A Genève, le syndicat SIT veut en finir avec le «fléau» de la sous-traitance   
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GenèveLe SIT veut en finir avec le «fléau» de la sous-traitance

Le syndicat a dénoncé un cas, à Onex, où une société traînant de multiples casseroles a obtenu un chantier. Il y voit l’illustration d’un problème général.

par
Jérôme Faas
Les syndicalistes du SIT, ce jeudi matin, devant le chantier où la société incriminée officie.

Les syndicalistes du SIT, ce jeudi matin, devant le chantier où la société incriminée officie.

20 min / jef

«Il s’agit vraiment d’un cas d’école.» Ce jeudi, le syndicat SIT, qui combat depuis vingt ans «le fléau» de la sous-traitance abusive dans le bâtiment, a mené une action devant un chantier d’Onex. Elle y a montré du doigt la société de coffrage Eka Sàrl, qui y officie en tant que sous-traitante alors qu’elle traîne de multiples casseroles: arriérés de salaires, impayés aux impôts et à la Suva, notamment.

Concurrence féroce

Le SIT, par la voix de Martin Malinovski, secrétaire syndical, s’inquiète du mécanisme. «Des entreprises, dans le coffrage et le ferraillage, se sont spécialisées dans ces tâches sous-traitées. Elles se livrent une concurrence féroce à la baisse en ne respectant pas la CCT, en usant de faux temps partiels, de déclarations partielles aux assurances sociales. Des salaires de misère sont versés aux travailleurs», pour la plupart des sans-papiers originaires des Balkans. Or, juge le SIT, les entreprises générales «ont une responsabilité. Quand on sous-traite à des prix tellement cassés, on sait que payer les salaires n’est pas possible.»

Le syndicat s’offusque donc qu’Eka puisse encore obtenir des mandats, alors qu’elle est active depuis une quinzaine d’années au bout du lac et, affirme-t-il, connue du milieu comme le loup blanc. Il y voit la preuve que la responsabilité solidaire, ce principe qui veut que l’entreprise générale s’acquitte des salaires que son sous-traitant échoue à verser, «ne fonctionne pas».

L’attestation ne résout pas tout

Thierry Horner, secrétaire syndical, explique qu’il existe une attestation, nommée «multipack», délivrée par les associations patronales, certifiant qu’une société est en règle du point de vue du fisc, des cotisations sociales et de la Suva, notamment. «La loi impose aux entreprises de vérifier que leurs sous-traitants sont en règle, sinon, elles sont responsables de leurs créances. Pour le vérifier, elles doivent réclamer cette attestation multipack.» Eka ayant œuvré pour plusieurs sociétés genevoises ces derniers mois, Thierry Horner fait le raisonnement suivant: «Soit elle a obtenu une attestation de complaisance, soit aucun contrôle n’a été mené.»

Le patronat a déjà sévi

La première hypothèse tombe immédiatement. Le Groupement genevois d’entreprises du bâtiment et du génie civil (GGE), l’association patronale dont dépend Eka, indique ne plus lui avoir délivré d’attestation depuis 2021. «Les conditions pour obtenir l’attestation multipack sont les mêmes pour toutes les caisses patronales, et nous les avons appliquées de manière extrêmement stricte», détaille Peter Rupf, secrétaire du GGE. Il précise qu’un rapport portant sur cette entreprise sera justement soumis d’ici deux semaines à la commission paritaire, ajoutant «qu’en cas de grosses infractions, nous radions».

Absence de contrôle

Dans le cas d’Onex, c’est l’absence de contrôle qui a permis à Eka d’officier. L’un des responsables de PR Construction, qui a sous-traité de petits travaux de coffrage, explique leur avoir juste demandé de signer un document dans lequel ils promettaient d’être en règle, ignorant la nécessité de passer par l’attestation multipack. Il précise par ailleurs avoir cessé tout paiement dès que le syndicat l’a alerté. Thierry Horner le juge de bonne foi, mais y voit quand même un problème: «Son association faîtière l’a mal informé. Maintenant, il faut vraiment que cesse ce jeu de dupes avec le patronat.» Peter Rupf, pour sa part, assure que la branche «travaille sur cette problématique. Mais on est sabotés par les syndicats pour qui le marché doit être ouvert à tout le monde, même aux sans-papiers. Ceux qui crient au loup sont les mêmes que ceux qui créent le problème.»

Quant à Eka, celle-ci a été cédée à un liquidateur le 2 mai. Contacté, l’un de ses anciens gérants n’entend pas répondre aux accusations syndicales, et renvoie vers le nouveau propriétaire.

  

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