Guerre en Ukraine – Le réarmement de la Suisse fait débat parmi les politiciens

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Guerre en UkraineLe réarmement de la Suisse fait débat parmi les politiciens

La guerre en Ukraine pose la question du réarmement de la Suisse. Alors que certains estiment que la capacité de défense de l’armée a diminué, d’autres affirment que la diplomatie est plus importante.

Le débat sur les avions de combats fait partie des discussions.

Le débat sur les avions de combats fait partie des discussions.

AFP

Après le déclenchement de la guerre en Ukraine, des politiciens suisses s’inquiètent de la sécurité du pays. Et alors que des voix s’élèvent pour réclamer le réarmement de la Suisse, cette question fait débat dans les milieux politiques.

Werner Salzmann, conseiller aux États UDC et président de la Commission de la politique de sécurité (CPS), avait déjà proposé il y a quelques années au Conseil national d’augmenter les investissements de l’armée à près d’un pour cent du produit intérieur brut (PIB) – soit sept milliards de francs par an alors que le budget actuel de l’armée est de cinq milliards par an. «La situation actuelle en Europe de l’Est montre que l’augmentation que j’avais déjà demandée est absolument nécessaire», explique-t-il. Il la présentera de nouveau à la CPS.

Thomas Hurter, conseiller national UDC et membre de la CPS, est aussi d’avis qu’il faut tendanciellement plus d’investissements et surtout un changement de mentalité. «L’armée est là pour protéger et défendre la population contre d’éventuelles attaques extérieures. Ce principe a été trop négligé ces dernières années», affirme-t-il. Pour lui, il faut augmenter l’effectif de l’armée de près de 20’000 personnes.

«L’armée est là pour protéger et défendre la population contre d’éventuelles attaques extérieures.»

Thomas Hurter, conseiller national UDC

Alors qu’il avait déjà suggéré une augmentation des dépenses militaires au Conseil national en 2017, Thierry Burkart, le président du PLR, estime aussi que l’armée a été massivement réduite ces dernières années. Parlant en son nom et non pour le parti, il affirme que cela a pour conséquence une diminution de sa capacité de défense

Débat sur les avions de combats

L’achat d’avions de combat fait partie des sujets de discussion. Tandis que les Verts, le PS et le Groupe Suisse sans Armée (GSsA) récoltent actuellement des fonds pour une initiative visant à empêcher l’achat de F-35, le président du PLR a appelé ce week-end les initiateurs à cesser leur collecte de signatures.

Les initiants n’en voient pas la raison. «Si le conflit ukrainien montre quelque chose, c’est à quel point les avions de combat ne peuvent rien faire pour se défendre et à quel point la diplomatie est importante», déclare la conseillère nationale des Verts, Marionna Schlatter.

Pour la conseillère nationale PS, Priska Seiler Graf, il est «tout simplement irrévérencieux» que l’on tire un capital politique de la situation en Ukraine. Si elle reconnaît que cela peut entraîner des changements dans la politique d’armement en Suisse, elle estime que poser cette exigence si peu de temps après le début de la guerre n’est pas sérieux. Pour elle, il est hors de question de retirer l’initiative. «La première chose qui a été détruite lors de l’attaque contre l’Ukraine, ce sont les aéroports et les pistes d’atterrissage. Les avions de combat ne peuvent même plus décoller», rappelle-t-elle.

Franziska Roth, conseillère nationale socialiste, parle d’un changement de mentalité et reconnaît que «nous nous sommes trompées quand nous avons affirmé que les guerres d’agression territoriales n’étaient pas un scénario réaliste». Elle part du principe qu’il faut maintenant adapter le rapport sur la politique de sécurité. «Je suis arrivée à la conclusion que le désarment des moyens de combat militaires conventionnels comme l’artillerie et les chars ne constituent plus une option pour le moment», conclut-elle.

Protection contre les cyberattaques

«L’Europe et la Suisse se sont réveillées du rêve de la paix éternelle», déclare Dominik Knill, président de la société suisse des officiers. De son côté, Niklas Mashur, expert en sécurité de l’EPFZ, s’attend à ce que l’invasion de Poutine influence le débat sur l’augmentation de la préparation à la défense et des budgets d’armement dans de nombreux pays.

Les politiciens de gauches sont d’avis que la capacité de défense de la Suisse doit être encouragée par d’autres moyens. Pour la conseillère nationale PS, Min Li Marti, «nous ne sommes pas menacés en premier lieu par les chars, les avions de combat ou les bombes mais nous devons nous protéger contre les cyberattaques sur les infrastructures critiques et contre les campagnes de désinformations».

Enfin, l’armée suisse ne s’inquiète pas de la guerre en Ukraine. «L’armée suisse a toujours pour mission d’être capable de se défendre. Et nous continuons à monter en puissance en matière de cybersécurité», assure son porte-parole, Daniel Reist.

(bz/blu/hor/aze)

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