Affaire Kadhafi: Le rôle de Hans-Rudolf Merz sous la loupe

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Affaire KadhafiLe rôle de Hans-Rudolf Merz sous la loupe

Le président de la Confédération, Hans-Rudolf Merz, a eu raison d'affirmer que la Libye avait promis de libérer les deux otages suisses avant la fin août.

C'est ce qu'a expliqué mardi Geri Müller, président de la Commission de politique extérieure (CPE) du Conseil national, à l'issue d'une réunion avec Hans-Rudolf Merz et Micheline Calmy-Rey, la ministre des affaires étrangères. Pour sa part, la Commission de gestion (CdG) du Conseil national veut examiner à la loupe le rôle du président et du gouvernement.

Hans-Rudolf Merz ne s'est, de loin, pas seulement appuyé sur la célèbre lettre du premier ministre libyen Al Baghdadi Ali al Mahmoudi, mais également sur d'autres déclarations sous forme écrite ou de courriels, échangées durant les négociations suivant le 20 août dernier, a expliqué Geri Müller. La lettre a d'ailleurs été publiée mardi par la «Neue Zürcher Zeitung» (NZZ).

Il ressort que cette lettre n'est qu'une des nombreuses communications venues du côté libyen et qui permettaient de conclure à un retour rapide des deux hommes d'affaires suisses, a souligné Geri Müller. Les «mises à jour» de Hans-Rudolf Merz et Micheline Calmy-Rey à la suite de contacts individuels ont cependant clairement montré que les Libyens n'étaient pas toujours unanimes sur la suite de la procédure. Sur la base de ces éléments et de son expérience générale, Hans-Rudolf Merz pouvait à juste titre conclure qu'aucune raison fondamentale ne s'opposait plus à une libération rapide.

Chaque lettre d'intention signée contient aussi des conditions, a relevé Geri Müller. Si les choses se sont passées différemment, c'est qu'il y a d'autres raisons.

«Diplomatie silencieuse»

Le Conseil fédéral veut maintenant poursuivre sur le chemin de la «diplomatie silencieuse», a ajouté le président de la CPE. Les travaux sont en cours sous la direction du Secrétaire d'Etat Michael Ambühl et le tribunal arbitral est en voie de constitution, ce qui contribuera à une clarification de la situation. Geri Müller reconnaît qu'il a lancé un appel aux membres de la commission: «il faut laisser la balle au sol afin que les gens puissent travailler».

De son côté, la Commission de gestion du Conseil national va procéder à un examen à la loupe des aspects institutionnels de contrat conclu par Hans-Rudolf Merz avec la Libye. Cependant, la date de cet examen sera fixée en fonction de l'évolution de la situation, ont précisé les Services du Parlement.

Pour mémoire, la crise entre la Libye et la Suisse a éclaté après l'arrestation le 15 juillet 2008 dans un palace genevois d'Hannibal Kadhafi et de son épouse, Aline, qui était alors enceinte. Le couple, accusé par ses domestiques de maltraitance, a été libéré deux jours plus tard contre le versement d'une caution d'un demi-million de francs. La procédure pénale contre Hannibal Kadhafi a été classée en septembre 2008, suite au retrait des plaintes. A titre de représailles, la Libye retient deux hommes d'affaires suisses depuis plus d'une année.

Pas de soutien pour Genève

Le Grand Conseil vaudois a refusé mardi de voter une résolution de soutien à l'Etat de Genève dans l'affaire Kadhafi. Auteur de la proposition, Jérôme Christen (Riviera libre) estimait nécessaire ce geste de solidarité après que la souveraineté genevoise a été «bafouée» par le Conseil fédéral. Il n'a pas convaincu ses collègues de l'utilité de la démarche. (ap)

Examen de la lettre

Les commissions de politique extérieure du Parlement ont examiné mardi matin la lettre que Tripoli a adressée à la Suisse. Celle-ci peut être interprétée comme l'a fait Hans-Rudolf Merz, soit comme une promesse de libération des otages avant fin août, selon Geri Müller.

Dans la lettre, le premier ministre libyen Al-Baghdadi Ali al-Mahmudi explique qu'il «pense» que les deux Suisses pourront être bientôt relâchés, a dit M. Müller. Cette formulation pouvait tout à fait laisser croire à un dénouement rapide, selon le Vert argovien.

Mais il n'y a jamais eu de promesse à 100%, a ajouté le président de la commission du National. Selon lui, quelque chose a manifestement empêché la libération dans les délais attendus.

Et d'ajouter que la procédure continue et qu'il ne sert à rien de débattre maintenant sur les termes exacts de la lettre. Par contre, ce serait «bête» qu'un procès contre les deux Suisses retenus à Tripoli ait lieu, selon lui.

La lettre a été publiée mardi par plusieurs médias alémaniques. Le Département fédéral des finances a confirmé l'extrait de la version anglaise du texte qui évoque le sort des deux Suisses.

Conseillers fédéraux muets

Présents, les conseillers fédéraux Hans-Rudolf Merz et Micheline Calmy-Rey n'ont pas fait de commentaire à leur sortie de la séance. Les deux ministres ont répondu aux questions des parlementaires, dont certains ont relevé que la patience de la Suisse a atteint ses limites, a indiqué Geri Müller à la presse.

Ce dernier a encore souligné que la communication entre les deux pays passe actuellement par des hauts et des bas mais que la Suisse n'est pas le seul pays à être confronté à ce genre de situation. Et d'espérer un déblocage ces prochains jours. Les signes en provenance de la Libye ne sont pas vraiment mauvais, selon M. Müller.

Nouvelles investigations

La commission de gestion du National va par ailleurs se pencher sur l'affaire Kadhafi. Elle entend mettre l'accent sur le rôle du Conseil fédéral et du président de la Confédération dans la conclusion de l'accord passé avec la Libye.

La commission travaillera conjointement avec son homologue du Conseil des Etats. Elle commencera ses investigations en fonction de l'évolution de la situation.

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