à exécuter trois musulmans dans un sketch...»

Stress avait allumé Blocher

En 2007, Stress avait attaqué ouvertement le conseiller fédéral Christoph Blocher dans un de ses clips. On y voyait Stress pénétrant par derrière un homme avec un masque de Blocher, tout en lui administrant des fessées. «Blocher est le symbole d'une politique bornée, contraire à mes idées», avait alors affirmé Stress à ce sujet. Du côté du parti de Blocher, le clip provoque l'indignation : «C'est dommage que Stress veuille amener de la violence chez les jeunes avec un tel clip», avait pour sa part estimé Christoph Mörgeli.

«Ce n'était qu'une bombe de table»

Le rappeur Ensy défend sa vidéo en affirmant qu'il s'agit d'un enregistrement «satirique» qui n'est pas censé inciter les gens à la haine. «Tout ce qui explose c'est une petite bombe de table. Il faut polariser pour faire réagir les gens», s'est-il défendu jeudi après-midi. L'artiste précise que Lukas Reimann, Oskar Freysinger et Andreas Thiel se sont fait remarquer par des propos radicaux à l'encontre de l'islam et que cela a blessé les musulmans. Ensy avoue néanmoins que «l'histoire des t-shirts oranges» est sans doute un peu malheureuse. Et d'ajouter: «Je suis contre le terrorisme et je condamne les agissements du groupe Etat islamique.»

Le rappeur concède par ailleurs qu'il a parfois de la peine à maîtriser ses émotions. Ainsi, il a traité les éditeurs de «Charlie Hebdo» de «fils de p***» sur Facebook après que ceux-ci avaient publié une nouvelle caricature de Mahomet, une semaine après les attentas de Paris. «Quand je suis sous le coup de l'émotion, j'utilise parfois des mots que je n'utiliserais pas normalement.» Il y a près de trois ans, il avait également affirmé sur le réseau social que les rapports sexuels entre hommes étaient des crimes. Peu de temps après la publication, il avait tenté de minimiser la chose en affirmant qu'il avait «sans doute un peu exagéré». Cependant, son message était resté le même: «l'homosexualité est une maladie».

Ton opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!