Coronavirus : Le sort des myrtilles finlandaises est inquiétant
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Coronavirus Le sort des myrtilles finlandaises est inquiétant

Face à la pénurie de main d’oeuvre étrangère, la Finlande emploie de nombreux compatriotes pour la cueillette. Mais les travailleurs manquent pour récolter les myrtilles.

Pour la première fois depuis 22 ans, Vesa Koivistoinen, propriétaire de la plus grande ferme de fraises de Finlande, emploie des compatriotes pour la cueillette: face à la pénurie de main d'oeuvre étrangère à cause du coronavirus, les producteurs locaux ont comme lui dû attirer des milliers de Finlandais.

«C'est une situation très inhabituelle», reconnaît ce fermier costaud aux lunettes noires, basé à Hollola dans le sud du pays, qui a dû s'organiser pour ne pas perdre ses récoltes estivales.

Cette année, au lieu de l'immense majorité, seul un tiers des 16.000 saisonniers habituels sont venus de l'étranger – et tous d'Ukraine, explique à l'AFP Kati Kuula, responsable d'un projet de recrutement au sein du principal syndicat agricole finlandais MTK.

A Hollola, en cette matinée ensoleillée de juillet, des centaines de petites mains de tout âge s'affairent à même la terre sur l'une des parcelles de la ferme. Sur les 350 Finlandais que M. Koivistoinen emploie exceptionnellement cette année, la majorité sont des étudiants de 15 à 20 ans. D'autres ont dû faire face au chômage à cause de l'épidémie.

L'une d'elles, Sari, une masseuse de 53 ans, a répondu à une offre d'emploi alors que son affaire a peu à peu sombré au printemps, faute de clients. «Je suis fille d'agriculteur et je travaillais dans les champs de fraises quand j'étais jeune donc je savais à quoi m'attendre», explique-t-elle.

Pour certains, comme Janne Erola, 29 ans, remplir une caisse de sept kilos prend «un peu plus d'une heure» et lui permet de gagner 8,40 euros. Le patron explique avoir accordé une prime salariale de 10% à ses travailleurs finlandais, alors qu'il les juge moins rapides que la main d'oeuvre ukrainienne expérimentée.

Le recrutement et les salaires plus élevés ont fait augmenter les coûts, mais M. Koivistoinen envisage volontiers d'employer des travailleurs locaux à l'avenir. «Nous voulions avoir la possibilité d'employer des Finlandais car beaucoup d'autres entreprises ne peuvent pas proposer d'emplois saisonniers cette année», assure-t-il.

C'est vraiment physique, et c'est assez loin de chez moi

Laura, 17 ans, employée

Mais ce travail physique et exigeant, conjugué à une météo souvent capricieuse, ne plaît pas à tout le monde. «C'est vraiment physique, et c'est assez loin de chez moi», déplore Laura, 17 ans, employée avec deux de ses camarades de classe Senni et Mohammed.

Le temps d'une pause, les doigts rougis par les fruits, Mohammed raconte qu'il avait eu une autre offre d'emploi au début de l'été. «Mais ils ont finalement dit qu'ils ne pouvaient pas me prendre pour cause de coronavirus».

Lorsque les restrictions de voyage liées au Covid-19 ont été mises en place au printemps, les organisations agricoles comme le gouvernement ont rapidement craint une pénurie de main d'oeuvre, lançant alors plusieurs campagnes de recrutement.

L'une d'elles, baptisée #Seasonwork (travail saisonnier) sur les réseaux sociaux et soutenue par le gouvernement, met en scène un couple blond et bronzé dans un champ de blé qui lance un appel à «toutes les paires de mains disponibles» pour «assurer la présence de nourriture nationale sur les tables finlandaises».

Myrtilles en danger

Si la main d'oeuvre locale est venue à la rescousse de la fraise, le sort des myrtilles, pierre angulaire de la culture finlandaise, semble lui plus inquiétant.

Chaque année, les industries finlandaises – de l'alimentation aux cosmétiques – ont besoin de 20’000 tonnes d'une variété européenne d'une myrtille qui n'est pas cultivée dans les champs mais pousse abondamment dans les forêts.

La plupart de ces baies sont généralement cueillies par des travailleurs thaïlandais présents dans le pays nordique pour quelques mois seulement – jusqu'à la fin de l'été. Restrictions de voyage obligent, aucun d'entre eux n'est arrivé cette année.

Pour combler ce manque, les réseaux sociaux invitent «chaque Finlandais en âge de travailler à ramasser un seau de myrtilles» pour éviter la perte entière d'une saison.

Les entreprises ne semblent toutefois pas rassurées et ont déclaré qu'elles importeraient leurs myrtilles de Pologne ou de Russie cette année... ce qui pourrait contribuer à une hausse des prix en magasins.

(AFPE)

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