Caraïbes - Le soutien de figures de la culture entretient l’espoir de changement à Cuba
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CaraïbesLe soutien de figures de la culture entretient l’espoir de changement à Cuba

Écrivains, cinéastes ou musiciens ont appuyé les manifestations, inédites à Cuba, pour plus de liberté d’expression: les experts y voient un «signe que les choses changent».

Inédites à Cuba, les protestations de la mi-juillet rencontrent un bel écho auprès des cinéastes, musiciens ou écrivains, restés sur l’île ou exilés.

Inédites à Cuba, les protestations de la mi-juillet rencontrent un bel écho auprès des cinéastes, musiciens ou écrivains, restés sur l’île ou exilés.

Reuters

À Cuba, jamais jusqu’aux manifestations des 11 et 12 juillet, qui ont fait un mort, des dizaines de blessés et conduit à des centaines d’arrestations, aucun autre événement antigouvernemental n’avait suscité de soutien aussi unanime de la part de figures cubaines respectées, du milieu de la culture, sans lien avec l’opposition. «Devant ces déclarations de soutien, on se demande si leurs auteurs ont changé, si Cuba a changé», déclare l’écrivain cubain établi en Espagne Jorge Ferrer.

Cet appui inédit, après plus de six décennies de communisme, répond à la violence avec laquelle le gouvernement a réagi face aux manifestations, violence qui a eu «un impact, même auprès de ceux qui d’habitude se taisent», et «provoqué chez eux un sentiment de stupéfaction et de rejet puissant, au point de briser leur loyauté», ajoute l’écrivain.

«Autocritique nécessaire»

Aux cris de «Liberté», «On a faim» ou «À bas la dictature», des milliers de Cubains sont descendus dans les rues du pays, au milieu de la pire crise économique des dernières décennies et d’un fort rebond de la pandémie de Covid-19. Après l’explosion sociale, le président Miguel Diaz-Canel a reconnu la nécessité de «l’autocritique et de la révision profonde de nos méthodes de travail».

Peu accoutumés à ces révoltes dans la rue, les Cubains ont été tout autant stupéfaits des messages de soutien envoyés par leurs stars de musique populaire. «On soutient les milliers de Cubains qui réclament leurs droits, on doit être écoutés», a écrit, sur Facebook, Samuel Formell, directeur des Van Van, un groupe considéré comme la «locomotive de la musique» à Cuba.

«Un cri de désespoir»

La surprise a été moindre à la lecture du message du guitariste et compositeur Pablo Milanes, 78 ans, qui a pris ses distances d’avec le gouvernement depuis un moment, vivant une bonne partie du temps hors de l’île. C’est «irresponsable et absurde de blâmer et réprimer un peuple qui s’est sacrifié pendant des décennies pour soutenir ce régime», a-t-il publié sur Facebook.

«Ne serait-il pas mieux d’autoriser légalement les manifestations des citoyens? Révolutionnaires ou non?»

Luis Alberto Garcia, acteur

«Ne serait-il pas mieux d’autoriser légalement les manifestations des citoyens? Révolutionnaires ou non?» s’est demandé Luis Alberto Garcia, acteur critique dont l’un des sketches tourne en dérision le quotidien des Cubains.

D’autres célébrités cubaines ont demandé au gouvernement de répondre aux demandes des manifestants. C’est «un cri de désespoir» auquel les autorités doivent «donner une réponse matérielle, mais aussi politique», a estimé l’auteur de romans policiers Leonardo Padura.

«Moins de sanctions», «plus de dialogue»

Tout en émettant quelques réserves quant aux manifestations, le guitariste et interprète Silvio Rodriguez a appelé, sur son blog, à «moins de sanctions, moins d’envie de violences» envers les détenus «qui n’ont pas été violents», «plus de dialogue» et «plus d’envie de résoudre la montagne de problèmes économiques et politiques actuels».

Le cinéaste Fernando Pérez avait participé, avec l’acteur Jorge Perugorria, aux manifestations du 27 novembre 2020, à La Havane, quand plus de 300 jeunes artistes s’étaient réunis devant le ministère de la Culture pour demander plus de liberté d’expression.

«La liberté d’opinion doit être respectée»

Lors d’une récente interview, il a dit avoir «senti que quelque chose était vraiment en train de changer», regrettant la rupture de dialogue avec le gouvernement et la stigmatisation, depuis, de ces jeunes artistes par les médias. Cuba a besoin «de solutions, de changements radicaux», a-t-il ajouté.

Pour Maria Isabel Alfonso, universitaire cubaine vivant à New York, l’appui de ces figures de la culture cubaine «est vital pour montrer que le meilleur chemin est le dialogue, pas la confrontation entre Cubains». C’est aussi «le signe que les choses changent à Cuba et que chaque jour, les gens se rendent un peu plus compte que la liberté d’opinion doit être respectée».

(AFP)

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