Actualisé 02.06.2014 à 18:45

EspagneLe roi Juan Carlos quitte le pouvoir

A 76 ans, le roi d'Espagne abdique, a annoncé lundi le Premier ministre Mariano Rajoy. Il le fait au profit de son fils, le prince Felipe.

Le roi d'Espagne Juan Carlos a surpris lundi en annonçant qu'il abdiquait au profit de son fils, le prince Felipe. Ce dernier devra revigorer une monarchie discréditée par de récents scandales et convaincre ses futurs sujets confrontés à la crise et au chômage.

Le prince des Asturies, 46 ans, sera roi d'Espagne sous le nom de Felipe VI. Avec la future reine, la princesse Letizia, il devra prouver sa légitimité au pays. Le couple à deux filles: Leonor, qui va devenir l'héritière de la couronne d'Espagne, et Sofia.

Felipe représente de plus en plus souvent son père dans les cérémonies officielles. La Maison royale met en avant l'image préservée du futur souverain, longuement préparé au métier de roi, parlant couramment l'anglais et plusieurs autres langues.

Il a «la maturité, la préparation et le sens de la responsabilité nécessaires», a assuré son père Juan Carlos. Il s'est exprimé lundi lors d'une allocution télévisée.

Le visage grave, le monarque de 76 ans a également exprimé toute sa «gratitude» au peuple espagnol. Durant cette émission, il a révélé qu'en janvier il avait «estimé que le moment était venu de préparer la relève».

Il a aussi évoqué la soif «en nous d'un élan de renouveau, de dépassement, de correction des erreurs (...) Une nouvelle génération réclame à juste titre de jouer un rôle de premier plan», a déclaré Juan Carlos qui aura été durant près 39 ans roi d'Espagne.

Conseil des ministres

Dans une lettre, le roi avait informé auparavant le chef du gouvernement Mariano Rajoy de sa décision. Ce dernier a donc convoqué pour mardi un conseil des ministres extraordinaire car l'abdication implique d'approuver «une loi organique», a-t-il expliqué.

«J'espère que dans un délai très court, la Chambre des députés pourra approuver la nomination en tant que roi» du prince Felipe, a ajouté M. Rajoy. Et d'ajouter ce commentaire: le roi Juan Carlos «fut le plus grand promoteur de notre démocratie».

Il s'est dit «convaincu que c'est le meilleur moment pour un changement», alors que le sentiment anti-monarchique progresse dans le pays. Les partis de gauche et opposés aux élites ont obtenu des scores prometteurs aux élections européennes du 25 mai.

Quelques scandales

Juan Carlos est monté sur le trône à 37 ans, au décès du dictateur Francisco Franco en novembre 1975. Ce dernier l'avait désigné comme son dauphin. Le roi a construit sa popularité en menant la transition de l'Espagne vers la démocratie. Sa fin de règne a toutefois été marquée par quelques scandales.

D'abord le scandale judiciaire qui frappe sa fille cadette, Cristina, 48 ans, mise en examen pour fraude fiscale et blanchiment d'argent. Son gendre, Iñaki Urdangarin, est soupçonné de corruption: la justice lui reproche d'avoir détourné six millions d'euros (plus de 7,3 millions de francs) par le biais de sa fondation.

Chasse à l'éléphant

Autre scandale: la luxueuse partie de chasse à l'éléphant du printemps 2012 au Botswana qui serait restée secrète si le roi n'avait pas été rapatrié d'urgence après une chute. Ce safari avait choqué les Espagnols plongés dans la crise.

Par ailleurs, le roi a eu de multiples ennuis de santé. Juan Carlos a subi plusieurs opérations ces dernières années. Il a eu des difficultés à s'exprimer lors d'un important discours cette année.

Tentative de coup d'Etat

Juan Carlos a passé une partie de son enfance à Fribourg et à Lausanne. Le 23 février 1981, le jeune monarque avait marqué ses sujets en déjouant une tentative de coup d'Etat. Dans un message télévisé, il avait ordonné aux officiers putschistes de la Garde civile qui occupaient alors le Parlement de rentrer dans leurs casernes.

Pendant des années, les manières simples de cet homme réputé proche de son peuple lui ont valu l'affection des Espagnols. Le roi a aussi été un grand sportif, appréciant notamment la voile.

Décrit comme «un ambassadeur de luxe pour l'Espagne» grâce à de bonnes relations avec maints dirigeants, le roi s'était encore rendu à la mi-mai en Arabie saoudite pour y rencontrer des responsables dans le but de favoriser les relations commerciales entre les deux pays. (ats)

Hollande salue Juan Carlos

Le président François Hollande a rendu hommage au roi d'Espagne Juan Carlos qui a abdiqué lundi, saluant l'«artisan de la Transition après la dictature franquiste» qui, «durant près de trente-neuf années de règne, a incarné l'Espagne démocratique». «Artisan de la Transition après la dictature franquiste, il a mené son pays sur le chemin des libertés civiles et politiques, de l'intégration européenne et de la modernité», a également affirmé M. Hollande après s'être entretenu lundi matin avec Juan Carlos qui «lui a fait part de sa décision d'abdication», a précisé la présidence française dans un communiqué.

QUIZ

Durant son long règne (1975-2014), le roi d'Espagne Juan Carlos a fait parler de lui à plusieurs reprises. Retour sur quelques «temps forts» dans notre quiz. Participez!

Juan Carlos uni à la Suisse

Le roi d'Espagne Juan Carlos a passé une partie de son enfance à Fribourg et à Lausanne. C'est dans le chef-lieu du canton de Vaud qu'il a demandé Sofia de Grèce en mariage. Juan Carlos s'était rendu à Lausanne lors de sa visite d'Etat de deux jours en Suisse en mai 2011. Il y avait notamment été accueilli chaleureusement par la communauté espagnole. Sa précédente visite d'Etat remontait à juin 1979. «De touchants souvenirs familiaux m'unissent à la Suisse», avait alors déclaré le souverain espagnol. Exilé avec sa famille en raison de la dictature franquiste, Juan Carlos a vécu à Lausanne et Fribourg entre trois et huit ans. Il a demandé sa femme en mariage dans la cité vaudoise en 1961.

A l'occasion de sa visite d'Etat, le roi avait notamment assuré Berne de l'appui de l'Espagne «dans son processus d'amplification et de révision des accords bilatéraux avec l'Union européenne». Micheline Calmy-Rey, alors présidente de la Confédération, avait elle remercié le souverain espagnol pour ses bons offices auprès de la Libye dans l'affaire des otages suisses.

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