Syrie: Le régime prévoit d'utiliser des armes chimiques
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SyrieLe régime prévoit d'utiliser des armes chimiques

Le régime syrien prévoit d'utiliser «en dernier recours» des armes chimiques contre sa propre population, affirme un général syrien ayant fait défection.

Le général Adnan Sillu assure, dans un entretien publié mercredi par le quotidien britannique «The Times», avoir fait défection il y a trois mois après avoir participé à des entretiens à un haut niveau sur l'utilisation d'armes chimiques contre les rebelles et la population.

«Nous avions des discussions sérieuses sur l'usage d'armes chimiques, y compris sur la manière de les utiliser et dans quelles zones», a déclaré l'officier au Times.

«Nous avons discuté de cela comment étant un dernier recours, tel que la perte par le régime du contrôle d'un zone importante, comme Alep», ajoute l'ancien général.

S'exprimant depuis la Turquie, il s'est dit certain que le régime de Damas pourrait recourir aux armements chimiques contre la population, et que ces discussions l'avaient amené à faire défection.

Lundi, le magazine allemand «Der Spiegel» a affirmé que l'armée syrienne avait effectué des essais avec des armes chimiques fin août près de Safira, à l'est d'Alep.

Cinq à six obus vides de substances chimiques mais destinés à une guerre chimique ont été lancés de chars ou d'avions sur un terrain baptisé Diraiham dans le désert près de Chanasir, réputé être le plus grand centre de tests d'armes chimiques en Syrie, selon l'hebdomadaire qui cite des témoins.

Des officiers iraniens, sans doute des gardiens de la révolution, se sont rendus pour l'occasion sur les lieux en hélicoptère, selon la même source.

Rencontre Assad-Iran

Le chef de la diplomatie de l'Iran, l'allié régional de Damas, a rencontré mercredi le président Bachar al-Assad en Syrie. A son arrivée, Ali Akbar Salehi a affirmé à la presse qu'il allait «consulter» les dirigeants syriens sur la crise, ajoutant que son règlement se ferait «uniquement à l'intérieur de la famille syrienne».

M. Salehi, qui a également rencontré son homologue Walid Mouallem, a en outre regretté l'absence de l'Arabie saoudite à une réunion lundi au Caire du «groupe de contact» régional sur la Syrie (Iran, Egypte, Turquie et Arabie saoudite).

Lors de cette réunion, le ministre iranien avait proposé l'envoi en Syrie d'observateurs des quatre pays pour tenter d'aider à mettre fin aux violences malgré l'échec de missions similaires sous l'égide de la Ligue arabe cet hiver puis de l'ONU.

Il avait également «appelé à un arrêt simultané des violences par les parties en présence, à un règlement pacifique sans intervention étrangère et à un arrêt de l'aide financière et militaire à l'opposition syrienne», selon Irna.

L'Iran accuse les Occidentaux et plusieurs pays de la région, Arabie saoudite et Turquie en tête, d'apporter une aide militaire et financière aux rebelles syriens.

Bombardements à Alep

L'armée bombardait tôt mercredi plusieurs quartiers rebelles d'Alep, la grande métropole du nord de la Syrie, alors que des combattants rebelles ont annoncé leur retrait de quartiers sud de Damas, rapporte une ONG syrienne.

«Les quartiers de Hanano, al-Chaar, Sakhour, Massaken al-Fardos et Kalassé à Alep ont subi ce matin des bombardements qui ont fait plusieurs blessés et causé des dégâts à des immeubles», précise l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH) qui se base sur les témoignages de militants sur place.

Deux combattants rebelles ont péri par ailleurs dans des combats dans le quartier Suleiman al-Halabi.

Les localités de Mareh, Khafsa, Mayer et Ritane dans la province d'Alep étaient également bombardées. Le correspondant à Alep a évoqué «une intensification des combats mardi soir dans la ville» ainsi que «des attaques rebelles contre des centres de sécurité».

A Damas, des combattants rebelles ont annoncé «leur retrait des quartiers de Hajar al-Aswad et Assali» dans le sud de la capitale, après de violents affrontements avec les forces loyalistes qui ont duré des semaines, accompagnés d'intenses bombardements, a affirmé l'OSDH.

Mardi, près de 40 personnes ont été tuées à Damas, selon l'OSDH. Les corps d'une vingtaine d'entre elles, tuées à bout pourtant, ont été découverts à Hajar al-Aswad.

(afp)

Les civils, «victimes d'attaques aveugles»

Les civils, parmi lesquels de nombreux enfants, sont les principales victimes des attaques menées de façon continue et aveugle par l'armée syrienne, a dénoncé mercredi Amnesty International dans un communiqué. «Les forces gouvernementales bombardent (...) maintenant systématiquement les villes et villages, ayant recours à des armes lourdes qui ne peuvent viser des cibles spécifiques, sachant que les victimes de telles attaques aveugles sont presque toujours des civils», a indiqué Donatella Rovera, principale conseillère d'Amnesty International pour les situations de crise.

«De telles armes ne devraient jamais être utilisées contre les zones résidentielles», a ajouté Mme Rovera, qui s'est récemment rendue dans le nord de la Syrie. L'ONG basée à Londres estime que les violences dans les villes d'Idleb et Jabal al-Zawiya, dans le nord-ouest du pays, ainsi qu'à Hama (centre), sont peu médiatisées contrairement à celles qui sont perpétrées à Damas ou Alep, la deuxième ville du pays.

Le 16 septembre, huit civils, dont cinq enfants, ont été tués et de nombreuses autres personnes blessées dans une série de frappes aériennes à Kafr Awayed, dans la région de Jabal al-Zawiya. Des habitants ont raconté à Amnesty que sept des victimes avaient été tuées à une fête de mariage et dans des maisons proches, et qu'un garçon de six ans avait péri en achetant son pain.

Elle fait état «au quotidien de bombardements, de frappes à l'artillerie et au mortier», indique le communiqué. L'ONG se base sur une enquête de terrain menée en septembre qui a recensé des attaques ayant tué 166 civils, dont 48 enfants et 20 femmes.

Trois civils turcs blessés par des tirs provenant de Syrie

Trois habitants de la ville turque d'Akçakale (sud-est) ont été blessés par des tirs provenant du poste-frontière syrien de Tall al-Abyad, où les rebelles syriens affrontent depuis mardi les forces régulières, a rapporté mercredi la chaîne privée NTV.

Un des trois blessés, une femme, était dans un état grave, selon NTV, citant le maire d'Akçakale (province de Sanliurfa) Emre Akgün. Les autorités turques ont décrété la fermeture des écoles de la ville pour la journée par mesure de sécurité, a ajouté la chaîne.

Plusieurs impacts de balles ont été constatés sur les murs d'une école d'Akçakale, a de son côté indiqué l'agence de presse Anatolie. Les combats ont repris mercredi, après une accalmie durant la nuit, a ajouté l'agence.

D'intenses combats ont éclaté mardi après-midi entre l'armée syrienne et les rebelles de l'Armée syrienne libre (ASL) qui tentaient de prendre le contrôle du poste frontière de Tall al-Abyad.

Des bruits de mitrailleuses lourdes et d'obus s'entendaient depuis le côté turc de la frontière et des témoins visuels en Turquie ont affirmé avoir vu des hélicoptères de l'armée syrienne participer aux combats.

«Nous avons la confirmation que les forces du régime bombardent le village, et que les rebelles se sont emparés d'au moins une partie du poste-frontière», a déclaré mardi soir Rami Abdel Rahman, directeur de l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), basé à Londres.

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