Genève: Le sort d’une société utile, mais illégale, en votation
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GenèveLe sort d’une société utile, mais illégale, en votation

Le 29 novembre, les citoyens diront s’ils régularisent – ou pas – une entreprise de recyclage de déchets de chantiers située en zone agricole.

par
Jérôme Faas
L’avenir de la Sablière du Cannelet en jeu

Les Genevois se prononcent sur le déclassement de la zone.

mpo

La Sablière du Cannelet, sise à Avusy, recycle 25% des matériaux de démolition du canton, soit 150’000 tonnes par an. Le hic: cette activité industrielle n’a jamais été autorisée (lire l’encadré). La seule façon de la régulariser consiste à déclasser les 2,5 ha de zone agricole où elle se trouve. Sinon, le site devra fermer. Les Genevois se prononceront le 29 novembre.

Fait notable, alors que la zone agricole de l’exigu canton du bout du lac subit de fortes pressions, le sujet divise presque tous les partis, qui d’ailleurs l’admettent sans fard, jusqu’aux milieux de l’environnement: Pro Natura combat ouvertement le déclassement au nom de la protection de la zone agricole, alors que le WWF le soutient discrètement, ce qu’il a d’ailleurs écrit au Grand Conseil en 2016, au nom des capacités genevoises de recyclage de déchets minéraux.

«Il faut respecter les lois»

Les tenants du non, craignant de créer un précédent, en font une question de principe. «Il s’agirait d’un très mauvais signal: faisons des trucs illégaux, un jour ou l’autre on pourra s’arranger», estime le député Vert Philippe Poget. «Si ce mitage de la zone agricole est avalisé, à terme, cela se produira ailleurs dans le canton», prophétise Christian Étienne, le président de l’association Grain de Sable de la Champagne. Le député PLR François Wolfisberg assure n’avoir rien contre l’entreprise, dont il espère la survie, «mais ici, malheureusement, l’argument massue est de ne pas créer de précédent. Il faut respecter les lois.»

Les autres appellent au pragmatisme, le Conseil d’État affirmant qu’aucune installation genevoise ne pourrait absorber ces gravats. «Il n’existe pas d’alternative crédible dans le canton. Le risque est que ces déchets soient exportés. Or, l’avenir de l’économie circulaire passe par des solutions de proximité», juge Nicolas Rufener, secrétaire général de la Fédération des métiers du bâtiment. Le député PDC Jacques Blondin, issu du monde agricole mais conscient des réticences de ce dernier sur le sujet, plaide aussi pour le statu quo. «Si on en est là, l’entreprise n’y est pour rien, c’est parce que l’État n’a jamais trouvé de solution. On recycle de plus en plus, cela paraît intelligent de conserver ce site. Là, on règle une histoire vieille de trente ans, point barre. La zone agricole, on n’y touchera plus.»

«On n’a pas cherché de plan B»

Les communes riveraines (Avusy, Laconnex, Soral et Cartigny), dont l’avis s’aligne sur celui de Christian Étienne, contestent la nécessité de l’exploitation. «Ce n’est pas qu’il n’y a pas de plan B, c’est juste qu’on n’a pas fait l’effort d’en trouver un», estime le président de Grain de Sable. Il rappelle le récent déclassement du Pré-du-Stand, refusé de justesse en votation, un dossier pour lequel une alternative, présentée alors comme impossible, semble émerger. «Créer une zone industrielle en pleine nature n’est pas rationnel. Elle devrait plutôt être située près de la ceinture autoroutière, à Bardonnex par exemple.» Ce discours irrite le député UDC Éric Leyvraz. «Il n’y a plus de place dans la Zimeysa, à Satigny et Meyrin. Là, il faut du bon sens. Et ce sont les mêmes qui ont accepté de déclasser, aux Cherpines, 50 hectares des meilleures terres agricoles du canton qui montent au créneau aujourd’hui. Je ne l’avale pas. On a besoin de cette entreprise, sinon ce sera le bal des camions vaudois et français.»

L’État a longtemps fermé les yeux

La Sablière du Cannelet SA occupe depuis trente ans trois parcelles à Avusy, en zone agricole. Le lieu, d’abord exploité comme gravière, s’est ensuite transformé en site de recyclage de matériaux de démolition. Pour des raisons historiques, sous le mandat de quatre conseillers d’État successifs, aucune autorisation n’a jamais été délivrée pour l’activité, mais elle n’a jamais été interdite. En 2018, pour régulariser la situation et en accord avec le plan directeur cantonal, le Grand Conseil a passé le lieu en zone industrielle, un vote contesté par référendum.

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