New York: Le réchauffement climatique menace les Amérindiens de Long Island

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New YorkLe réchauffement climatique menace les Amérindiens de Long Island

Les Shinnecock vivent sur l’île new-yorkaise depuis 130 siècles. Aujourd’hui, l’habitat de leurs derniers 1600 représentants est sérieusement rongé par la montée des eaux.

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Selon Shavonne Smith, responsable gouvernementale de la nation shinnecock, la côte à Southampton a reculé de 45 mètres en quelques décennies.

Selon Shavonne Smith, responsable gouvernementale de la nation shinnecock, la côte à Southampton a reculé de 45 mètres en quelques décennies.

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La moitié des 1600 Shinnecock sont installés sur une réserve autonome de 320 hectares à l’est de la péninsule de Long Island, à Southampton.

La moitié des 1600 Shinnecock sont installés sur une réserve autonome de 320 hectares à l’est de la péninsule de Long Island, à Southampton.

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Les modestes villages des Shinnecock construits au bord de l’Atlantique sont directement menacés par la montée du niveau de l’océan, l’érosion et les multiples tempêtes qui balaient la région des Hamptons dès la fin de l’été.

Les modestes villages des Shinnecock construits au bord de l’Atlantique sont directement menacés par la montée du niveau de l’océan, l’érosion et les multiples tempêtes qui balaient la région des Hamptons dès la fin de l’été.

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Décimés par de premiers colons européens en Amérique, les derniers Amérindiens Shinnecock de la région paradisiaque des Hamptons, au nord de New York, sont aujourd’hui menacés par un autre fléau: le réchauffement climatique et la montée des eaux. La tribu vit sur l’île new-yorkaise de Long Island depuis 13’000 ans. Repoussés et expulsés de leurs terres à partir du XVIIe siècle, avec l’arrivée d’Européens, puis au XIXe siècle par les autorités américaines, ils ne sont plus que 1600, dont la moitié seulement est installée sur une réserve autonome de 320 hectares à l’est de la péninsule, à Southampton.

Aujourd’hui, leurs modestes villages et logements construits au bord de l’Atlantique sont directement menacés par la montée du niveau de l’océan, l’érosion et les multiples tempêtes qui balaient la région dès la fin de l’été. «Tout un peuple qui vit ici depuis toujours fait face à une terrible réalité: l’obligation de déménager», résume Tela Troge, une avocate de la tribu.

Des millionnaires comme voisins

Les Shinnecock sont, comme nombre de tribus amérindiennes et autochtones aux États-Unis, reconnus officiellement par le gouvernement fédéral américain. Leur réserve de Southampton est à un jet de pierre de manoirs et de bâtisses aux surfaces démesurées, évalués à des dizaines de millions de dollars, pour multimillionnaires américains et étrangers: c’est le richissime joyau des Hamptons, à la réputation mondiale.

Là, on déambule devant des grilles et portails électrifiés, à travers le hameau de Shinnecock Hills, qui abrite un golf ultra couru construit sur un terrain que la tribu estime volé depuis 1859. Et le peu de territoire qui reste aux mains des Shinnecock est maintenant menacé par le réchauffement, la montée des eaux et le grignotage de la côte.

«On voit l’érosion. Ce qui était la terre est aujourd’hui l’eau.»

Ed Terry, Shinnecock âgé de 78 ans

À 78 ans, Ed Terry fabrique toujours des bijoux traditionnels avec des coquillages ramassés sur le sable: il se rappelle très bien qu’enfant, la plage était bien plus large et l’océan plus éloigné. «On voit l’érosion. Ce qui était la terre est aujourd’hui l’eau. C’est comme si la mer nous arrivait dessus», souffle le vieil homme en sculptant une coquille pour en faire une boucle d’oreille.

Maisons et tombes menacées

D’après des études environnementales citées par une responsable gouvernementale de la nation shinnecock, Shavonne Smith, la côte à Southampton a reculé de 45 mètres en quelques décennies. D’après elle, 57 maisons doivent être déplacées et même certaines tombes du cimetière ancestral de la tribu sont menacées.

Elle s’alarme aussi de l’impact «gigantesque et stressant» d’un déménagement forcé à l’intérieur des terres sur une population «si dépendante de l’eau». Les Shinnecock pensent que le niveau de l’océan va s’élever de 1,3 mètre d’ici à la fin de ce siècle, avec son lot de tempêtes et d’inondations toujours plus fréquentes et plus destructrices. À l’image des ouragans Sandy, en octobre 2012 (44 morts et 19 milliards de dollars de coûts, selon la ville de New York), et Ida, en septembre dernier (au moins 91 morts dans le nord-est des États-Unis).

Terres englouties d’ici à 2040?

Des experts new-yorkais du changement climatique sont aussi très pessimistes. «Des études montrent que d’ici 2040, il y a 100% de probabilité que toute la nation shinnecock soit engloutie après une tempête», affirme le professeur Scott Mandia, de l’Université Suffolk County Community College, sur Long Island. Et ceux «qui sont les moins responsables» du changement climatique sont «ceux qui en souffrent le plus», s’insurge le spécialiste.

Pour autant, les Shinnecock, qui vivent traditionnellement de la pêche et de l’agriculture, sont déterminés à ne pas disparaître. Pour tenter de lutter contre les éléments, un récif en coquilles d’huîtres a été bâti sur la plage, de gros rochers et des clôtures y ont été posés et du gazon a été planté pour empêcher le sable d’avancer. «Nous sommes un peuple fort, nous survivrons», veut croire Ed Terry, le fabricant de bijoux. Des efforts admirables, reconnaît le professeur Mandia, mais les Shinnecock «ne font que gagner du temps» avant que leurs terres ne soient complètement inhabitables.

(AFP)

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