Etats-Unis: Le renseignement essaie de limiter la casse

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Etats-UnisLe renseignement essaie de limiter la casse

Confrontée à une pression croissante du Congrès depuis les révélations d'Edward Snowden, la Direction américaine du renseignement (ODNI) a déclassifié mercredi des documents secrets.

En rendant publics quelques documents peu avant une audition de responsables de la Justice et du Renseignement devant la commission judiciaire du Sénat, son directeur James Clapper affirme agir dans «l'intérêt d'une transparence accrue», dit l'ODNI dans un communiqué, jouant le jeu de la transparence près de deux mois après le début de la tempête provoquée par l'ancien consultant de la NSA, Edward Snowden.

Par ailleurs, l'affaire Snowden n'a provoqué ni limogeage ni démission au sein de l'Agence américaine de sécurité nationale (NSA), a déclaré le directeur adjoint de la NSA, John Inglis.

L'un des documents rendus publics est l'autorisation de la Cour de surveillance du renseignement étranger (FISC) délivrée le 25 avril 2013 et obligeant l'opérateur téléphonique Verizon à livrer chaque jour pendant trois mois l'ensemble des métadonnées (numéro appelé, durée des appels) à la NSA. Edward Snowden s'est fait connaître en révélant l'existence de ce document le 5 juin dans le quotidien «The Guardian».

Plusieurs documents

Le programme de collecte des métadonnées téléphoniques a été créé dans le cadre de la lutte antiterroriste, mais ses détracteurs estiment qu'il constitue une violation du droit à la vie privée des Américains.

Un autre document déclassifié date de 2011 et présente ces programmes de surveillance dans une sorte de plaidoyer pour le renouvellement de leur autorisation. Le programme de collecte des métadonnées a été renouvelé jusqu'en 2015.

Lors de l'audition mercredi matin devant la commission sénatoriale, le numéro deux du département de la Justice, James Cole, a plaidé que «le gouvernement pouvait rechercher les données seulement s'il avait une suspicion argumentée que le numéro de téléphone recherché était associé avec certaines organisations terroristes».

«Cela doit être documenté. Si ça ne l'est pas, vous ne pouvez y accéder», a-t-il ajouté. En 2012, sur les milliards de données stockées, des recherches n'ont été effectuées que sur «300 identifiants uniques» qui ont abouti à 12 rapports au FBI.

Russie, Chine ou Venezuela

«Nous essayons constamment d'atteindre le bon équilibre entre protection de la sécurité nationale et protection de la vie privée et des libertés publiques. Nous pensons y être arrivés», a estimé M. Cole.

Mais, citant des documents donnés par Edward Snowden, le «Guardian» a affirmé mercredi qu'un programme secret de la NSA, baptisé XKeyscore, permet de surveiller «à peu près tout ce qu'un utilisateur» fait sur le réseau. XKeyscore permet de surveiller en temps réel les courriels, les recherches ou l'utilisation des réseaux communautaires effectuée par une cible donnée.

Le programme repose sur l'utilisation de quelque 500 serveurs disséminés dans le monde, y compris en Russie, en Chine ou au Venezuela.

Appel

Contrairement aux autres systèmes de surveillance dont l'existence a déjà été révélée, il offre la possibilité de travailler sans connaître un identifiant «fort» d'une cible - son adresse mail par exemple.

XKeyscore permet par exemple de remonter jusqu'à une personne à partir d'une simple recherche effectuée sur internet. Selon les documents, le logiciel a permis aux agents américains de capturer «plus de 300 terroristes», affirme également le quotidien britannique.

Les sénateurs n'ont eux pas interrogé les responsables de la Justice et du Renseignement sur ces nouvelles révélations. Le président de la commission, le démocrate Patrick Leahy a toutefois rappelé le besoin d'avoir des «réponses directes» aux questions des élus.

Vote récent

Il a mis en question l'utilisation des programmes de collectes de métadonnées.

La Chambre des représentants a la semaine passée déjà envoyé un premier coup de semonce en rejetant à quelques voix près une proposition visant à réduire les fonds alloués aux programmes d'espionnage, notamment de collecte des métadonnées.

La succession des charges a amené le juriste en chef de l'ODNI, Robert Litt, à esquisser une concession: «nous sommes prêts à réévaluer ce programme de façon à ce qu'il puisse peut-être donner davantage confiance et avoir la confiance du public». (ats)

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