Actualisé 19.01.2012 à 12:12

logementLe retour forcé chez Maman

De plus en plus de jeunes adultes reviennent au foyer parental faute de logement. Témoignages et conseils pratiques.

de
Caroline Stevens
Contrairement à ses contemporains, Tanguy ne souhaite absolument pas quitter ses parents; une situation qui posera problème à ses géniteurs.

Contrairement à ses contemporains, Tanguy ne souhaite absolument pas quitter ses parents; une situation qui posera problème à ses géniteurs.

Olivier a 31 ans. Suite à une rupture amoureuse il y a 6 mois, il a dû quitter son appartement genevois pour retourner vivre chez son père. Malgré une situation professionnelle et des revenus confortables, ses recherches d'un logis sont restées vaines. «Payer 1700.- pour un 2 pièces déguisé en 3 pièces ne m'intéresse pas», lance-t-il.

Dépité, le jeune homme reconnaît toutefois avoir de la chance: «cette situation me permet de faire des économies même si je mets ma vie intime entre parenthèses.»

Juliette a 32 ans, est genevoise et rêve de trouver un appartement entre Lausanne et Genève. Désireuse d'être indépendante, elle a préféré s'exiler à St-Gall plutôt que de rester chez papa et maman.

Didier, 35 ans, est retourné chez sa mère après un licenciement. Actuellement sans emploi, il espère bientôt emménager en colocation à défaut de signer un bail.

Tout comme ces derniers, de plus en plus d'adultes se retrouvent sur le carreau du jour au lendemain. Rupture, licenciement ou sur-endettement font partie des raisons qui poussent certains à retourner vivre chez leurs parents. Selon les derniers chiffres de l'Office fédéral de la statistique, le taux de vacance pour la région lémanique avoisine les 0,25%; trouver un appartement décent dans ces conditions ressemble à une quête du graal.

Contacté hier, François Felix, du Service social de Lausanne botte en touche: «Notre rôle est d'intervenir dans les situations d'explusion. Dans les cas les plus extrêmes l'hébergement d'urgence reste le dernier recours», conclue-t-il.

Retourner chez papa et maman pour quelques temps, pourquoi pas? L'essentiel étant de garder son autonomie.

Des conseils pour survivre en famille

Unanimes, les psychologues insistent sur l'importance du respect de certaines règles afin d'éviter de retomber dans la relation parent-enfant. Éviter la dépendance affective en continuant à fréquenter ses amis est capital. Limiter la perte d'autonomie en mangeant régulièrement à l'extérieur fonctionne. Faire soi-même sa lessive, participer aux travaux domestiques sont autant de manières de cultiver sa propre autonomie. Enfin, proposer de payer une partie des frais de logement est souvent bien accueilli.

Aspects positifs du come back

- Vivre dans un appartement propre. S'endormir dans des draps qui sentent bon, ne pas avoir à regarder où l'on met les pieds ça n'a pas de prix!

- S'entendre dire le soir en rentrant: «Qu'est-ce que tu veux manger mon chéri?»

- Profiter d'un frigo toujours rempli et d'une cave digne des plus grands sommeliers sans débourser un kopek.

- Retrouver son linge lavé et repassé sur le coin de son lit pour les plus chanceux.

- Inviter ses amis dans un lieu digne et confortable lorsque les parents s'absentent.

- Faire des économies, prévoir un voyage en Thaïlande ou une nouvelle voiture.

- Souffler, ne plus avoir à se préoccuper des factures d'électricité.

Un peu de bon sens et du doigté

Psychologie. Pour la psychanalyste Nicole Prieur, la qualité du séjour dépend de plusieurs variables: «Quand on a quitté la maison dans de bonnes conditions, il y a des chances que cela se passe bien. Si on est parti pour fuir une relation difficile, mieux vaut savoir que cela ne se rattrape pas par le simple fait de revenir» explique-t-elle. Aux dires de la spécialiste, le séjour ne devrait en principe pas dépasser six mois, un temps suffisant pour se reconstituer après une rupture et se remettre sur les rails. Enfin, «si tout le monde est sur la même longueur d'onde en considérant qu'il s'agit d'un cas de force majeure, les tensions seront minimes» conclue-t-elle. Les situations de crise peuvent avoir de bons côtés en favorisant les échanges transgénérationnels.

En Europe aussi

Dans les pays du bassin méditérannéen, vivre chez ses parents passé l'âge de la majorité est monnaie courante. Selon les derniers chiffres d'Eurostat, 50% des 20-35 ans de Grèce, d'Espagne, du Portugal et d'Italie résident encore chez leurs géniteurs. En France, selon l'Institut national des statistiques et des études économiques (Insee), 5% des habitants sont confrontés à une période durant laquelle ils ne disposent pas d'un logement propre. En cas de crise, les proches prennent en général le relais.

Profiter d’un frigo toujours rempli, l'un des avantages du come back.

Les crises peuvent favoriser les rapports intergénerationnels.

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