Jérôme Rudin: «Le sexe est l'un des dangers liés au succès»
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Jérôme Rudin«Le sexe est l'un des dangers liés au succès»

Ancien artiste romand chouchou de la jet-set, le Vaudois Jérôme Rudin veut, à 36 ans, se concentrer sur ses peintures plutôt que sur les femmes.

par
Grégoire Corthay
Jérôme Rudin explique gagner l'équivalent du salaire d'un ouvrier de chantier grâce à ses oeuvres.

Jérôme Rudin explique gagner l'équivalent du salaire d'un ouvrier de chantier grâce à ses oeuvres.

«Je me réjouis de vieillir. J'ai de moins en moins de besoin, à part celui de peindre. Le sexe est l'un des dangers liés au succès. Il éloigne de la toile. Du réel. Alors je préfère le compter en jours, en parenthèses, plutôt que de l'associer à tous les instants de ma vie», confie l'artiste dans l'ouvrage «Jérôme Rudin. Peindre, c'est tout».

Dans ce livre d'entretiens avec le journaliste et romancier Jean-François Fournier, Jérôme Rudin (36 ans) relate avoir eu plus jeune «de somptueuses maîtresse avec qui j'ai aimé partager les jeux de l'amour». Il souligne toutefois que cela n'allait pas sans problème. «Forcément les questions d'argent intervenaient dans le cursus de nos rapports, puisqu'à l'époque j'en avais beaucoup et qu'il me brûlait les doigts», raconte-t-il.

«Je gagnais jusqu'à 100'000 francs par jour»

«Il y a quelques années, lorsque je fréquentais la jet-set à Miami, je vendais parfois pour 100'000 francs de mes toiles en une seule journée!», nous précise-t-il. A cette époque, il explique avoir été «saisi par l'insolence de l'argent». Depuis la roue a toutefois tourné reconnaît l'artiste controversé.

«Actuellement, après toutes les déductions entre les frais de matériel, la location de l'atelier et ce que touchent les galeristes (n.d.l.r.: jusqu'à 50% du prix d'une toile vendue en galerie. Les tableaux signés Rudin sont commercialisés entre 1600 et 15'000 francs pièce selon leur taille), à la fin je gagne le salaire d'un ouvrier de chantier. Mais, ce n'est déjà pas si mal. Pouvoir vivre de son art en Suisse est déjà un luxe!», relève-t-il.

«Même si j'étais clochard, je continuerais à dessiner!»

Il précise que l'essentiel pour lui est de pouvoir, quelle que soit sa situation financière, continuer à s'exprimer artistiquement: «Même clochard, dans 20 ans, je dessinerais chaque jour à la pierre sur des piliers d'autoroute! Personne, même pas la mort, ne me volera la peinture. J'emmènerai brosses, pinceaux et couleurs dans l'au-delà», raconte-t-il dans le livre.

Jérôme Rudin affirme aussi que les femmes – plutôt mûres – avec qui il se montrait à une certaine époque s'intéressait à son art et pas simplement à son physique de «Brad Pitt de la peinture».

Il a séduit le prince Albert

«Je suis peintre pas jet-setter! J'ai adoré et j'adore fréquenter le beau monde. Mais Ivana Trump, Ursula Andress, Ornella Mutti ou Françoise Sagan se seraient affichées à mon bras si je n'avais pas été l'un des mille et un provocateurs dragueurs qui faisaient la déco de leurs nuits de fête ? Idem pour le prince Albert de Monaco… Tous ces gens m'ont toujours approché pour parler peinture, parce qu'ils avaient ressentis des émotions sincères devant l'une ou l'autre de mes toiles», se défend le Vaudois.

«Rudineries»

Lors de ses entretiens avec Jean-François Fournier, Jérôme Rudin s'est quelque peu lâché. Extraits:

- «J'ai toujours avancé à contre-courant, car c'est ainsi qu'on prend de l'avance»

- «Je sais que ça choque des collègues peintres, mais Jérôme Rudin, c'est presque une marque».

- «Il y a peu de femmes au sommet du monde artistique. (...). Ce n’est pas être misogyne de le dire. C'est un constat, et comme je ne suis ni historien d’art ni sociologue, je n’ai pas de réponse qui fasse autorité à cette question.»

- «Pourquoi serais-je forcément un petit con parce qu’on m'a vu au bras de Madame Ivana Trump?»

- «J'ai brûlé les étapes, grandi trop vite. Et alors? Je ne vais pas m'excuser d'avoir de la facilité»

- «Je ne suis pas prêt d'oublier mes errances passées. Les paillettes, le champagne, les langoustes, c’est une partie de moi, pourquoi le nier».

- «On peut trouver magnifique l'histoire d’Yves Saint-Laurent et de Pierre Bergé sans être gay...»

- «Je n'ai que faire des intelligentsias, du journalisme bobo-gaucho-ronronnant»

- «Contrairement à ce que peuvent dire des critiques qui n’ont jamais pris la peine de me rencontrer, ou d’autres artistes qui me jalousent, je ne fais rien pour l'argent».

- «Je vis toujours chaque vente de tableau comme une formidable récompense».

- «La mort, je la crucifie sur les toiles et mes sculptures pour mieux m’en distancer».

- «Tout notre système fédéral encourage la médiocrité, la médiocratie».

- «Lausanne est une ville, une épouse de béton, qui n’a jamais rendu un homme heureux, à plus forte raison un artiste».

- «L'acte de composer un tableau est forcément chargé de sexualité».

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