Actualisé 02.03.2016 à 23:49

EspagneLe socialiste Sanchez tente son pari quasi impossible

Le socialiste espagnol va tenter d'obtenir la confiance du Parlement pour former un gouvernement.

Pedro Sanchez.

Pedro Sanchez.

photo: Reuters

«Dernières retouches au discours. Un grand honneur de pouvoir vivre un moment comme celui-ci», a écrit sur Twitter cet économiste de 44 ans, quelques heures avant son discours, prévu à 16h30 (15h30 GMT).

Les socialistes sont arrivés en deuxième place aux élections générales du 20 décembre. Leur leader Pedro Sanchez est toutefois le seul à briguer le poste de Premier ministre.

Une candidature résultant d'une situation sans précédent depuis que l'Espagne a retrouvé en 1978 un régime démocratique marqué par l'alternance du Parti populaire (droite) et du Parti socialiste (PSOE).

Dans un pays traumatisé par plus de cinq ans de crise (2008-2013) et d'innombrables affaires de corruption, les grands partis ont dû lors des élections législatives faire de la place à deux nouveaux: Podemos (gauche radicale) et Ciudadanos (centre libéral), incarnant un élan populaire de régénération démocratique.

Mais la vitalité de la démocratie, avec 211 nouveaux députés sur 350, n'a pu éviter un blocage: le PP, au pouvoir depuis 2011, l'a emporté avec seulement 123 députés (28,7% des suffrages), pas assez pour gouverner seul et sans alliés.

Faute de soutiens, son président Mariano Rajoy, chef du gouvernement sortant, a renoncé.

Le roi Felipe VI a alors confié la tâche à Pedro Sanchez, dont le parti est arrivé deuxième mais avec le pire résultat de son histoire (90 sièges, 22%).

Une législature de changement

«Nous voulons que la législature puisse commencer et qu'il s'agisse d'une législature de changement», a déclaré mardi matin le bras droit de Pedro Sanchez, Cesar Luena.

Depuis des semaines, des élus socialistes estiment cependant en privé que sa tentative est vouée à l'échec.

Car pour obtenir l'investiture, il a aussi besoin de soutiens dont il ne jouissait pas mardi, une heure avant le démarrage du débat d'investiture.

Mariano Rajoy a promis que les élus du PP voteraient contre lui.

Le Parti socialiste a donc passé un accord avec les centristes de Ciudadanos.

Ils se sont accordés sur la défense de l'unité de l'Espagne face au séparatisme catalan et notamment en matière de lutte contre la corruption.

Mais les 90 élus du PSOE, soutenus par les 40 de Ciudadanos, ne lui suffisent pas pour être investi et tout semble reposer sur Podemos (65 députés) et ses alliés régionaux.

Or la gauche radicale refuse de l'aider, accusant Pedro Sanchez d'avoir donné aux libéraux le maintien de la flexibilité en matière d'emploi introduite par la droite, qui a drastiquement réduit les droits des salariés.

Faute d'investiture à la majorité absolue (176 votes) lors d'un scrutin prévu mercredi soir, Pedro Sanchez a droit à un second tour, vendredi. Là, il garde un espoir d'être investi à la majorité simple si Podemos et des élus indépendantistes acceptent de s'abstenir.

Non au changement, oui au Rajoy?

S'ils votent non «cela sera un non au changement et cela va commencer à devenir un oui à Rajoy», a déclaré M. Luena.

«L'électorat (de Podemos) est divisé sur cette question», explique le vice-président de l'institut de sondages Metroscopia Jose Pablo Ferrandiz.

Son calcul peut être de le laisser gouverner et ensuite de «cogner fort», ce qui lui permettrait de récolter les fruits de cette opposition et lui ravir la place à gauche, estime le politologue Fernando Vallespin.

Si Pedro Sanchez échoue, s'ouvre une période de deux mois au cours de laquelle d'autres négociations entre partis sont encore possibles et, en cas d'échec, de nouvelles élections seront organisées, en principe le 26 juin, avec des résultats qui risqueraient d'être assez semblables à ceux du 20 décembre, selon Jose Pablo Ferrandiz.

Sans un fragile gouvernement de Pedro Sanchez, l'Espagne s'enfoncerait encore dans l'incertitude pour plusieurs mois. (nxp/afp)

(NewsXpress)

Ton opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!