Haïti - Le staff de MSF «éprouvé» par les viols subis par ses patientes
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HaïtiLe staff de MSF «éprouvé» par les viols subis par ses patientes

La clinique de Médecins sans frontières, dédiée à la prise en charge des crimes sexuels, évoque la violence inouïe des nombreux viols subis par les femmes assaillies par les gangs criminels.

En Haïti, les équipes médicales de MSF prennent en charge les victimes de violences sexuelles.

En Haïti, les équipes médicales de MSF prennent en charge les victimes de violences sexuelles.

AFP

«Certaines femmes kidnappées n’arrivent même pas à savoir combien d’hommes les violaient»: Susanne* a beau travailler depuis plus de six ans en Haïti, à la clinique de Médecins sans frontières, dédiée à la prise en charge des crimes sexuels, la médecin s’avoue dépassée par l’horreur de certains cas.

Déjà minées par le tabou qui entoure ces crimes dans une société considérée comme machiste, la cruauté accrue des gangs haïtiens lors de certains enlèvements sidère les équipes médicales, qui prennent en charge les victimes de violences sexuelles.

«Pour certains cas, je parlerais de mutilation, tellement elles ont été traitées en objet», témoigne Susanne, responsable des activités médicales du centre MSF.

Les bandes armées ont virtuellement pris le contrôle d’Haïti, depuis plusieurs mois, alors même que ce petit pays des Caraïbes faisait déjà face à une pauvreté endémique.

«Pure torture»

Au cœur de la capitale Port-au-Prince, l’équipe de MSF offre l’assistance médicale d’urgence et le soutien psychologique vital aux victimes mais la gravité des récentes violences a personnellement affecté ses membres.

«En octobre et novembre, ça n’a pas été facile du tout pour le staff», souffle Susanne, qui qualifie certains viols de «pure torture» et évoque «des choses que jamais (elle n’aurait) pensé qu’un humain pouvait faire subir à un autre humain».

Parmi les premières interlocutrices des victimes, Mylène* assure, avec trois collègues, la permanence à la ligne téléphonique d’urgence, confidentielle, ouverte en continu, gratuitement.

«Nous sommes des humains, nous sommes des femmes: il y a des situations qui nous affectent vraiment», reconnaît l’infirmière, qui répond en moyenne à deux ou trois appels par jour.

«Certaines ont des idées suicidaires, c’est pourquoi nous avons des psychologues disponibles 24H sur 24 qui prennent le relais si ça dépasse notre compétence» d’infirmières, précise Mylène.

Début novembre, Sophonie, un prénom d’emprunt, a composé le numéro d’urgence.

La jeune fille de 24 ans a subi un viol par deux hommes, entrés par effraction dans son domicile, situé dans un quartier populaire de la capitale.

«Je dormais et j’ai senti que la porte s’ouvrait. J’ai cru que c’était ma tante qui revenait. Ils ont foncé sur moi, ils m’ont bâillonnée puis j’ai perdu connaissance», souffle rapidement sa faible voix.

«Garder ça secret»

«Quand je suis revenue à moi, j’étais totalement nue, mes vêtements étaient déchirés», se rappelle-t-elle.

Après l’attaque, Sophonie envisage d’aller voir la police mais comme elle n’a pu distinguer le visage des deux hommes, elle abandonne l’idée.

Se faire soigner et conseiller au centre MSF, aide la jeune femme, mais elle se refuse encore à évoquer ce viol collectif à son entourage.

A ses professeurs et amies d’école, après une semaine sans se présenter en cours, elle a simplement annoncé avoir été malade.

«Dans les quartiers, une personne qui a subi un viol est affligée d’une étiquette», atteste Susanne. «Donc les femmes intègrent l’idée de ne pas en parler si jamais ça leur arrivait,» déplore la médecin.

C’est pour briser ce tabou, et car aucune structure médicale ne prenait alors en charge ce pan de la santé publique en Haïti, que MSF a ouvert le centre baptisé «Pran men’m» («prends ma main», en créole) en mai 2015.

*Prénoms d’emprunt

(AFP)

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