Actualisé 14.09.2012 à 14:27

Armée suisse

Le service militaire restera obligatoire

Le service militaire devrait rester obligatoire. Le Conseil fédéral a rejeté vendredi l'initiative populaire du Groupe pour une Suisse sans armée (GSsA) visant à supprimer ce modèle, sans lui opposer de contre-projet.

Des membres du Groupe pour une Suisse sans armée (GSsA)se mobilisent.

Des membres du Groupe pour une Suisse sans armée (GSsA)se mobilisent.

Le service militaire devrait rester obligatoire. Le Conseil fédéral a rejeté vendredi l'initiative populaire du Groupe pour une Suisse sans armée (GSsA) visant à supprimer ce modèle, sans lui opposer de contre-projet.

Pour le GSsA, l'obligation de servir est désuète. Elle ne permet pas de répondre aux défis actuels en matière de sécurité et est contraire à l'égalité des sexes.

L'objectif de son initiative est ainsi d'aboutir à une armée de milice volontaire. Elle demande parallèlement de créer un service civil volontaire. Celui-ci serait ouvert à toute la population. Quant à la taxe militaire, elle devrait être abrogée.

Plus efficace et meilleur marché

Une armée de milice couplée à l'obligation de servir reste le modèle le plus efficace et le meilleur marché, a affirmé le ministre de la défense Ueli Maurer devant la presse. Le passage à un système volontaire mettrait en danger la sécurité du pays. Les effectifs de l'armée dépendraient en effet de la bonne volonté de la population.

Si la situation économique se péjore, les soldats afflueront mais si elle s'améliore, les gens préféreront un emploi civil, a prédit le conseiller fédéral. Le menace frappera aussi les effectifs de cadres militaires. Les prestations exigées demandées à l'armée, en temps de paix comme en temps de guerre, risquent donc de ne plus être garanties.

Pas une armée de «rambos»

Ueli Maurer a aussi brandi la menace de voir l'armée ne recruter que de «rambos» et des extrémistes. Finie le rôle de creuset social et régional. Le contrôle sera plus difficile à opérer car il n'y aura plus autant de voix critiques au sein des militaires.

A plusieurs reprises, le ministre de la défense s'est interrogé sur le profil qu'auraient les volontaires. Et de noter que le Royaume-Uni allait les chercher dans les prisons et l'Espagne en Amérique du Sud.

Devoir de tous

Bref, pour le conseiller fédéral, la confiance de la population envers les soldats serait mise à mal avec le modèle prôné par le GSsA, qu'il n'a pas manqué d'accuser de vouloir, à terme, supprimer l'armée. La sécurité de l'Etat ne peut être déléguée à des volontaires, c'est le devoir de tous les citoyens, a-t-il affirmé.

Selon le gouvernement, l'obligation de servir, par laquelle les citoyens s'engagent pour le bien commun, fait partie intégrante de l'identité suisse. Ce principe est fortement ancré au sein des institutions politiques. L'ensemble du système repose sur l'idée que les droits sont liés à des devoirs.

La milice présente de nombreux autres avantages. Elle permet de mobiliser rapidement le nombre nécessaire de troupes en fonction de la menace. Les soldats apportent en outre de vastes compétences civiles.

Une armée de professionnels

La forme que prendrait l'armée si l'initiative devait être acceptée reste confuse. Le ministre de la défense s'est interrogé sur la différence entre une armée de volontaires devant être indemnisés et une armée de professionnels.

Selon lui, le système proposé ne changera rien au problème des Suisses qui préfèrent se faire réformer. Actuellement, 65% des conscrits sont déclarés aptes au service, 15% sont dirigés vers la protection civile et 20% déclarés inaptes. Ces proportions restent stables depuis 15 à 20 ans et ne devraient pas changer, a dit Ueli Maurer.

Le GSsA focalisé sur la campagne pour son initiative

Selon le Groupe pour une Suisse sans armée (GSsA), qui se réjouit de la campagne à venir, le rejet de l'initiative sur l'armée montre l'entêtement du gouvernement. Les associations suisses d'officiers et de sous-officiers qualifient le but poursuivi par le GSsA de «trompeur».

«Cette opposition montre que le Conseil fédéral est encore attaché à un concept militaire totalement dépassé», a communiqué vendredi le GSsA. Depuis la fin de la Guerre froide, l'armée cherche sans arrêt de nouvelles tâches pour justifier ses dépenses massives, a-t-il précisé.

L'initiative «Oui à l'abrogation du service militaire» constitue pour les électeurs une opportunité de se prononcer sur un principe «que la hiérarchie militaire veut maintenir à tout prix». Le GSsA dit se réjouir d'une campagne qui ébranlera ce principe.

«Un but trompeur»

«Le but poursuivi par le GSsA est trompeur, s'agissant non pas de supprimer l'obligation de servir mais, comme l'indique son nom sans équivoque, l'armée», ont déclaré la Société suisse des officiers (SSO) et l'Association suisse des sous-officiers (ASSO) vendredi dans un communiqué.

Pour les deux associations, seule la milice fondée sur l'obligation de servir garantit une stratégie sécuritaire adaptée aux besoins, étant donné la neutralité et la non-participation aux alliances militaires préconisées par la Suisse. «La SSO et l'ASSO s'engageront avec force dans la campagne à venir, s'agissant d'un thème central pour l'avenir de notre pays», ont-elles assuré. (ats)

Disparition progressive de la conscription obligatoire en Europe

Le service militaire obligatoire constitue un modèle en voie de disparition dans les pays développés. La Suisse et l'Autriche font exception en Europe centrale, alors que les pays voisins ont adopté la formule de l'armée de métier.

Les Autrichiens se prononceront le 20 janvier 2013 en consultation populaire au sujet de l'abolition du service militaire. Le modèle obligatoire est encore en vigueur en Norvège, Finlande, Estonie, Russie, Biélorussie, Ukraine, Grèce, Chypre et Turquie.

Les autres pays d'Europe, ainsi que leurs alliés au sein de l'OTAN - le Canada et les Etats-Unis - ont désormais des forces armées formées de volontaires. L'Islande ainsi que les principautés de Monaco, Andorre et Saint-Marin n'entretiennent pas d'armée.

En 2011, la Suède, la Serbie et l'Allemagne ont abandonné à leur tour la conscription obligatoire au profit du service militaire volontaire. Alors que les pays anglo-saxons supprimaient l'obligation de servir dans les années 1960 et 1970 déjà, la plupart des Etats ont suivi leur exemple dès la fin de la Guerre froide.

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