Côte d'Ivoire: Le régime de Gbgabo vit ses dernières heures
Actualisé

Côte d'IvoireLe régime de Gbgabo vit ses dernières heures

La reddition du président sortant ivoirien Laurent Gbagbo faisait toujours l'objet de négociations mardi soir. Il aurait demandé la protection des Nations Unies.

Le régime du président ivoirien sortant Laurent Gbagbo vivait ses dernières heures mardi: des négociations étaient en cours pour son départ, mais M. Gbagbo a catégoriquement refusé de reconnaître la victoire d'Alassane Ouattara à l'élection présidentielle de novembre.

«Je ne reconnais pas la victoire de Ouattara. Pourquoi voulez- vous que je signe ça ?», a répondu M. Gbagbo à la chaîne de télévision française LCI. Il faisait allusion aux pressions de la France et de l'ONU qui lui demandent, selon Paris, de signer un document dans lequel il renonce au pouvoir en Côte d'Ivoire et reconnaisse M. Ouattara comme président du pays.

«Je trouve absolument ahurissant que la vie d'un pays se joue sur un coup de poker de capitales étrangères», a-t-il dit, accusant son rival de ne pas vouloir négocier avec lui «parce qu'on compte sur les forces armées étrangères».

Plus tôt, un responsable de l'ONU à New York avait affirmé que le président ivoirien sortant ne s'était pas encore rendu mais qu'il en avait exprimé le désir et qu'il avait demandé la protection des Nations unies.

A Paris, l'Elysée a pour sa part affirmé que des négociations étaient en cours en vue d'une reddition. Le chef de la diplomatie française Alain Juppé a dit espérer que la communauté internationale soit «à deux doigts de convaincre M. Gbagbo de quitter le pouvoir».

Le président américain Barack Obama a appelé M. Gbagbo à «démissionner immédiatement», soutenant «fermement» les frappes de l'ONU et de la France lundi sur ses derniers bastions. Ces bombardements sur l'armement lourd des forces pro-Gbagbo avaient précipité l'effondrement de son régime, après plus d'une décennie de pouvoir et huit jours d'une offensive éclair des pro-Ouattara.

Retranché dans un bunker

Selon le premier ministre français François Fillon, les négociations étaient menées par «deux généraux proches» de M. Gbagbo. Le président sortant était, lui, «retranché» selon les Nations unies dans un «bunker» au sous-sol de sa résidence.

Le ministre des affaires étrangères de M. Gbagbo, Alcide Djédjé, a joué un rôle-clé dans l'épilogue en cours. Il s'est rendu chez l'ambassadeur de France, dont la résidence jouxte celle de M. Gbagbo, pour négocier un cessez-le-feu «à la demande», selon lui, du sortant.

Le chef d'état-major de l'armée loyale à M. Gbagbo, le général Philippe Mangou, a peu après déclaré à l'AFP que ses troupes avaient «demandé au général commandant (la mission onusienne) Onuci un cessez-le-feu». «Nous avons arrêté les combats», a-t-il ajouté.

Dizaines de morts

Mardi matin, des tirs nourris de mitrailleuses et d'armes lourdes ont encore retenti dans le quartier du Plateau, où se trouve la présidence, au coeur de la capitale économique de Côte d'Ivoire, ainsi qu'à Adjamé, la grande banlieue Nord qui est un bastion d'Alassane Ouattara. Les combats se sont par la suite calmés.

Le Haut commissariat de l'ONU aux droits de l'homme a fait état de «dizaines de morts» ces derniers jours dans des combats à l'arme lourde. «La situation humanitaire s'est encore détériorée et est devenue absolument dramatique à Abidjan», pour le Bureau de coordination des affaires humanitaires des Nations unies.

Bombardements critiqués

Le président en exercice de l'Union africaine, le chef de l'Etat équato-guinéen Teodoro Obiang Nguema, a condamné l'intervention de l'ONU et de la France. La Russie, membre permanent du Conseil de sécurité, a dit «étudier la légalité» de ces frappes.

Paris a toutefois justifié mardi l'intervention des forces de l'opération «Licorne». Les forces françaises sont intervenues à Abidjan à la demande du secrétaire général de l'ONU pour «neutraliser les armements lourds des forces favorables à Laurent Gbagbo afin d'éviter un bain de sang et de protéger les populations civiles», a précisé François Fillon.

Par ailleurs, l'ONU a estimé mardi à «plusieurs centaines» le nombre de personnes qui ont péri dans des massacres la semaine dernière à Duékoué (ouest). Elle a révélé dans le même temps l'existence d'un charnier contenant 200 corps. (ats)

Ton opinion